Le point sur...

Chine,  Asie-Pacifique

Le taï-chi attend son inscription au patrimoine mondial

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 31/03/2017 à 09H27, mis à jour le 31/03/2017 à 09H27

Un garçon d'une école primaire chinoise pratique tai-chi 2015
Pratique du tai-chi pendant une pause en 2015. Un garçon d'une école primaire du comté de Wenxian (Province du Henan), où des cours de tai-chi sont offerts depuis 2001. © Xu Hongxing / Pour le China Daily

Tout le monde a en mémoire les images de ces Chinois rassemblés dans des parcs, jeunes et vieux, exécutant de lents mouvements. Le taï-chi, à la fois art martial et philosophie, veut être inscrit au patrimoine culturel mondial. Le 31 mars 2017, le gouvernement de Pékin décidera ou non de présenter le taï-chi au patrimoine mondial.


En arrière plan, il y a une sombre concurrence entre pays asiatiques. Le Quotidien du peuple rapporte les propos de Zhang Liyong, député à l’Assemblée nationale populaire de Chine, pour qui la situation est urgente. «La Corée du Sud et le Japon essayaient de faire inscrire le tai-chi. La Corée du Sud a déjà fait inscrire le Festival des bateaux-dragons comme lui appartenant, c'est pourquoi nous devons être vigilants.»
 
On entre clairement dans une querelle nationaliste. M.Zhang fait référence à un précédent remontant à 2008. L’Unesco a accordé le statut de patrimoine immatériel au festival coréen Gangneug Danoje. Or, pour les Chinois très en colère, ce n’est qu’une pâle copie du festival chinois des bateaux-dragons. Certains ont accusé les Nations Unies d’approuver une appropriation d’un élément de la culture chinoise. Cela dit, le festival chinois a obtenu son inscription l’année suivante.
 
Et certains Chinois craignent que l’histoire ne se répète avec le taï-chi dont la paternité serait également revendiquée par la Corée du Sud et aussi le Japon. Dès 2008, la Chine a voulu faire reconnaître cet art martial comme sien. Echec. Dossier trop vague, a estimé l’Unesco. Puis la réforme du système de candidature, limité à deux dossiers par an, n’a pas permis de proposer le taï-chi de nouveau.
 

Taï-chi dans Henan
Démonstration par des maîtres de taï-chi durant un festival dans la province du Henan.

Mais après dix années de compilation de matériels, d’études par des maîtres de la discipline de son histoire séculaire, le dossier est bouclé. Yan Shuangjun en est son ardent avocat. A ses yeux, au travers du taï-chi, «on peut mieux comprendre la culture chinoise. De la médecine à la littérature, de la philosophie à l’art.»
 
Ces avocats du taï-chi craignent que d’autres pays «polluent» la pratique du taï-chi par des variantes. D’où l’importance pour M.Yan d’en déposer les règles. D’autant que cet art martial a évolué. Ces derniers temps, il a gagné en popularité en développant des aspects thérapeutiques, notamment en réduisant le stress. Selon un maître de Pékin, Zhang Jian, «comparé à d’autres aspects de la culture chinoise, le taï chi est d’approche facile. Il peut permettre à la Chine de développer son soft-power. Même nos taïkonautes le pratiquent.» Il estime que ce serait une honte d’échouer de nouveau.
 
Il est temps également de remettre de l’ordre dans une certaine hiérarchie régionale. Le taekwondo coréen a été reconnu en 2011. C’est le premier art martial à être entré dans le panthéon du patrimoine culturel mondial. De quoi énerver une nation en manque de reconnaissance internationale.