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El Bakraoui, Abaoud... Profil du djihadiste européen, un délinquant acculturé

Par Michel Lachkar@GeopolisAfrique | Publié le 23/03/2016 à 09H29, mis à jour le 23/03/2016 à 16H31

Les frères Khalid Ibrahim El Bakraoui à l'aéroport Bruxelles
Capture d'écran © DR

Daech attire et manipule les fanatiques du monde entier, dont un grand nombre de convertis de fraîche date, qui n’ont le plus souvent jamais lu une page du Coran. Ce n’est pas un cheminement religieux, mais la délinquance qui les amène au djihad. «Il n’y a rien d’autre actuellement sur le marché de la révolte», affirme le chercheur Olivier Roy. Retour sur le profil psychologique des djihadistes.

Attentats aveugles à Bruxelles, jeunesse décimée à Paris, décapitation et lapidation à Raqqa, le monde est sous le choc de la violence brutale de la délinquance islamiste. «Daech maîtrise parfaitement les codes de communication  de la jeunesse. Cette violence a un grand pouvoir de fascination sur une jeunesse acculturée et mondialisée… Daech se distingue par une esthétique de la violence codifiée et scénarisée qui attire une jeunesse accro aux jeux vidéos et aux films américains », affirme le chercheur olivier Roy.

Ce spécialiste de l’islam a travaillé sur le profil psychologique de ces milliers de Français partis rejoindre Daech. «La plupart de ces jeunes n’ont pas de culture familiale religieuse, ils n’ont jamais étudié l’islam, ils ne vont pas dans les mosquées. Ils ont des parcours classiques, l’alcool, la petite délinquance. En religion, ce sont des autodidactes formés sur internet. Aucun d’entre eux ne se réclame de l’islam de leurs parents. Ce sont des Born again : un mois avant de passer à l’action terroriste, ils commencent à prier, ils truffent leur discours de mots arabes fraîchement appris».

Le belge Abdelhamid Abaaoud impliqué dans attaques Paris 13 novembre
© reuters/ réseaux sociaux

L'école de la prison
Les frères Khalid et Ibrahim El Bakraoui, identifiés comme étant les kamikazes de l'attentat perpétré à l'aéroport de Zaventem, étaient connus par la police belge comme délinquants. Comme de nombreux djihadistes passés de la délinquance à l’action armée.

Un grand nombre de djihadistes français engagés dans l’EI sont des délinquants qui ont découvert un islam approximatif sur le tard. Que ce soit Khaled Kelkal (attentats de 1995), Mohamed Merah (tueries de Toulouse) les frères Kouachi (Charlie Hebdo) ou Coulibaly(tueur de l'Hyper cacher), tous ont fait de longs séjours en prison avant de découvrir les vertus de l’islam. C’est en prison que bon nombre d’apprentis djihadistes vont découvrir, un prêt à penser idéologique et identitaire très puissant. L’islam politique donne alors une «justification » et  une "caution morale" à leur parcours de trafiquants. Ils se vivent comme des exclus de la société, aussi rêvent-ils de gâcher la fête à laquelle ils pensent ne pas être conviés.

Ces nouvelles brigades internationales de la terreur entraînent dans leur suicide, le plus d’innocents possible. Haine de soi, haine de la vie, tout se mélange dans cette vision religieuse apocalyptique.

«Avec le Califat d’Al Bagdadi, Daech offre un grand récit ''héroïque'' à tous ces jeunes, il leur propose d’être des héros et de recréer le grand califat musulman des premiers temps de l’islam, parfaitement mythique. Ils peuvent ainsi espérer dans leur dérive suicidaire, un paradis fantasmé promis au martyr», affirme olivier Roy.

Les otages japonais avant leur exécution par Daech fin janvier 2015
Capture d'écran d'une vidéo diffusée par Daech sur le web montrant les deux otages japonais avant leur décapitation. A gauche, le journaliste free lance, Kenji Goto, à droite, Haruna Yukawa, un homme se présentant comme consultant en sécurité. © AFP PHOTO / HO / AL-FURQAN MEDIA

Un Islam apocalyptique
Daech affiche une fascination pour la mort, puisée dans un courant de l’islam apocalyptique, par une lecture du Coran, annonçant l’imminence de la fin des temps. Elle fournit une justification idéologique à la tendance suicidaire de ces jeunes et à leur sentiment d’échec dans les pays impis. Cette explication psychologique laisse entendre qu’à une autre époque et dans d’autres lieux, ils auraient pu être nihilistes, anarchistes ou membres des Brigades rouges. Selon Olivier Roy, le fondamentalisme est le produit de la mondialisation et de la déculturation. Le djihadisme ne serait qu’une idéologie clé en main pour des jeunes avides de violences et en mal d’aventures.

Ni le modèle républicain français, qui permet à un immigré de devenir un citoyen français à part entière, ni le modèle britannique qui admet la spécificité des diverses communautés ne semblent dissuader ces milliers de jeunes (Français et Britanniques) de rejoindre Raqqa, et les mirages de l’Etat islamique.

Mondialisation communautaire
«Un enfant d’immigré algérien ou marocain ne cherche pas à revenir dans le pays de ses parents pour se ressourcer ou construire le pays», affirme Olivier Roy. Non, ils préfèrent aller en Tchétchénie, en Syrie ou chez les talibans afghans pour assouvir leur désir d’aventure mortifère.