Le soja déboise l’Amérique du Sud

Par Laurent Filippi | Publié le 06/06/2012 à 16H15, mis à jour le 25/10/2013 à 16H11

Un million de kilomètres carrés, c’est la surface occupée dans le monde par la culture du soja, oléagineux le plus commercialisé devant le blé.

Sa culture grandissante participe à la déforestation. Chaque année, 13 millions d’hectares de forêts disparaissent de la planète. L’Amérique du Sud est en première ligne. Au Brésil, c’est l’Etat du Mato Grosso et principalement la savane arborée du Cerrado qui sont les plus impactés.

Cette graine permet, entre autres, de produire des tourteaux, un aliment pour le bétail. La consommation croissante de viande des pays émergents obligent à produire de plus en plus de soja génétiquement modifié.

En 2006, à l’initiative du WWF (ONG internationale de protection de la nature et de l’environnement) et de différents acteurs (producteurs, représentants de l'industrie et du commerce, ONG sociales et environnementales…) est créée la Round Table on Responsible Soy Association (Association pour une culture responsable du soja), table ronde pour un soja responsable.

La présence du groupe Monsanto dans cette démarche renforce les critiques de nombreuses associations écologistes.

La déforestation, l’augmentation des OGM et la prolifération de produits chimiques dans les sols d’Amérique du Sud menacent des écosystèmes fragiles qui abritent une biodiversité irremplaçable.

Onze photos prises dans l’état brésilien du Mato Grosso illustrent ce propos.

  • Le Roundup Ready

    Le Roundup Ready,

    un soja génétiquement modifié est créé en 1990 par Monsanto, une des plus importantes entreprises américaines de l’agrochimie et des semences.

    Aujourd’hui, plus de 70% de la production mondiale de soja est OGM.

    © AFP PHOTO/Yasuyoshi CHIBA

  • Le Brésil l’Argentine

    Le Brésil et l’Argentine

    représentent la moitié de la production mondiale de soja, qui s’est multipliée par quatre en vingt ans.

    Au Brésil, «le soja transgénique occupe 44% de la surface cultivée de céréales et d'oléagineux, mais ne représente que 5,5% des emplois du secteur agricole», selon Sergio Schlesinger, chercheur et auteur du livre Le grain qui a trop poussé .

    © REUTERS/Paulo Whitaker

  • Le soja OGM

    Le soja OGM

    pénètre le Brésil de façon illégale en 1998. Les surfaces de production passent de 2 à 25 millions d'hectares en à peine 40 ans.

    Aujourd’hui, 85% du soja est transgénique. Cette culture entraîne une déforestation massive de la forêt amazonienne.Si la déforestation a diminué de 80% entre 2004 et 2010 grâce au moratoire mis en place suite au non-respect du code forestier brésilien de 1965, une réforme met de nouveaux les forêts en danger depuis 2011.

    Selon le WWF, 75.000 km² seraient menacés.

    © REUTERS/Paulo Whitaker

  • Le Cerrado

    Le Cerrado,

    savane boisée, est le plus touché par l’expansion du soja transgénique.

    Cette végétation représente un cinquième de la surface du Brésil et abrite 5% de la biodiversité mondiale.

    La moitié de sa surface a déjà pourtant disparue.La contamination des ressources aquifères par les pesticides accentuent le problème.

    © AFP PHOTO/Yasuyoshi CHIBA

  • Le Brésil

    Le Brésil

    a produit 75 millions de tonnes de soja OGM en 2010.Les OGM sud-américains nourrissent principalement le marché européen.

    Si la Chine en est le principal importateur, l’Europe est second, avec comme principal fournisseur le Brésil.

    © AFP PHOTO/Yasuyoshi CHIBA

  • Le soja

    Le soja

    a rapporté 24 milliards de dollars au pays, représentant 26% des exportations agricoles brésiliennes.

    22% des exportations de tourteaux sont destinées à la France.

    Dans l’Hexagone, quatre cinquièmes du soja OGM est utilisé pour nourrir les animaux.La France, qui a importé 4,6 millions de tonnes de soja en 2010, est le 3e importateur mondial de soja brésilien.

    © AFP PHOTO/Yasuyoshi CHIBA

  • Les producteurs brésiliens

    Les producteurs brésiliens

    intentent en 2008, un procès à Monsanto qu’ils accusent de s’approprier de façon illégale 2% du montant de la récolte.

    Le groupe, qui impose une redevance sur son soja certifié Round up Ready, exige que les producteurs versent 2% de leurs revenus au titre de la propriété intellectuelle sur les semences.

    © REUTERS/Paulo Whitaker

  • Cinq millions

    Cinq millions

    de producteurs brésiliens refusent de payer les redevances à Monsanto.

    En avril 2012, un juge donne raison aux agriculteurs et demande que le géant de l’agrochimie leur rende le montant de cet «impôt» perçu depuis 2004 et leur rembourse deux milliard de dollars. Le groupe a fait appel.

    © REUTERS/Paulo Whitaker

  • Pour contrer effets dévastateurs

    Pour contrer les effets dévastateurs

    du soja transgénique sur l’environnement, des producteurs, des industriels et le WWF ont créé en 2006 l’Association pour une culture responsable du soja, table ronde qui a mis en place une certification spéciale.

    Elle comporte une trentaine de critères, comme l’interdiction d’utiliser des terres déboisées, limiter l’utilisation de produits chimiques ou encore l’interdiction de faire travailler les enfants.

    Seuls les Etats-Unis n’ont pas souhaité participer à cette initiative.

    © AFP/RODRIGO BALEIA/AE/AE

  • La partie est loin d’être gagnée

    La partie est loin d’être gagnée

    quand on sait que 400.000 tonnes de ce soja certifié – mélange d’OGM et de soja «classique» – ont été vendues la première année, alors que 250 millions de tonnes de soja OGM sont produites chaque année.

    © AFP PHOTO/Yasuyoshi CHIBA

  • Beaucoup d’écologistes

    Beaucoup d’écologistes

    dénoncent la position du WWF, car cette certification ne remet en cause ni le problème de la monoculture, ni l’indépendance de l’Europe en matière d’alimentation animale importée, ni la lutte contre la production intensive de la viande et, pire, que le soja OGM n’en soit pas exclu.

    Le WWF se défend en déclarant que l’OGM étant le principal soja cultivé, il ne peut pas passer à côté de ce marché et qu’une branche de la certification est réservée au soja non-modifié.

    © AFP PHOTO/Yasuyoshi CHIBA

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