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Le Nigeria sommé d'indemniser les victimes de la guerre du Biafra

Par Michel Lachkar@GeopolisAfrique | Publié le 01/11/2017 à 11H55

Manifestation séparatistes l'IPOB Indigenous People of Biafra
Manifestation des séparatistes de l'IPOB (Indigenous People of Biafra) pour demander la libération de leur leader, Nnamdi Kanu, qui est emprisonné. © REUTERS/Afolabi Sotunde

Quarante-sept ans après la fin de la guerre du Biafra, le gouvernement nigérian va devoir verser 119 millions d'euros de dommages et intérêts aux survivants du conflit «en raison de son incapacité à déminer les zones de guerre». Quelque 500 victimes nigérianes avaient traîné les autorités d'Abuja devant la cour de justice de la CEDEAO.

La guerre du Biafra, qui a opposé de 1967 à 1970, l’Etat fédéral nigérian et la région du Biafra, aurait fait plus d’un million de morts. Elle avait commencé par la sécession de la province orientale du Nigéria, auto-proclamée République du Biafra, sous la direction du colonel Ojukwu. A la suite d’un blocus terrestre et maritime par les troupes gouvernementales, le Biafra, riche en pétrole et en matières premières, avait été plongé dans une terrible famine. Après le conflit, les milliers de bombes et mines anti-personnel déversées sur la région ont continué à tuer.

En 2012, 493 victimes, répertoriées par le ministère de la Défense, avaient porté plainte contre le gouvernement fédéral nigérian auprès de la Cour de justice de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), réclamant 100 milliards de nairas de compensation (239 millions d'euros). La Cour a décidé qu'une indemnisation de 50 milliards de nairas (119,5 millions d'euros) sera versée à quelque 500 survivants qui ont eu à faire face au «danger causé par les explosifs qui ont été abandonnés» après la guerre, indique le procès-verbal du procès.

Terres agricoles inutilsables
17.000 bombes avaient été récupérées dans les communautés ravagées par la guerre et détruit, mais des centaines sont restées sur le terrain.

Les plaignants ont affirmé qu'en dehors des blessures physiques, l'abandon des armes de guerre les privait de l'utilisation de leurs terres agricoles, de leurs écoles et de leurs églises, d'où leur demande d'indemnisation. Ils ont en partie obtenu satisfaction.

Le gouvernement d’Abuja s'est également engagé à verser 38 milliards de nairas (90,5 milions d'euros) pour nettoyer la région de ses mines antipersonnel et de ses bombes, et pour construire des écoles, des tribunaux, des églises et des mosquées.

Le président national du Parti de la conscience nationale (PCN), le Dr Yunusa Tanko, a salué le verdict de la Cour de justice, mais exprimé son inquiétude quant à la façon dont l'argent serait (judicieusement) utilisé au profit des victimes et du développement des zones touchées.

Nouvelle flambée séparatiste
La guerre du Biafra reste un épisode très sensible et tabou dans la société nigériane, surtout depuis la réémergence, ces dernières années, des mouvements séparatistes igbo. Cinquante ans après la guerre du Biafra, le pays fait face à de nouvelles revendications sécessionnistes. Plusieurs groupes indépendantistes réclament un réferendum d'autodétermination.

Le plus important d'entre eux étant le Mouvement indépendantiste pour les peuples indigènes du Biafra (IPOB), dirigé par Nnamdi Kanu, poursuivi pour «trahison». Kanu ne s'est pas présenté à son procès mi-octobre. Le gouvernement assure qu'il s'est enfui et se cache pour échapper à la justice, mais ses proches et ses avocats maintiennent qu'il est aux mains de l'armée. Ces mouvement indépendantistes accusent le pouvoir du président Buhari, musulman originaire du pays, de répression violente.