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Soudan du Sud: le plus jeune Etat africain toujours en guerre et sans espoir de paix

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 27/02/2015 à 09H29, mis à jour le 27/02/2015 à 09H29

Soldat l'armée gouvermentale sud soudanaise
Soldat de l'armée gouvernementale au quartier général à Juba le 8 Janvier 2014 © Photo Reuters/James Akena

C'est le plus jeune Etat du monde. C'est aussi le plus dévasté par la guerre qui oppose les partisans de son président Salva Kiir et ceux de son ex vice-président Riek Machar, deux anciens frères d'armes. En trois ans, le conflit a fait des dizaines de milliers de morts. 2,5 millions de personnes sont au bord de la famine. Aucune perspective de paix n'est en vue.

Le Soudan du Sud est né dans la douleur, le 9 juillet 2011, après une guerre civile de 20 ans qui a opposé les rebelles du Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS) au gouvernement de Khartoum, majoritairement musulman. Mais le jeune Etat indépendant, minoritairement chrétien et plutôt animiste, reste plongé dans la tourmente trois ans et demi après avoir accédé à son indépendance.  

Il ne s’agit plus d’une guerre de libération, mais d’un autre conflit, plus dévastateur encore. Il a éclaté il y a un peu plus d’un an, le 15 décembre 2013, au sein de l’armée sud-soudanaise minée par des divisions politico-ethniques.
 

Salva Kiir Riek Machar à Addis Abeba

Le président du Soudan du Sud Salva Kiir (chapeau noir) et son ancien vice-président Riek Machar, après la signature d'un cessez-le-feu à Addis Abeba, le 1er février 2015. © Photo Reuters


L'ancienne rebellion se déchire
D’un côté, le président Salva Kiir et ses partisans. De l’autre, le clan de son ancien vice-président et principal rival, Riek Machar, accusé d’avoir voulu fomenter un coup d’Etat. Le premier est Dinka, le second est Nuer, les deux principales ethnies du pays.  Les deux hommes se disputent le contrôle du pouvoir à Juba et les champs pétrolifères qui constituent la principale richesse du jeune Etat.  Les compagnies pétrolières ont été contraintes de cesser leurs activités.
 
Famille déplacés sud soudanais

Familles  déplacées par les combats dans un camp de l'ONU à Jabel, le 23 décembre 2013. © Photo Reuters/James Akena


Un jeune Etat à feu et à sang
Les observateurs sont unanimes : la violence au Soudan du Sud n’a jamais été aussi féroce. Dans un rapport publié en mai 2014, la mission de l’ONU dans le pays (la Minuss), affirme que «des crimes contre l’humanité ont vraisemblablement été commis». La guerre a déjà fait plusieurs dizaines de milliers de morts et des millions de déplacés internes chassés par les combats. L’ONG Oxfam a dénombré 80.000 personnes ayant trouvé refuge dans les bases de l’ONU à travers le pays. Plus de 467.000 personnes ont fui vers les pays voisins laissant tout ce qu’elles possédaient derrière elles.

La moitié des 12 millions d’habitants ont besoin d’aide humanitaire. 2,5 millions de Soudanais du Sud sont aujourd’hui au bord de la famine.

Le dernier coup d’éclat remonte au 21 février 2015, lorsqu’un groupe armé non-identifié a enlevé 89 adolescents dans la ville de Wau Shilluk. Selon l’Unicef, ils seraient déjà au nombre de 12.000 à être utilisés comme enfants-soldats, tant par les rebelles que par l’armée qui s’affrontent depuis décembre 2013.

Malgré les nombreux cessez-le-feu signés par les belligérants, malgré les pourparlers de paix menés à Addis Abeba (Ethiopie), aucune perspective de paix n’est en vue. Et rares sont ceux qui espèrent le moindre répit.

Washington propose à l’ONU «des sanctions ciblées» contre les seigneurs de guerre sud-soudanais qui continuent de torpiller un règlement du conflit. Les belligérants ont jusqu’au 5 mars 2015 pour trouver un accord de partage du pouvoir au sein d’un gouvernement de transition.