Portrait

Environnement,  Culture

Le photographe Sebastiao Salgado déclare sa flamme à l'Afrique

Par Véronique le Jeune (avec AFP)@GeopolisAfrique | Publié le 04/06/2017 à 16H44, mis à jour le 07/06/2017 à 11H55

Le photographe brésilien Sebastiao Salgado
 Le photographe brésilien Sebastiao Salgado, à Paris à l'automne 2016. © Jacky NAEGELEN / REUTERS

L'œil et l'objectif à l'affût depuis plus de quarante ans, le photographe humaniste, né au Brésil en 1944, n'a que des mots doux pour évoquer l'Afrique, le continent qui a vu ses débuts. De ses déplacements dans plus de 20 pays africains, Sebastiao Salgado a acquis la certitude qu'il y a là une richesse inégalée faite de relations humaines et sociales. «L'Afrique est très proche de moi» dit-il.


Allure gaillarde et sourire aux lèvres, le célèbre photographe ajoute à chaque occasion, comme lors d'une visite à Sciences-Po Paris fin mai 2017: «Et je suis très proche de l'Afrique!». Un attachement qui a vu le jour en 1971 quand, diplômé en économie agricole, Sebastiao Salgado trouve un poste au sein de l'Organisation internationale du café (ICO), où il est nommé responsable de cinq pays africains: Ouganda, Kenya, République Démocratique du Congo, Burundi et Rwanda.

Là, commencent ses premiers voyages et ses premières photos, option noir et blanc.

Plus tard, c'est en mission au Sahel pour Médecins sans frontières (MSF) que le globe-trotter, devenu photographe professionnel, vit un vrai choc. Il y photographie la famine et la misère dans des clichés qui font la une de la presse internationale et qui seront regroupés dans un ouvrage publié en 1986: Sahel : l'Homme en détresse.

Le photographe pose devant l'un ses clichés à Londres en 2013
Le photographe pose devant l'un de ses clichés au Natural History Museum de Londres en 2013. © Suzanne PLUNKETT / REUTERS

Cependant, contrairement à la tendance, Salgado refuse de s'apitoyer. «Les gens qui parlent de misère n'ont pas compris», s'insurge-t-il. «La misère n'est pas matérielle, elle est spirituelle et sociale. Or, l'Afrique est sans doute le continent le plus riche en relations humaines et sociales

L'artiste, élu en 2016 à l'Académie française des Beaux-Arts de Paris, appelle à une autre comptabilité des richesses du continent noir: «L'Afrique a une richesse que l'on ne peut pas quantifier, qui ne rentre pas dans le Produit intérieur brut (PIB) ni dans le revenu par tête. Pour parler de l'Afrique, on devrait inventer d'autres facteurs afin d'intégrer cette composante sociale. L'Afrique est un continent très très riche.»

Les Africains ont recomposé le Brésil
«Pour nous les Brésiliens, l'Afrique est très proche, poursuit l'artiste avec conviction, les Africains sont venus au Brésil dès le 18e siècle comme esclaves. Les Africains sont rentrés dans notre constitution raciale. Ils ont aidé à faire une recomposition du Brésil, qui était un mélange d'Indiens et de Portugais», explique l'artiste.
 
Exposition «Sebastiao Salgado Genesis» à Brasilia en 2014
Exposition «Sebastiao Salgado: Genesis» à Brasilia en 2014. © Ueslei MARCELINO / REUTERS

Appareil photo en bandoulière, Salgado a sillonné le continent pour les agences de photo-journalisme Sygma, Gamma, Magnum. Guerres d'indépendance d'Angola, du Mozambique, du Sahara espagnol, génocide rwandais... en une quarantaine de reportages, il a à la fois témoigné de l'actualité violente du continent, mais aussi de ce qui fait sa substance: ses hommes, sa faune, sa flore. 
 
Très engagé dans la sauvegarde des forêts d'Amazonie, le photographe déplore l'état dégradé de la végétation en Afrique.
«On a passé un point de non-retour sur les forêts africaines, explique-t-il désolé, on n'a pas assez parlé des forêts d'Afrique, moins grandes certes que la forêt amazonienne mais qui ensemble font une énorme forêt.»

La forêt africaine en perdition
«Tout ce bois est venu en Europe», regrette Salgado, dont le dernier ouvrage (également une exposition itinérante), Genesis (2013), est une ode à la nature.

«Je pense qu'il n'y a plus de grande forêt en Afrique, à l'exception peut-être de la forêt du Congo. Avec les portions de forêts qu'il reste, il sera très difficile» de revenir en arrière, dit celui qui, en Amérique latine, a replanté des millions d'arbres et restauré un écosystème qui avait disparu.