Eclairage

Politique,  Nigeria

Le Nigeria de nouveau menacé par la sécession entre l’Arewa et le Biafra

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 28/06/2017 à 09H31

Drapeau Biafra
Manifestation le 28 mai 2017 pour commémorer le 50e anniversaire de la guerre du Biafra. © STEFAN HEUNIS / AFP

Il est déjà à l’origine du conflit du Biafra en 1967. Le conflit inter-ethnique au Nigeria fait resurgir la menace d’une sécession du pays. Une nouvelle fois l’ethnie Igbo, les chrétiens du Biafra, est au cœur des tensions. Des groupes musulmans lui demandent de quitter les régions du nord du pays.


La mise en demeure émane de groupes de jeunes musulmans du Nord. La déclaration adoptée et rendue publique à Kaduna, le 6 juin 2017, demande aux Igbos de quitter le nord du pays à compter du 1er octobre 2017, jour anniversaire de l’indépendance du pays. Dans le même temps, les «Nordistes» vivant au Sud sont invités à revenir «au pays». La coalition annonce également des actions futures pour dénoncer un Etat fédéral qui inclut les Igbos.
 
Le rêve de l’Arewa
La revendication d’un Etat souverain au nord, l’Arewa, n’est pas nouvelle. Dans ce pays aux 250 groupes ethniques, ce n’est pas la première fois que des tensions apparaissent. C’est le cas en particulier entre musulmans du Nord et chrétiens du Sud. Le Sud et son pétrole qui s’oppose au Nord pauvre et peu développé. Mais ce sont surtout les agissements de Boko Haram qui ont marqué la communauté chrétienne dans les régions du nord-est et du centre du Nigeria. Incendies d’églises, attaques de villages, attentats à la bombe, les morts se comptent par centaines.
 
La résolution de l’Arewa adoptée le 6 juin ne parle pas d’actions violentes. Pour autant, l’Etat fédéral a décidé de poursuivre en justice les signataires pour ce qui est considéré comme une «déclaration de guerre». Pourtant, si des groupes sont cités, il n’est pas sûr, selon Sahara Reporters, que tous leurs leaders aient signé ce texte. L’un d’entre eux, Ahmed Yerima, dément que la coalition ait appelé à des actions violentes. Selon lui, il s’agit d’une réponse aux groupes activistes Igbos qui agissent dans le Sud.
 
Le réveil du Biafra
Ainsi, un certain Indigenous People of Biafra (IPOB) milite pour obtenir un référendum d’autodétermination du peuple biafrais. Il annonce boycotter les élections à venir tant que le gouvernement du Nigeria n’aura pas fixé une date. Un vote pour déterminer «une fois pour toute si le peuple du Biafra veut demeurer dans son état d’humiliation, de servitude et de désespoir au Nigeria». IPOB se revendique comme un mouvement pacifiste. Il ne veut pas la guerre, juste un référendum, déclare son leader Mazi Nnamdi Kanu.
 

Images Aminu Aboubakar / AFPTV / AFP mises en ligne le 23 juin 2017

Mais comme le rapporte cet article du Daily Post, certains dans le pays soufflent sur les braises. Ainsi, l’info d’une attaque contre des Igbos dans l’Etat de Kaduna était fausse. Le message audio émanant d’un soi-disant témoin oculaire faisait état de l’attaque d’un bus et du massacre de ses passagers Igbos. Le porte-parole du gouverneur de l’Etat de Kaduna a démenti qu’il y ait eu un attentat lors d’une conférence de presse, évoquant «des forces obscures (qui) s’efforcent de semer la panique dans notre communaut黫Notre Etat est un lieu sûr pour tous ceux qui l’ont choisi pour y faire leur vie.» Une référence directe à la présence des Igbos, peuple commerçant venu du sud du pays, installé de longue date dans le nord.

Un président musulman empêché par la maladie
Ce regain de tension n’est peut-être pas étranger à la situation à la tête de l’Etat nigérian. Depuis le 9 mai, le président Muhammadu Buhari est empêché pour des raisons de santé. Cela avait déjà été le cas en début d’année durant deux mois. Buhari est à Londres pour se soigner, et c’est le vice-président Yemi Osinbajo qui assure l’intérim pour la seconde fois (article payant). Or, si Buhari est musulman, Osinbajo est anglican et natif de Lagos. Le pouvoir ne sera pas resté longtemps aux mains des musulmans. C'est seulement en mai 2015 que Buhari avait remplacé Goodluck Jonathan, un homme du Sud.

Yemi-Osinbajo
Le vice-président du Nigeria Yemi Osinbajo assure l'intérim du pouvoir depuis le début de l'année 2017. © DR

Curieusement aussi, c’est la seconde fois que la maladie perturbe le «ticket» convenu. Un président du Nord et un vice-président du Sud. Ainsi, Goodluck Jonathan est devenu président à la suite du décès de son colistier Umar Yar’Adua. Cette fois encore, le scénario semble se répéter. De quoi potentiellement énerver certains milieux musulmans. A tort ou à raison, un groupe de militants du Sud met en garde le Nord contre tout soutien à un coup d’Etat envers Yemi Osinbajo.

On le voit, plus aucune confiance ne cimente l’Etat fédéral nigérian. Buhari l’avait annoncé ruiné par la chute du pétrole. Le manque de partage des richesses creuse le fossé entre ethnies. Il y a cinquante ans, le même type de conflit entre Nord et Sud, musulmans et chrétiens, avait conduit à la terrible guerre du Biafra. Il serait urgent de s’en souvenir.