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Le Sénégal veut éradiquer la lèpre

Par Chloe Berthod@GeopolisAfrique | Publié le 01/09/2017 à 09H32, mis à jour le 01/09/2017 à 09H44

Un patient sénégalais atteint lèpre
Un patient sénégalis atteint de la lèpre montrent ses mains après un traitement dans le Centre Hospitalier de l'Ordre de Malte (2014).  © SEYLLOU / AFP

Il y a plus de 20 ans, le Sénégal atteignait le seuil d’élimination de la lèpre. Depuis, le pays ne parvient toujours pas à éradiquer la maladie et des foyers de contamination persistent, notamment dans la région de Dakar. En concertation avec les associations, l'Etat a donc élaboré un nouveau plan d'action pour définitivement éliminer la lèpre d'ici 2022.


Selon une récente étude, la chaîne de transmission de la lèpre est en légère augmentation au Sénégal. En 2016, 332 nouveaux cas ont été dépistés contre 248 l’année précédente. En 1995 pourtant, le pays franchissait le seuil d’élimination de la lèpre fixé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à un cas pour 10.000 habitants. Pour le Docteur Zoubi, coordinateur du PNEL, le Programme national d’élimination de la Lèpre créé en 1980, «le plus inquiétant est que près de 20% des nouveaux cas recensés sont des enfants de moins de 15 ans».

Statistiques 2016 lèpre au Sénégal

Source : Programme national d'éradication de la Lèpre (PNEL)  ©


Bien que depuis 2005 la lèpre ne soit plus un problème de santé publique, la Direction générale de l’Action sociale (DGAS), qui dépend du ministère de la Santé sénégalais, a décidé d’élaborer un plan d’action pour enfin éradiquer l’infection d’ici 2022. Il s’agit avant tout d’accentuer les moyens de prévention et de traitement déjà mis en œuvre par les pouvoirs publics et les associations. Les actions de sensibilisation sont jugées prioritaires: des journées pour informer des bonnes attitudes à adopter, particulièrement en matière d’hygiène, sont régulièrement organisées. Et malgré les mauvais chiffres de cette année, le Docteur Zoubi reste «optimiste et confiant».

Une maladie sociale
Au Sénégal, un centre hospitalier, le CHOM, est dédié au dépistage et au traitement des lépreux, appuyé par l’Association sénégalaise de lutte contre la Lèpre (ASCL) et le PNEL. «Bien détectée, la lèpre est une maladie qui se soigne et ne laisse presque pas de séquelles», rappelle Pape Mamadou Diagne, président de l’ASCL. En 2016, sur les 332 nouveaux cas recensés, 28 présentaient déjà des signes d’infirmités. Un dépistage tardif dû, selon Coumba Wade, directrice de la Protection des personnes vulnérables, à «une déperdition de l’expertise médicale» des médecins généralistes vis-à-vis de la lèpre, de moins en moins enseignée.


Mais selon les principaux acteurs, l’enjeu est avant tout social. «Beaucoup de préjugés persistent autour de la lèpre», souligne Pape Mamadou Diagne. Votée en 1976, une loi instaure ce que l’on appelle des Villages de reclassement social (VRS), où les individus lépreux ainsi que leur famille doivent être confinés, restant ainsi coupés du monde extérieur. «Une discrimination injustifiée aujourd’hui», juge le coordinateur du PNEL qui précise qu’une étude est en cours pour évaluer l’efficacité d’un médicament préventif en direction de l’entourage des malades dans deux de ces villages, symbole d'espoir.