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Rwanda,  Afrique

Le Rwanda veut devenir la Silicon Valley de l'Afrique

Par Valérie Kowal@GeopolisAfrique | Publié le 09/04/2014 à 09H18, mis à jour le 09/04/2014 à 09H18

1994, le Rwanda connaît le plus terrible des génocides avec près d'un million de victimes. 2014, et même si les clichés occidentaux ont la vie dure, le pays offre un nouveau visage. Il connaît une croissance économique sans précédent et l'essor d'internet est sans doute la meilleure preuve de cette expansion. Un bémol : les investissements sont souvent réalisés au détriment des plus pauvres.

Cela fait vingt ans. Vingt ans depuis que des médecins, des politiciens, des commerçants, des mineurs et des fermiers ont massacré 800.000 de leurs compatriotes. Une tuerie systématique, 100 jours d'horreur inscrits dans l'histoire récente. Vingt ans plus tard, le Rwanda renaît de ses cendres, les regards se tournent toujours vers Kigali, mais aujourd'hui pour des raisons financières.

Sous la présidence de Paul Kagame, qui mit fin au génocide, le PIB du Rwanda progresse de plus de 8% par an depuis 2001. Pour la Banque mondiale, il est le second pays africain le plus propice aux affaires. Le Rwanda a fait un grand pas en avant depuis 1994 avec l'amélioration du système éducatif, le développement de la santé et une très grande parité hommes/femmes (au parlement rwandais, 64% des députés sont des femmes).

Le pays a une vision plus ambitieuse et plus large de son avenir. Le projet Rwanda 2020 souhaite passer directement à une économie basée sur les technologies de l'information et de la communication, sans passer par la phase d'industrialisation. Un pari ambitieux quand on sait que 40% des Rwandais vivent encore sous le seuil de pauvreté et qu'à peine un sur deux était capable de lire en 2000.

Selon la BBC, 60% des habitants possèdent un téléphone portable et ont plus facilement accès à internet que ceux des autres pays africains. Kigali s'est d'ailleurs doté de la wifi en septembre 2013 et le rwanda vient de signer un accord avec KT Corp., le premier opérateur de télécoms de Corée du Sud pour permettre à 95% de la population d'être couverte par la 4G dans les trois ans à venir. Nouveau gage de confiance, Visa y a déployé un nouveau système de paiement mobile censé remplacer l'argent liquide.

Rwanda 2020, c'est aussi l'émergence des starts-up. Le KLab, à Kigali, est un espace permettant à de jeunes entrepreneurs d'accéder gratuitement à la wifi, de développer ensemble des idées, mais aussi d'offrir des conseils commerciaux à chaque entreprise projetant de percer dans le secteur technologique. Onze starts-up sont hébergées au KLab. Foyo a conçu une application qui envoie des conseils d'hygiène et de diététique à ses utilisateurs, GiralCT fabrique des tablettes et des smartphones, très semblables aux Samsung. Mais plus accessibles grâce à des paiements mensualisés. GiralCT a également ouvert des succursales au Burundi et au Ghana.


Le président Kagame est souvent surnommé le «Président du numérique»Très présent sur twitter, il aimerait que ce petit pays devienne un havre de technologie. Le KLab s'est associé avec le campus de recherche de l'université Carnegie Mellon. Son directeur, Michael Bezy, l'assure : «J'ai des entrepreneurs, une université de renommée mondiale, des entreprises technologiques et une infrastructure had hoc. Ca me fait penser à une mini Silicon Valley.»

Seul bémol dans cette belle histoire : le Rwanda est-il assez stable pour atteindre de tels objectifs? Car son taux d'inégalités est le plus élevé de la région. 10% des plus riches gagnent 3,2 fois les revenus des 40% des habitants les plus pauvres, selon un rapport de 2011 de la Society for International Development. De plus, Paul Kagame gouverne en autocrate. Les partis d'opposition sont absents et la liberté de la presse est fortement limitée. Une limite justifiée par la peur d'attiser à nouveau les haines interethniques. 

Le salut du Rwanda passerait par des investisseurs nationaux et privés en faveur de la technologie. Le dernier rapport du Forum économique mondial place le Rwanda à la première place des pays d'Afrique orientale pour le numérique. Carter Crockett, fondateur du Center for Entrepreneurial Leadership dans le Massachussetts, et cofondateur d'un cabinet de consulting à Kigali est confiant: «Le meilleur atout de la stratégie technologique du Rwanda est sa vision audacieuse de l'avenir. C'est un tout petit pays qui aime faire de très grands rêves. Les grands projets attirent les gens, et c'est là tout l'avantage du Rwanda.»