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Samoa,  Nouvelle-Zélande,  Nioué,  Asie-Pacifique,  Gabon

Le pays qui compte le plus de sites web au monde est... l'atoll de Tokelau

Par Titouan Lemoine@GeopolisAfrique | Publié le 28/07/2014 à 15H50, mis à jour le 28/07/2014 à 16H15

L'atoll d'Atafu plus petit Tokelau
L'atoll d'Atafu, le plus petit et le deuxième plus peuplé de Tokelau, possède un accès internet par satellite régulier. De nombreux ordinateurs portables se sont invités sur Tokelau grâce à Freenom, la société qui possède l'extension de domaine du pays. © PHOTO12

1400 habitants, 10 kilomètres carrés, 25 millions de sites web. Le .tk du minuscule atoll de Tokelau, territoire néo-zélandais autogouverné, est le plus gros domaine internet au monde, loin devant le .de allemand et le .uk britannique. L'extension .tk fut une des premières à être proposée gratuitement. Une aubaine financière pour Tokelau et un paradis tropical pour les arnaqueurs du web.

Comment le domaine internet d'une île sans port ni aéroport, située à 48h de navigation des îles Samoa, et ou le courant s'arrête à 22h peut-il compter 25 millions de pages? Pas d’engouement surnaturel pour le web sur l'atoll. Le domaine .tk est géré depuis Amsterdam par la société Freenom. Au début des années 2000, son fondateur, Joost Zurbier, a trouvé un accord avec le gouvernement de l’île pour l’exploitation du .tk à une époque ou les habitants n’avaient encore jamais vu une page internet.
 
Il a également convaincu l’ICANN de la légitimité de Tokelau à posséder sa propre extension. L’ICANN est l’organisme qui gère le Domain Name System, un annuaire qui associe à chaque entité informatique des informations supplémentaires. Particulièrement, il permet de transformer les adresses IP chiffrées en noms de domaines, plus faciles d’utilisation. Ainsi, dans votre navigateur, 74.125.224.72 devient www.google.com.
 
Freenom est une des premières entreprises à s’être lancée sur le créneau du nom de domaine gratuit. Elle se finance en remplissant de publicité les pages désaffectées, ou qui n’atteignent pas la barre des 25 visiteurs uniques tous les trois mois. Dans un premier temps, l’île de Tokelau n’en a tiré que des bénéfices. Freenom partage une part de ses revenus et Joost Zurbier a fait des efforts personnels pour amener l’internet à haut-débit par satellite au milieu de l’océan Pacifique. En 2012, un sixième du PIB de l’île provenait directement de ses noms de domaines.

Les sites en .tk parmi les plus dangereux au monde
Une grande partie des domaines en .tk sont créés à partir de pays dont les gouvernements contrôlent très étroitements l'attribution des noms de domaine, comme la Chine. Freenom a d'ailleurs signé un partenariat avec les autorités informatiques de Pékin, pour accélérer la communication des données entre les sites en .tk et les utilisateurs chinois.
 
Mais le .tk n’est pas qu’un conte de fée numérique. Selon un rapport de la firme d’antivirus MacAfee, les sites en .tk sont parmi les plus dangereux au monde. Ils sont massivement utilisés pour des arnaques sur internet comme le phishing (la reproduction d’un site officiel destinée à soutirer des informations de connexion à l’utilisateur) et la distribution de virus informatiques. Une part importante, impossible à déterminer précisément, des 60 milliards de spams envoyés chaque année proviennent d’un domaine de Tokelau.
 
Nouvelle version de l'ICANN en 2015
Une situation qui a fini par nuire à l’image de la petite île, qui envisage des démarches pour reprendre le contrôle de son nom de domaine. Le .tk n’est pas la seule extension de domaine à avoir été «confisquée» par des entreprises privées. Jusqu’en 2013, le .nu des îles Nioué était géré depuis le Massachusetts et fameux pour ses millions de pages pornographiques. Des conflits similaires ont eu lieu avec les Samoa ou les îles Pitcairn. Aujourd’hui, Freenom a acquis le .cf de la République Centrafricaine, le .ga du Gabon et le .ml du Mali et les distribue sous les même conditions que .tk.
 
L’ICANN n’intervient que très rarement sur la gestion de ses extensions de domaine, de manière délibérée. L’organisation californienne a beau être affiliée au département du Commerce américain, elle n’est souvent positionnée contre le Congrès américain et en faveur d’une indépendance totale de l’internet. Elle-même a demandé le transfert de sa gouvernance à une organisation internationale gérée par l’ONU, en accord avec les demandes européenne, russe et chinoise. Après des années de refus, les Etats-Unis ont cédé à la pression internationale en juin 2014. La nouvelle version internationale de l’ICANN, gérée à part égale par tous ses participants, devrait entrer en service en 2015.

Reportage sur la «cérémonie des clés», qui permet d'accéder à la base de données extrêmement sensible de l'ICANN.