Synthèse

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Le Tchad part en guerre contre Boko Haram

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 20/01/2015 à 14H00, mis à jour le 20/01/2015 à 14H00

Soldats tchadiens archive
Soldats tchadiens © Reuters Goran Tomasevic

Le Tchad est-il le seul pays d’Afrique capable de contrôler le Sahel ? Après être intervenu aux cotés de la France au Mali, le voici à présent engagé dans la lutte contre Boko Haram, à l’extrême nord du Cameroun et du Nigeria. C'est-à-dire de l’autre côté de sa frontière.


L’armée du président Idriss Deby est en marche pour prêter main forte au Cameroun, visiblement dépassé par les attaques de Boko Haram. 400 véhicules militaires et des hélicoptères de combat ont franchi samedi 17 janvier la frontière, tandis que les islamistes poursuivent leurs exactions. 60 personnes ont encore été enlevées, dimanche 16 janvier 2015, dans deux villages de la zone de Tourou, à l’extrême nord du Cameroun.
 
Le Tchad semble désormais incontournable pour résoudre les conflits dans le secteur du Sahel. Il ne joue pas pour autant au gendarme. Il assure surtout sa propre protection face à un ennemi de plus en plus puissant et déterminé.

Boko Haram, à l’image de l’Etat islamique en Irak, a profité de l’incurie des pouvoirs centraux pour progresser, au Nigéria mais aussi au Cameroun.

La chute de Baga 
Ainsi, au nord du Nigéria, dans la région de Maiduguri et de Bama (Etat de Borno), le mouvement islamiste est quasiment chez lui. Il a poussé son avantage jusqu’au bord du lac Tchad, à 160 km de Maiduguri, en occupant Baga.

La ville est tombée le 3 janvier dernier après de violents combats qui ont fait des centaines de morts (peut-être 2000), selon Amnesty International. Plus de 500 femmes auraient été enlevées, d’après le témoignage de l’une d’entre elles. Les rebelles se sont emparés d’une base militaire et ont vraisemblablement récupéré une quantité importante de matériel.
 

Vidéo AFP mise en ligne le 18 janvier 2015.

Au nord du Cameroun, la situation n’est pas aussi dégradée, mais Boko Haram a depuis 2011 bénéficié d’une quasi impunité dans la région.

Cette langue de terre donnant sur le lac Tchad, coincé entre Nigéria et Tchad, a longtemps désintéressé le pouvoir de Yaoundé. Selon Jeune Afrique, pendant trois ans, la région a servi de base de repli: «Un magasin à ciel ouvert que l’on peut piller à volonté, mais aussi un vivier de combattants.» L’argent, bien plus qu’un quelconque prédicateur, a convaincu plus de 3000 jeunes ces dernières années.
 
Zone de non-droit
Dans cette région, les rebelles ont pu faire venir des armes et surtout les stocker sans être véritablement gênés. Il suffisait de franchir le fleuve Chari, passer une douane peu regardante, et les armes venues de Libye filaient au Nigéria.

La région est peuplée, pauvre, composée d’une population issue de nombreuses ethnies. L’une d’elles, les Kanuri, est la composante essentielle des rebelles de Boko Haram.
Longtemps, le président du Cameroun, Paul Biya, a sous-estimé la menace. Puis Boko Haram est passé à une présence «active».

Le réveil tardif de Yaoundé
Il faudra des enlèvements à répétition, notamment celui de la famille française Moulin-Fournier en 2013, puis du père Vandenbeush, et enfin en juillet 2014, de l’épouse du vice-Premier ministre camerounais Amadou Ali, pour que Yaoundé se décide à réagir. Il faut dire que dans le pays, cette inaction commençait à faire désordre. Des élus ne cachaient plus leurs soupçons de collusion de certains notables du Nord avec la secte. Clairement, la cohésion du pays commençait à se fissurer.
 
Depuis, les affrontements sont incessants entre les forces camerounaises et Boko Haram. Et malgré ses bulletins de victoire, l’armée camerounaise a bien du mal à prendre le dessus. En 6 mois, elle a perdu 33 hommes lors d’attaques surprises contre ses positions, à l'aide de voitures kamikaze ou autres. Selon Jeune Afrique, l’état-major reconnait avoir affaire à des hommes possédant un arsenal «digne d’une armée régulière».
 
Ces derniers jours, les attaques se sont multipliées. Et le 5 janvier, Boko Haram s’en prenait directement au président Biya. «Paul Biya, si tu ne mets pas fin à ton plan maléfique, tu vas avoir droit au même sort que le Nigeria. Tes soldats ne peuvent rien contre nous », a indiqué Abubakar Shekau, son chef, dans une vidéo de 17 minutes.

Trop c’est trop, a dû penser Idriss Deby, le président tchadien, qui a finalement accepté de venir en aide au Cameroun. Un geste chaleureusement commenté par son homologue camerounais.
 
Depuis, les troupes tchadiennes campent en territoire camerounais, prêtes à en découdre. Si elles viennent à bout de Boko Haram, le prestige du Tchad en sortira renforcé.