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Le Maroc, acteur majeur du continent, fait son retour dans l'Union africaine

Par Michel Lachkar@GeopolisAfrique | Publié le 31/01/2017 à 12H42, mis à jour le 31/01/2017 à 16H53

Photo 28e sommet l'Union africaine Addis Abeba
Photo du 28e sommet de l'Union africaine (Addis Abeba). © afp/ Zacharias Abubeker

Le Maroc fait son retour au sein de l’UA après 32 ans d’absence: ainsi en ont décidé les chefs d’Etat africains réunis à Addis Abeba. Rabat s’est heurté à l’Algérie et à l’Afrique du Sud qui ont défendu l’indépendance du Sahara Occidental. Ce retour longuement préparé par la diplomatie marocaine témoigne de la volonté du pays de compter économiquement et diplomatiquement sur le continent.


Après 32 ans d’absence, le drapeau marocain est de nouveau hissé devant le siège de l’Union Africaine (UA). Rabat avait quitté l'organisation panafricaine (OUA) en 1984 pour protester contre l’admission en son sein de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) proclamée par le front Polisario.
 
Le Maroc va siéger au côté du Polisario
Le Maroc réintègre sans condition la famille africaine, malgré l’hostilité de quelques poids lourds du continent, Afrique du sud et Algérie en tête, qui  soutiennent de longue date la lutte du Front Polisario pour l'indépendance du Sahara Occidental.
 
Une quarantaine de chefs d’Etat sur 52 a toutefois apporté son soutien au Maroc avec un argument fort: si le Maroc ne pose plus comme préalable l’exclusion de la RASD, il n’y a plus de raisons de s’opposer à son retour.
 
En réintégrant l’UA, Rabat espère peser davantage sur le dossier du Sahara Occidental. La politique de la chaise vide n’ayant pas porté ses fruits. «Il est plus aisé de combattre la présence de la RASD au cœur de la structure qu’à l’extérieur des instances africaines», affirmait le think tank marocain Institut Amadeus.
 
«L’UA va se retrouver dans la même situation que l’ONU: devoir concilier les positions algérienne et marocaine, qui paraissent inconciliables. Mais cela va peut-être favoriser l’échange entre les protagonistes», observe Khadija Mohsen-Finan.
 
Le «oui» de l'Algérie 
D’ailleurs, Abdelkader Messahel, ministre algérien des Affaires maghrébines et africaines, ne s’y est pas opposé: «Ce qui est important, c'est qu'aujourd'hui, le Maroc et la République sahraouie siègent dans la même organisation. C'est un pas positif important qui est peut-être un nouveau départ, pour que les deux parties trouvent dans le cas du respect de la Constitution et des principes fondateurs de l'Union africaine et qu'une solution soit trouvée à ce différend entre deux Etats membres, et qui ont les mêmes droits et les mêmes devoirs. La rentrée du Maroc va consolider davantage l'Afrique.»

Rencontre entre roi Mohammed VI président Nigérian Buhari

Rencontre entre le roi Mohammed VI et le président Nigerian Buhari à Abuja (Nigeria). © PHILIP OJISUA / AFP

 
Mohamed VI a donc gagné une bataille diplomatique majeure lancée de longue date. Le roi n’avait pas ménagé ses efforts enchaînant ces derniers mois les voyages en Afrique: Rwanda, Tanzanie, Gabon, Sénégal, Ethiopie, Madagascar, Nigeria et Zambie. L'Afrique est pour le Maroc sa géographie naturelle, sa profondeur économique et diplomatique. Mais le pays se veut également un pont entre l'Afrique et l'Europe. 
 
Une puissance africaine
Le Maroc est devenu le deuxième investisseur africain sur le continent après l'Afrique du Sud. Selon un rapport du centre de réflexion marocain OCP Policy center, il a conclu avec les pays du sud du Sahara près de 500 accords de coopération depuis 2000. L'Afrique subsaharienne a représenté 62,9% des investissements directs marocains dans le monde (et à 41,6% dans le secteur bancaire).
 
Avec la fin de la Libye de Mouammar Kadhafi (grand argentier de l'UA), la contribution marocaine sera essentielle. 
 
«Le Maroc est un grand pays, il a donc toute sa place au sein de l’Union africaine», affirmait à la veille du sommet le président malgache Hery Rajaonarimampianina
 
Surtout, le Maroc montre la voie d’un possible décollage africain. Le Royaume chérifien peut faire valoir sa réussite agricole (maîtrise de l'eau), ses énergies solaires et éoliennes, sa diplomatie active (COP22), son islam ouvert et tolérant et l’efficacité de sa police dans la lutte contre le terrorisme. Une vision et une certaine réussite qui peuvent aider le continent à émerger.