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Le Maroc à l’épreuve des migrations subsahariennes choisit l’intégration

Par Martin Mateso@GeopolisFTV | Publié le 13/01/2017 à 17H44, mis à jour le 13/01/2017 à 17H44

Des migrants subsahariens à Rabat
Des migrants subsahariens font la queue devant un bureau d'enregistrement des étrangers pour demander leur régularisation, le 15 décembre 2016 à Rabat. © Photo AFP/Fadel Senna

Alors que l’Algérie les chasse, le Maroc veut simplifier leur intégration. Rabat annonce de nouvelles mesures pour la régularisation des Subsahariens. Objectif: mieux intégrer les migrants et les réfugiés dans la société et lutter contre les réseaux de trafic des êtres humains.


C'est la seconde campagne de régularisation des Subsahariens en situation irrégulière au Maroc après celle de 2014. Elle a été lancée le 15 décembre 2016 sur instructions du Palais royal. Les premières mesures annoncées par Rabat concernent la validité de la carte de séjour des migrants qui passe de un à trois ans.
 
Désormais, «les procédures de délivrance et de renouvellement des cartes de séjour seront également accélérées et simplifiées au maximum», précise un communiqué du ministère marocain de l’Intérieur.
 
Depuis le lancement de l’opération, les demandes affluent auprès des bureaux des étrangers dans plusieurs villes du royaume. Il s’agit de créer pour ses migrants, «les conditions appropriées pour s’établir, travailler et vivre dignement au sein de la société», a déclaré le Roi Mohamed VI dans un discours prononcé le 20 août 2016.
 
Selon des chiffres publiés par le site yabiladi en septembre 2013, le Maroc comptait entre 10.000 et 20.000 migrants subsahariens en situation irrégulière. Depuis, entre 1000 et 2000 migrants subsahariens arriveraient illégalement au Maroc chaque année à destination de l’Europe.
 
Des soutiens en perspective pour les causes marocaines
La nouvelle politique migratoire du souverain marocain est un atout majeur dans l’offensive diplomatique qu’il mène en Afrique pour la réintégration du royaume dans l’Union africaine. Elle intervient aussi au moment où les investisseurs s’accordent à considérer le continent comme le nouvel eldorado.
 
«Si nous voulons commercer avec l’Afrique, l’Afrique doit être chez nous», confie le sociologue marocain Mehdi Alioua au journal l’Observateur. Pour ce spécialiste de la question migratoire, «la capacité d’intégration de ces immigrés dans la société marocaine est potentiellement sans limite». Il estime que plus il y aura des mouvements migratoires, temporaires ou définitifs, plus il y aura potentiellement des réussites économiques.
 
«Le Maroc a beaucoup à y gagner, économiquement, mais aussi politiquement, dans des soutiens pour les causes marocaines, comme celle du Sahara, par exemple», analyse Mehdi Alioua qui préside le groupe antiraciste de défense et d’accompagnement des étrangers et migrants.
 
Il est vrai que le roi Mohamed VI a enchaîné les tournées diplomatiques en Afrique en se rendant successivement au Rwanda, en Tanzanie, au Gabon, au Sénégal, en Ethiopie ou encore à Madagascar.
 
 Il est attendu fin janvier au sommet de l’Union africaine à Addis Abeba pour défendre l’entrée du Maroc au sein de l’organisation. Rabat avait claqué la porte de l’OUA en 1984 pour protester contre l’admission de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) proclamée par le Front Polisario sur un territoire qu’il considère comme le sien.
 
Le Maroc, devenu terre de résidence et non de transit
Selon une étude menée par l’Université internationale de Rabat et la Fondation allemande Konrad Adenauer, les Sénégalais seraient les plus nombreux parmi les migrants subsahariens installés au Maroc. Viennent ensuite les Ivoiriens, les Camerounais, les Guinéens et les Congolais.
 

Une migrante devant fonctionnaires marocains

Une migrante interrogée par des fonctionnaires marocains, le 15 décembre 2016 à Rabat, dans le cadre de la campagne de régularisation des clandestins. © Photo AFP/Fadel Senna


La plupart de ces migrants, plutôt bien instruits, sont originaires de pays plus ou moins voisins du Maroc, bénéficiant de facilités d’entrée, sans obligation de visa. Ils ne sont donc pas tous clandestins, précise l’étude, même si «certains le deviennent en dépassant la durée légale du séjour autorisé sans visa».
 
Autrefois pays de transit, le Maroc est devenu progressivement un pays d’accueil, note le site marocain Aujourd’hui. Dans l’impossibilité de pouvoir rejoindre l’Europe, des milliers de migrants subsahariens y ont posé leurs valises.
 
Des mentalités marocaines qu’il faudra changer
La plupart des migrants ont plutôt bien accueilli toutes ces annonces, mais ils sont loin d’être rassurés. Ils attendent de voir les résultats concrets de cette politique dans leur vie quotidienne. Car ils sont encore nombreux à galérer dans les villes du royaume, comme en témoigne le forum civique européen, un réseau international de solidarité.
 
«L’accès dans les hôpitaux reste encore limité et n’est effectif que si le migrant malade est accompagné d’un militant d’une organisation qui s’occupe des migrants… Dans certaines écoles, on continue à refuser les enfants de migrants malgré la décision des autorités qui autorisent leur admission.»
 
Une chronique mise en ligne en novembre 2016 sur le site du forum civique européen fait état d’actes de violences tels que des agressions, des insultes, des discriminations et des violences physiques qui sont quotidiennement infligées aux migrants par la population marocaine.
 
«Les migrants sont arrêtés et emprisonnés pour mendicité alors que cette pratique ne concerne pas seulement les migrants subsahariens mais aussi les Marocains et les Syriens, qui sont aussi touchés par la pauvreté et la précarité. Mais seuls les Subsahariens sont arrêtés, emprisonnés puis reconduits à la frontière», peut-on lire sur ce forum.
 
C’est dire que le Maroc a encore du pain sur la planche pour changer les mentalités de ceux qui rejettent ces milliers de migrants auxquels le royaume tend les bras.