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Le voile à l'université pose question en France mais pas en Europe

Par Marie Pujolas@GeopolisAfrique | Publié le 06/03/2015 à 16H35, mis à jour le 06/03/2015 à 16H35

Wissen Halal Sirine Omri étudiantes à Aix-en Provence
Wissen Halal et Sirine Omri, étudiantes à Aix-en Provence. © France 3/Geopolis

Une déclaration de la secrétaire d'Etat au Droit des femmes, Pascale Boistard, dans l'émission «Talk» du «Figaro» a suffit pour relancer le débat : faut-il ou non interdire le voile à l'université? Pour l'heure, aucune loi n'empêche les étudiantes d'assister à des cours voilées. Un sujet qui ne semble pas avoir créé la polémique chez nos voisins européens, où le voile n'est pas interdit.

Petit retour sur l'actualité. Le lundi 2 mars 2015, la secrétaire d'Etat au Droits des femmes, Pascale Boistard, est l'invitée du «Talk» du Figaro. «Pour ou contre le voile à l'université?», lui demande le journaliste Yves Thréard. «Moi je n'y suis pas favorable (...). Je pense que ça peut faire partie de ces espaces publics où le port du voile...», répond-elle, avant de s'arrêter puis de reprendre: «Je pense que c'est aussi aux présidents d'universités de dialoguer avec les étudiantes.» «Il ne faut pas légiférer?», lui demande-t-il ensuite. Réponse: «Il faut pouvoir en discuter, moi je pense que l'université, c'est un lieu où l'on doit pouvoir parler de tout, et je ne suis pas sûre que le voile fasse partie même de l'enseignement supérieur.»

A droite comme à gauche, les avis sont partagés 
Quelques phrases qui ont donc relancé le débat et qui ont mis le gouvernement dans l'embarras. Pour connaître sa position, il faut se référer au ministère de l'Enseignement supérieur : pas question d'interdire le port du voile. D'abord, parce que les étudiants sont considérés comme étant adultes, mais aussi parce que les universités sont des lieux d'accueil internationaux, où travaillent des élèves venus du monde entier, y compris des musulmans. 

En France, tout ce qui touche aux questions de remise en cause du principe de laïcité du pays provoque toujours de vives polémiques et crée des tensions au sein même des partis. Comme à l'UMP, où les avis divergent. Si Nathalie Kosciusko-Morizet et le député des Alpes-Martimes Eric Ciotti se sont dit pour l'interdiction, Alain Juppé estime lui qu'il n'est pas nécessaire de légiférer. Quant à Francçois Fillon, il a appelé à la prudence: «Il faut étudier sérieusement les choses avant de s'emballer dans un nouveau combat», a-t-il déclaré. 

La question du voile islamique en Europe 
Ce débat ne semble pas agiter les autres pays européens. Pour une raison simple, aucun pays n'interdit le voile à l'université, et plus largement aucun pays, à part la France, ne l'interdit dans les établissements scolaires. Il n'y a qu'en France qu'une loi, votée en 2004, interdti le port du foulard et d'autres symboles religieux dans les écoles publiques.

Il n'y a même qu'en France et en Belgique qu'une loi existe pour interdire le port du voile intégral dans l'espace public. La loi date de 2010 en France et de 2011 en Belgique. 

Dans le reste de l'Union Européenne, c'est le plus souvent le principe général d'interdiction de toute discrimination religieuse, raciale ou ethnique qui s'applique. C'est notamment le cas dans les pays scandinaves ou au Royaume-Uni. Quand il y a des litiges, ils sont réglés au cas par cas. Et en ce qui concerne les établissements scolaires, si aucune loi n'interdit le port de signes religieux, il arrive que les chefs d'établissements aient le droit de faire respecter certaines règles grâce au règlement intérieur.

Professeur qui refuse de faire cours devant des étudiantes qui portent un foulard, mères voilées qui accompagnent une sortie scolaire ou qui s'occupe d'enfants dans une crèche : Il n'y a qu'en France que ces questions ont donné lieu à des polémiques nationales.