Parcours

France,  Europe,  Togo,  Afrique

Le style Yamgnane

Par Hervé Pozzo@GeopolisAfrique | Publié le 20/09/2013 à 11H27, mis à jour le 14/11/2013 à 11H50

La Bretagne France Togo triangle sustentation Kofi Yamgnane

24 Mars 1989, le sol tremble dans le petit village breton de Saint-Coulitz. Kofi Yamgnane y est élu maire, avec 90% des voix. La presse afflue car l'homme a une particularité : sa peau est noire. Retour sur un parcours d'immigration qui commence avec l'arrivée d'un père missionnaire à Benjeli, petit village togolais perdu dans la brousse.

M.Yamgnane dit avoir tout eu : le bonheur, avec sa compagne Anne-Marie, ses enfants et petits-enfants, les honneurs quand François Mitterrand le bombarde secrétaire d'Etat, en 1991 (auprès du ministre des Affaires sociales et de l'Intégration), ou lorsqu'il convainc les électeurs de sa région.


Ingénieur des Mines, maire, conseiller régional de Bretagne, conseiller général et député du Finistère (PS), propriétaire d'un «domaine» comme il l'appelle, entouré d'amis... l'homme se demande «ce qu'il pourrait demander de plus». Mais il le sait... «Parfois, je me demande ce que je fais ici, l'exil est toujours un drame !»

Immigré, depuis toujours ou presque. Depuis qu'un prêtre missionnaire, le pêre Dauphin, lui a proposé d'intégrer le collège de Lomé et de quitter l'ethnie bassar pour cotoyer celles, multiples, qui composent la capitale du Togo.


Ressembler aux autres, communiquer avec les autres : «L'intégration commence déjà, pour moi, à cette époque.» Et elle n'est pas prête de s'arréter. 
1964 : si M.Yamgnane, tout juste bachelier, se voit déjà un bel avenir sur sa terre natale, son mentor le père Dauphin le promet à un autre avenir. Le missionnaire le voit ingénieur après Mat sup', l'Ecole des Mines. Pour cela il faut franchir un cap, changer de continent et prendre l'avion, pour la première fois.


La France imaginée est fidèle aux livres lus par un insatiable dévoreur de savoir. Bien plus encore : «C'était Zola et les portes électroniques, l'éclairage public et cette foule qui courrait. J'avais quitté la forêt de teck pour un monde féérique.» Mais si sa nouvelle terre a ses plaisirs, «la liberté et les frites», elle compte aussi de nombreux écueuils. Et le jeune Kofi, seul étudiant noir de son lycée, essuie quelques déceptions.


Une question que Kofi Yamgnane ne se pose pas seulement lorsque la bruine brouille l'horizon. Les discours du Front national, ses thèses lui font mal, un mal de chien. Alors, il se met en colère.


L'immigration est un mode de vie pour les Africains. Depuis toujours. Sur leur continent, qui n'avait pas la même appréhension de la notion de frontières, l'immigration n'est pas vécue comme «un des problèmes cruciaux».


M.Yamgnane ne conçoit l'immigration autrement que comme une richesse. «Je me sens plus riche qu'un Togolais resté au Togo ou qu'un Français resté en France. Mon père m'a appris à faire du feu avec un silex et du kapok, l'Ecole des Mines à mettre au point les premiers lasers... J'ai parcouru la vie de l'humanité.»