Le point sur...

Soudan du Sud,  Afrique

Le Soudan du Sud, jeune nation riche, mais sous perfusion

Par Catherine Le Brech@GeopolisAfrique | Publié le 17/01/2012 à 12H16, mis à jour le 15/11/2012 à 16H02

A Juba 9 janvier 2012 jour anniversaire l’indépendance manifestation appelant à fin violences au Soudan Sud
A Juba, le 9 janvier 2012, jour anniversaire de l’indépendance: manifestation appelant à la fin des violences au Soudan du Sud, notamment dans la région de Jonglei, où des attaques tribales ont fait plus de 1.100 morts en 2011. © AFP PHOTO/HANNAH McNEISH

Indépendant depuis le 9 juillet 2011, le Soudan du Sud existe sur la scène internationale. Extrêmement pauvre et dans une situation géopolitique tendue après vingt-deux ans de conflit avec le Nord, il doit prouver qu'il peut exister économiquement. Pour l'heure, l'instabilité à la frontière entre les deux Etats et les violences interethniques sur son territoire plombent son développement.

Si ce pays d'Afrique de l'Est dispose d'importantes richesses minières, comme l'uranium, et d’un fort potentiel agricole, aiguisant les appétits étrangers, les revenus pétroliers représentent 98% de son budget.

Le Sud s'est séparé du Nord en gardant 75% de la production pétrolière soudanaise. Malgré sa richesse en hydrocarbures, il manque d'infrastructures pour le raffinage et l'exportation. Le Nord les possède ainsi que la seule porte de sortie sur la mer, Port Soudan.

Avec la partition, Khartoum a perdu plus du tiers de la manne pétrolière qui compte pour 60% dans son budget. Son PIB a reculé de 0,2% en 2011 (0,4% prévu en 2012). Un manque à gagner vecteur de tensions entre les deux camps.

Pékin sur les rangs
La Chine, qui est le plus gros investisseur étranger dans le secteur pétrolier au Soudan, soutient les négociations en cours entre les deux pays. Elles concernent notamment les taxes pétrolières que le Soudan demande au Soudan du Sud pour l'utilisation de ses infrastructures et le partage des richesses.

Pékin, dont près de 5% de la consommation de pétrole dépend du Sud, a signé plusieurs accords de "coopération économique et financière" avec Juba dont un premier contrat pétrolier, le 13 janvier 2012, qui concerne aussi l'Inde et la Malaisie.

Créer un Etat viable
Selon la Banque mondiale, le Soudan du Sud aura besoin de plusieurs décennies avant de devenir un Etat viable.

L'organisation estime que la jeune nation possède l'un des indicateurs de développement les plus faibles au monde et que plus de la moitié des quelque 8,5 millions d’âmes (20% de la population soudanaise) vit sous le seuil de la pauvreté.


2,7 millions de Sud-Soudanais auront besoin d’aide alimentaire en 2012


(AlQarra, le 26 décembre 2011)


Pas de sécurité le long de ses frontières avec le Nord
En particulier à proximité du Kordofan-Sud, seul Etat pétrolifère rattaché à Khartoum, lieu de violents combats. Depuis l'été 2011, le conflit s'est étendu au Nil Bleu, autre région nordiste sur la frontière. Khartoum veut y asseoir son autorité, alors qu'une partie de la population a combattu au côté des Sudistes pendant la guerre civile.

Le Nord revendique également la province pétrolifère d'Abyei, à cheval sur les deux pays, où on ne compte plus ni les morts ni les déplacés.

Sans oublier l'Etat de Jonglei (en anglais), région orientale extrêmement pauvre du Soudan du Sud, où des tribus rivales s'affrontent pour du bétail.


Violences interethniques dans l'Etat de Jonglei


(AFP, le 2 janvier 2012)


Le tourisme comme piste possible de développement
Si le pays a été totalement ravagé par la guerre civile, qui a fait deux millions de morts et quatre millions de déplacés entre 1983 et 2005, et subit aujourd'hui une instabilité qui en fait des milliers d'autres, le gouvernement du président Salva Kiir Mayardit cherche à développer ses ressources et à les diversifier.

Le tourisme fait partie d'une autre piste possible. A 85 kilomètres de la capitale Juba, le parc de Badingilo possède sur ses 10.000 km² la plus grande savane toujours intacte d’Afrique de l'Est avec une faune attractive pour les amoureux de la nature.

Après l'or noir, l'or vert ? Il faudra auparavant pacifier la région et trouver un accord avec le géant pétrolier français Total, qui y détient une immense concession.