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Le Soudan dément que sa rupture avec l’Iran puisse le rapprocher d’Israël

Par Alain Chemali@GeopolisFTV | Publié le 22/01/2016 à 13H42, mis à jour le 22/01/2016 à 13H42

Le président soudanais Omar al-Bachir
Le président soudanais Omar Al-Bachir, le jour de l'ouverture du Forum national de dialogue au Soudan, le 10 octobre 2015 à Khartoum.  © Ebrahim Hamid / Anadolu Agency / AFP

L’affaire est-elle si grave qu’elle a poussé Khartoum à démentir ? Le Soudan a nié toute intention de normaliser ses relations avec Israël après la diffusion d’informations dans ce sens par des sites israéliens. La rupture des relations avec l’Iran et le resserrement des liens avec l’Arabie Saoudite laissent certains penser que le président Al-Bachir pourrait aussi se rapprocher de l’Etat hébreu.

Une petite phrase ne fait pas le dégel avec Israël, même si elle émane d’un membre du gouvernement soudanais en personne, mais elle peut le préparer. C’est pour cette raison sans doute que la presse israélienne en ligne a monté en épingle des déclarations soudanaises laissant croire à une telle issue.

Le Soudan n'a aucune raison d'entretenir des relations hostiles avec Israël 
Au cours du Forum national de dialogue et réconciliation au Soudan, initié le 10 octobre 2015 par le président Omar al-Bachir, le chef du Parti soudanais indépendant a créé la surprise. Lors de débats consacrés à la loi, aux libertés individuelles et à la politique étrangère, il a déclaré : «Il n’y a aucune justification au fait que le Soudan entretienne des relations hostiles avec Israël, puisqu’il devra en payer le prix économique et politique pour les poursuivre».
 
Lors de ces trois mois de discussions plusieurs voix soudanaises se sont ainsi fait entendre en faveur d’une normalisation avec l’Etat hébreu, clé pour une levée des sanctions américaines sur le Soudan et son retrait de la liste des Etats terroristes. Celle du chef de la diplomatie n’étant pas la moindre.
 
Le ministre Ibrahim Ghandour s’est en effet avancé à affirmer le 14 janvier 2015 que «la question de la normalisation des relations avec Israël est une chose sur laquelle nous pouvons nous pencher» pour aider à améliorer les relations avec Washington.
 
Une petite phrase aussitôt reprise et diffusée par des medias israéliens en ligne, Ynet, The Times of Israël ou I 24, entraînant un démenti du ministère des affaires étrangères soudanais. Selon son porte-parole, Ali Al-Sadiq, «la déclaration du ministre à propos de la normalisation des relations avec Israël a été sortie de son contexte».
 
La levée d'un tabou pour le Soudan
Impensable officiellement auparavant, le fait même d’en parler constitue la levée d’un tabou rendue possible par les conflits de la région et les bouleversements qu’ils entraînent dans les relations entre pays sunnites et chiites.
 
En rompant ses relations diplomatiques avec Téhéran en solidarité avec Ryad après le sac de son ambassade en Iran, le président Omar al-Bachir, qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt international  lancé par la Haye pour crimes de guerre, a opéré un revirement spectaculaire.
 
Il s’aligne résolument sur l’axe des pétromonarchies sunnites en rupture avec le régime chiite iranien. Un choix similaire à celui fait par Israël face aux affrontements en cours.
 
Le régime d’Al-Bachir crée ainsi l’illusion d’une ouverture possible sur l’ennemi israélien, lui qui affirmait en novembre 2012 qu’une normalisation avec Israël était «une ligne rouge».
 
Même si un franchissement de cette ligne n’est pas imminent, le changement d’aiguillage de la diplomatie soudanaise aura des conséquences sur les conflits en cours dans la région.

Le virage de Khartoum ferme la porte de l'Afrique à l'Iran 
Khartoum qui entretenait de bonnes relations avec les deux pôles ennemis de l'Islam avait amorcé un virage, dès 2014, en fermant des institutions de la République Islamique d’Iran et en expulsant l’attaché culturel sous prétexte qu’ils servaient à répandre le chiisme dans un pays sunnite.

Le président soudanais Omar Al-Bachir guide suprême iranien Ali Khamenei

Le président soudanais Omar Al-Bachir (D) recu par le guide suprême iranien Ali Khamenei (G) le 26 juin 2011, à l'époque où Khartoum entretenait encore de bonnes relations avec Téhéran.  © AFP PHOTO/HO/KHAMENEI.IR

 
De plus, le Soudan a été le premier pays arabe à se joindre à la coalition mise sur pied par l’Arabie saoudite pour défendre le pouvoir yéménite contre la rébellion Houthie soutenue par l’Iran. Il est même le seul à avoir déployé des hommes au sol.
 
Enfin, cible de frappes israéliennes en 2009 et 2012 pour avoir facilité le transit d’armement iranien à destination du Hamas à Gaza, le régime d’Al-Béchir ne semble plus prêt à de telles acrobaties.
 
L’Iran perd ainsi sa principale porte d’entrée sur le continent africain au profit de l’Arabie saoudite. En retour, celle-ci a promis en novembre 2015 dix milliards d’euros d’investissements dans l’agriculture et la construction de barrage hydrauliques au Soudan.
 
Privée du trois quart des réserves pétrolières depuis l’indépendance du sud-Soudan, l’économie soudanaise, en souffrance, compense ainsi la baisse des capacités de son ancien allié iranien à le soutenir et prépare l’opinion à une politique plus pragmatique avec l’Etat hébreu.
 
Des relations normales ou conditionnées avec l'Etat hébreu
Selon Ibrahim Suleiman, membre du Parti soudanais indépendant, une majorité de membres de la commission des relations extérieures appelait à l’établissement de relations normales ou conditionnées avec Israël.
 
«Les Etats-Unis et Israël sont deux faces d’une même pièce, explique-t-il, et si le gouvernement souligne l’importance d’établir des relations avec les Etats-Unis, pourquoi n’établirait-il pas des liens avec Israël».