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Le Togo tient à «son» sommet Israël-Afrique à Lomé, en octobre 2017

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisAfrique | Publié le 24/08/2017 à 13H20

Le président togolais Gnassingbé Premier ministre israélien Netanyahu
Le président togolais Gnassingbé et le Premier ministre israélien Netanyahu à Jérusalem, le 10 août 2017. © AFP - Pool - RONEN ZVULUN

Le Togo prépare activement un sommet Israël-Afrique, prévu du 24 au 26 octobre 2017 à Lomé, sa capitale. Mais en coulisse, plusieurs Etats africains ont appelé à un boycott de cette conférence, au premier rang desquels l’Afrique du Sud, et font apparemment pression sur le Togo. Une vingtaine de pays (sur les 54 que compte le continent) auraient cependant annoncé leur venue à Lomé.

«Tapis rouge pour (le président togolais) Faure Gnassingbé, lors de sa visite privée à Jérusalem» le 7 août 2017, croit savoir Jeune Afrique. Oubliée la bagarre entre les gardes du corps de Gnassingbé et ceux du Premier ministre de l’Etat hébreu, Benyamin «Bibi» Netanyahu, début juin, à Monrovia (Libéria) lors du sommet de la Cedeao (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest)…

Au menu, notamment : la préparation du sommet prévu en octobre.

Le Togo est sans doute sensible au volet économique de la rencontre. «Le continent africain est en plein développement et Israël a les solutions pour l’accompagner dans le secteur des nouvelles technologies, de l’éducation, de la santé, de l’agriculture, pour ne citer que ces domaines», a expliqué le chef de la diplomatie togolaise, Robert Dussey, cité par le site lavoixdelanation.com. De fait, Bibi sera accompagné d’une délégation de représentants d’une centaine d’entreprises travaillant dans ces différents domaines.

Il faut dire que les relations économiques entre les deux parties sont anciennes et remontent à Eyadéma Gnassingbé, prédécesseur (et accessoirement père) de Faure Gnassingbé. «Avec de gros achats portant sur du matériel de sécurité à hauteur de 191 millions de dollars, le Togo est le second partenaire commercial de l’Etat hébreu sur le continent, après l’Afrique du Sud», rapporte La Tribune.

Mais tous les pays africains ne sont pas sur la même longueur d'onde. Loin s’en faut. Principale puissance du continent, l’Afrique du Sud a déjà fait savoir qu’elle ne participerait pas au sommet, si l’on en croit l’ambassadeur de Pretoria au Liban et en Syrie, Sean Benfeldt, cité par le journal sud-africain The Citizen. Selon lui, le sommet prévu est destiné à normaliser les relations entre l’Afrique et Israël, qu’il a qualifié de «puissance occupante» («occupation state»). Et ce en raison de la politique israélienne vis-à-vis des Palestiniens.

Le logo Sommet Afrique-Israël au Togo en octobre 2017

Le logo du Sommet Afrique-Israël au Togo en octobre 2017 (tiré de Twitter) © DR (tiré de Twitter)


Le Maroc aurait peur pour ses marchés en Afrique
Selon le journal israélien Jerusalem Post, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a rencontré Faure Gnassingbé début juillet à Addis Abeba (Ethiopie) au sommet de l’Union Africaine. Il «lui a demandé instamment de reconsidérer le sommet». «Un officiel africain a expliqué que c’était la première fois qu’Abbas demandait à rencontrer le dirigeant togolais, au pouvoir depuis 2005», ajoute le journal. Gnassingbé aurait expliqué à Abbas qu’il «dirige son pays de la manière qu’il juge utile». En clair : «Laissez-moi tranquille !»

Autre pays apparemment vent debout contre l’organisation de la rencontre d’octobre : le Maroc. Le royaume chérifien n’apprécierait pas de voir surgir un concurrent sur ses marchés. Il «veut redevenir une superpuissance et il comprend que l’Afrique est un enjeu majeur», souligne le site en français timesofisrael.com.

En première ligne, également, pour le boycott, on trouverait plusieurs pays comme le Gabon, le Mali, la Mauritanie et le Niger. A Ryad, allié de poids de plusieurs de ces Etats, «l’affaire prend également de l’ampleur», constate le site africanews.com. Ryad aurait effectué une «demande d’explications» auprès du pouvoir togolais. L’Algérie et la Tunisie ont décidé, elles aussi, de ne pas faire le voyage de Lomé, selon le Jerusalem Post.

Pour l’instant, la présidence togolaise entend ne pas céder aux pressions et poursuivre l’organisation du sommet «qui ne manquera pas d’ajouter au prestige de son pays», commente le site togosite.com. A en croire certains médias israéliens, Lomé serait notamment très attentif à l’impact médiatique d’un tel évènement international.

Un «contexte ouest-africain très sensible»
De son côté, Israël dit ne pas s’inquiéter. Les efforts de ceux «qui veulent saboter le sommet prévu au Togo sont condamnés à échouer», affirme «un haut responsable diplomatique à Jérusalem» cité par Times of Israel. «Nous nous attendons à ce que le Premier ministre rencontre un grand nombre de chefs africains là-bas et qu’il fasse avancer de manière significative son objectif de renforcer l’alliance entre l’Afrique et Israël».

Pour autant, au Togo, certaines voix s’inquiètent de l’attitude de leur pays. Et ce «dans un contexte ouest-africain très sensible, où les pays du Golfe de Guinée sont encore relativement épargnés – en-dehors de la Côte d’Ivoire – par le terrorisme qui frappe toute la bande sahélienne», rapporte RFI. «C’est imprudent car on se positionne dans un conflit qui n’est pas le nôtre, sans intérêt stratégique plus profond qu’une simple question de visibilté. Le Togo risque de devenir une cible», estime de son côté un ancien ministre togolais.