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Le Soudan du Sud va-t-il perdre son unique brasserie ?

Par Pierre Magnan@GeopolisAfrique | Publié le 07/08/2015 à 15H12, mis à jour le 07/08/2015 à 17H22

Bière White Bull au Soudan Sud
La bière produite au Soudan du Sud va-t-elle survivre à la guerre civile qui ensanglante le pays. © SabMiller

L'unique brasserie du Soudan du Sud est désormais au bord de la faillite. Une faillite qui symbolise les difficultés de la plus jeune nation du monde (née d’une scission du Soudan) qui est, depuis 19 mois, en pleine guerre civile. Pourtant cette brasserie est née avant la séparation du sud et du nord Soudan. La «White Bull», nom de la bière, pourrait disparaître.

Cette brasserie, qui fut un temps une sorte de symbole de tolérance dans un Soudan dont la partie nord était soumise à la charia, est aujourd’hui en danger, en raison notamment de la guerre civile qui ensanglante le pays.
 
Construite à l'extérieur de la capitale Juba, cette brasserie a représenté l'investissement le plus important de ce nouveau pays, hors industrie pétrolière. La bière, qui porte le nom de «White Bull», nom d’un bovin local, constitue une des rares activités à faire entrer des recettes fiscales.
              
Au plus fort de son activité, la brasserie produisait au quotidien des dizaines de milliers de litres de bière.  Aujourd’hui, la guerre civile, le marasme économique, la pénurie d'essence et le manque de devises étrangères ont mis en péril la brasserie sud-soudanaise de SABMiller (mariage de South African Breweries et de Miller Brewing), le géant britannique du secteur qui avait lancé cette production.
 
L'eau mise à part, tous les ingrédients de la White Bull sont importés: les fermes sud-soudanaises sont incapables de fournir graines, sucre et levure en quantités suffisantes.

White bull
© dr

Usine menacée par la guerre civile
«Il sera difficile de poursuivre notre activité» en raison des pénuries, affirme le directeur opérationnel de la brasserie africaine, Carlos Gomes. Résultat, «une centaine d'ouvriers, soit un quart de notre effectif, est déjà au chômage technique », selon le directeur.
 
La fermeture de cette usine serait tout un symbole pour ce pays né en 2011. La guerre civile, commencée en 2013 dans ce pays extrêmement pauvre (plus de 70% des 12 millions d'habitants ont besoin d'une aide alimentaire, certaines zones étant au bord de la famine), a déjà fait des dizaines de milliers de victimes.

Des médiateurs régionaux tentent de mettre un terme à cette guerre. Soutenus par les Américains, ils se donnent jusqu’au 17 août pour y parvenir. Cela sera-t-il suffisant pour sauver la brasserie et les nombreux bars qui en dépendent pour survivre ?