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Le pape François, dernière bouée de sauvetage pour les musulmans de Bangui

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 28/11/2015 à 17H53, mis à jour le 28/11/2015 à 17H54

Le pape Francois à son départ Naïrobi
Le pape François à son départ de Naïrobi pour l'Ouganda le 27 Novembre 2015 © Photo AFP/Simon Maina

C’est l’étape la plus redoutée de son voyage, en raison de l’insécurité qui règne à Bangui. Le pape François est attendu au cœur de la dangereuse enclave musulmane du PK5. C’est le seul endroit où vivent encore les musulmans dans la capitale centrafricaine. Mais ils ne peuvent en sortir sans risquer de se faire tuer par les milices chrétiennes.


Les musulmans de Bangui espèrent que le pape François ne modifiera pas le programme de son voyage à la dernière minute. Ils ne peuvent plus quitter leur ghetto du quartier PK-5 où ils vivent la peur au ventre. Sous la menace des miliciens chrétiens anti-balaka qui les assimilent aux ex-rebelles de la Séléka à majorité musulmane.


​Ils attendent sa visite avec impatience
«Aucun sujet musulman n’a le droit de se déplacer dans la ville de Bangui. L’unique endroit où il est libre, c’est le 3ème arrondissement, dans le PK5… Nous sommes exposés à des attaques à tout moment. Il y a des groupes qui nous tirent dessus sans aucune raison», témoigne Ali Abakar, enseignant musulman, au micro de Radio Vatican.
 
«Personne ne peut aujourd’hui quitter le PK-5 sans être lapidé, kidnappé ou abattu par des groupes d’individus souvent armés», confirme Aziza, une musulmane du quartier interrogé par l’AFP.
 

Musulmans quartier PK-5 à Bangui
Des musulmans du quartier PK-5 à Bangui prient le 27 Novembre 2015 à deux jours de la visite du Pape François  © PhotoAFP/Gianluigi

Les musulmans de Bangui manquent de tout : les légumes, l’eau, l’électricité et les soins de santé. Tout autour de leur ghetto, plusieurs dizaines de quartiers sont déserts. Seules restent les décombres de centaines de maisons incendiées au cours des cycles d’attaques et de représailles entre les deux communautés.
 
Aucune sortie, aucune entrée dans ce quartier n’est possible depuis les massacres intercommunautaires de fin 2013-début 2014. Les tueries de masse avaient abouti à la démission de Michel Djotodia. L’ancien officier centrafricain s’était emparé du pouvoir à Bangui en mars 2013, à la tête d’une rébellion à majorité musulmane.
 
Les forces internationales accusées d’inertie
En septembre 2015, le quartier PK5 s’était encore enflammé à l’annonce de la mort d’un conducteur de moto-taxi de confession musulmane. Sa communauté dénonce régulièrement l’inertie des forces internationales qui patrouillent dans la capitale: «Avant, des patrouilles de la force de l’ONU assuraient l’escorte de ceux qui sortaient. Ce n’est plus le cas. On ne peut même pas aller à la banque pour retirer un peu d’argent», se plaint Ahmat Moussa, un commerçant de l’enclave.
 
«Mon frère a été enlevé, torturé et assassiné par des individus armés alors qu’il tentait de se rendre à la banque», confie un autre commerçant à l’AFP.
 
Plusieurs fois par jour, les groupes s’affrontent et les balles sifflent.
 
Malgré l’annonce de la visite papale, les miliciens chrétiens maintiennent la pression. Les casques bleus enlèvent ponctuellement leurs barricades dressées autour du PK-5. Elles sont aussitôt remises après le passage des véhicules de l’ONU.
 
Mosquée centrale Bangui
La mosquée centrale de Bangui. Des dignitaires musulmans doivent y rencontrer le Pape François au cours de son voyage. © Photo Reuters/Siegfried Modola

C’est dans ce dernier bastion musulman de Bangui que le Pape François entend se rendre ce dimanche 28 novembre 2015. Il a prévu de rencontrer la communauté musulmane à la mosquée centrale de la capitale.
 
Dans son entourage, on confie que l’annulation de cette étape serait une défaite. Et une déception amère pour des centaines de milliers de Centrafricains et des milliers de croyants venus des pays voisins.