Eclairage

Economie,  Tunisie,  Maroc,  Algérie

Le Maghreb veut conquérir sa part du marché africain

Par Martin Mateso@GeopolisFTV | Publié le 15/03/2017 à 15H28, mis à jour le 06/06/2017 à 12H56

Le Roi Mohamed VI en visite en Côte d'Ivoire 2 mars 2017
Le Roi Mohamed VI visite une installation de manutention du poisson financée par le Maroc le 2 mars 2017 à Abidjan. © Photo AFP/Cyrille Bah/Agence Anadolu

Le Maghreb se sentirait-il de plus en plus africain ? Oui, répond l’agence Ecofin qui observe que cette région se tourne de plus en plus vers le Sahara que vers la Méditerranée. Une course serait même engagée entre le Maroc, la Tunisie et l’Algérie pour conquérir leurs parts du marché africain qui représente plus d'un milliard d’habitants.

Dans la quête de nouveaux débouchés dont regorge l' Afrique, le Maroc a incontestablement pris une longueur d’avance. Le roi Mohamed VI multiplie les voyages sur le continent en compagnie de nombreux acteurs économiques de son pays. Rabat a mis à contribution ses institutions financières et a déjà conclu de nombreux accords avec ses partenaires africains dans les secteurs des télécoms, des banques, de l’assurance, des mines et de la production agricole.
 
Le Maroc aux portes de la CEDEAO
Après avoir réintégré l’Union africaine, le Royaume frappe désormais à la porte de la CEDEAO, la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest dont il veut devenir membre à part entière. C’est un marché de plus de 200 millions de personnes.
 
«Mohamed VI ne cache pas son désir de faire de Casablanca la porte d’entrée économique de l’Afrique», constate François-Aïssa Touazi, co-fondateur de Cap Mena, un think-tank spécialisé sur les questions économiques et financières avec le monde arabe. Pour lui, le niveau des échanges commerciaux entre l'Afrique et le Maghreb est encore faible et laisse de belles perspectives.
 
«L’Afrique constitue une véritable terre d’opportunités. Elle abrite le plus beau potentiel mondial de matières premières, ainsi que 60% des terres arables non exploitées de la planète. En 20 ans, la consommation des ménages y a doublé», obsèrve-t-il.
 
L’Algérie veut rattraper son retard
Plusieurs opérateurs économiques algériens se tournent désormais vers le continent africain pour y investir. Selon le journal El Watan qui évoque une prise de conscience tardive, «ils commencent à s’activer au Sahel dans la perspective d’y placer leurs produits et d’y trouver des relais de croissance à leurs entreprises».
 
L’Algérie a sonné la charge en matière d’investissement en Afrique, écrit El Watan qui rappelle que ce pays dispose actuellement de l’un des plus importants réseaux de télécommunications du continent. Un secteur considéré comme hautement stratégique pour les deux ou trois décennies à venir.
Alger table aussi sur la coopération dans les secteurs de l’énergie et des hydrocarbures. Pas question donc de jouer les figurants dans cette offensive économique maghrébine vers l’Afrique où les infrastructures constituent un enjeu majeur.
 
«L’Algérie est l’un des moteurs politiques et financiers pour la construction de la route transsaharienne pour laquelle elle a déjà investi plus de 3 milliards de dollars», rappelle François-Aïssa Touazi. D’une longueur de 10.000 km, la route transsaharienne devrait être terminée en 2018. Elle doit relier Alger à Lagos en passant par la Tunisie, le Mali, le Niger et le Tchad.
 
Mais l’Algérie désire avancer ses pions au-delà de l’Afrique de l’Ouest. Des négociations seraient en cours pour une adhésion au Marché commun de l’Afrique orientale et australe (Comesa), le plus grand bloc régional d’Afrique qui regroupe une vingtaine de pays avec une population totale estimée à 625 millions d’habitants.
 


La Tunisie mise sur l'économie numérique
Quant à la Tunisie, elle veut consolider les acquis de sa stratégie commerciale en direction des marchés africains. Son principal atout, l’économie numérique.
Tunis mise surtout sur le développement du marché intérieur africain qui impliquera davantage de services.
 
Comme l’Algérie, ce pays voudrait intégrer au plus vite le marché commun de l’Afrique orientale et australe (Comesa) pour écouler ses produits alimentaires, ses matériaux de construction et ses services informatiques.
 
Le co-fondateur du think-tank Cap Mena explique que plusieurs facteurs ont poussé les pays du Maghreb à renforcer leur stratégie économique vers l’Afrique subsaharienne.
 
«Le sentiment d’abord d’une relation parfois déséquilibrée entre le Maghreb et les pays du Nord a remis l’idée d’une collaboration Sud-Sud, plus partenariale, dans l’esprit des dirigeants. D’autres éléments de conjoncture ont été décisifs comme la chute du prix du pétrole et de ses revenus. Le Maghreb doit rechercher de nouveaux débouchés pour exporter ses biens, ses services et son capital humain», soutient-il.
 
Le site d’information benin mondeinfos salue ce qu’il qualifie de «ruée maghrébine vers le sud» tout en mettant en garde les décideurs africains. «Il s’avère impérieux, estime le site béninois, que les blocs régionaux du continent aient le contrôle de l’agenda de ce mariage qui leur est désormais proposé».