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Syrie,  Irak,  Moyen-Orient,  COP21 : agissons pour le climat

L’eau, l’autre facteur du conflit syrien

Par Michel Lachkar@GeopolisFTV | Publié le 12/03/2015 à 15H14, mis à jour le 12/03/2015 à 15H21

Canal qui relie l'Euphrate à l'est Syrie
Canal qui relie l'Euphrate à l'est de la Syrie. © Reuters/khaled al-Hariri

La sécheresse qui a touché le nord de la Syrie n'est pas étrangère au déclenchement de la révolte syrienne de 2011, affirment des chercheurs américains. La Syrie et l’Irak souffrent d’une mauvaise pluviométrie et de la baisse du débit de l’Euphrate due aux grands barrages turcs. L'eau est l'un des principaux facteurs du conflit au Proche-Orient, exacerbé par les changements climatiques en cours.

En quatre ans de conflit 4 millions de syriens ont quitté leurs pays en raison de la guerre mais aussi de la sécheresse pour se réfugier principalement en Turquie, en Jordanie et au Liban. 7 millions de pesonnes ont été déplacés : les champs ne sont plus cultivés, les canaux d'irrigations ne sont plus entretenus. Le programme alimentaire mondial mettait en garde en avril 2014 contre le «spectre de la sécheresse en Syrie». Une baisse du régime des pluies a affecté le nord de la Syrie de 2007 à 2010, principale région agricole du pays, forçant les agriculteurs et éleveurs ruinés à quitter leurs terres. Les prix des céréales ont doublé, les troupeaux ont été abattus, forçant un million et demi de personnes à rejoindre les banlieues des villes.

Les pompages intensifs des nappes, pour la culture du coton et du maïs, ont également fortement réduit les réserves d’eau souterraines dans la région d'Alep.  Les réserves d’eau douce de la région sont en diminution en raison d’une baisse des précipitations de l’ordre de 10% depuis 1900, affirme cette étude publiée par l’Académie américaine des Sciences (PNAS). La capitale Damas ne reçoit que 200 mm de pluies par an, il faut aller chercher l'eau dans la montagne qui court le long de la frontière avec le Liban, pour alimenter une ville dont la population à doublé en vingt ans.

Le Tigre L'Euphrate traversent Turquie Syrie l'Irak
le Tigre et L'Euphrate prennent leurs sources en Turquie avant de traverser  la Syrie et l'Irak © Creative Commons Attribution-Share Alike 2.5 Generic license.

Le Tigre et l’Euphrate, qui traversent la Syrie et l’Irak dans une vallée fertile qui à vu naître les premires grandes civilisations, prennent leurs sources sur les hauts plateaux du nord-est de la Turquie. Château d’eau de la région, la Turquie entame en 1989 la construction de 21 barrages sur les deux fleuves qui ont déjà  réduit de 40% le débit naturel de l’Euphrate.

Le barrage Atatürk achevé en 1990 a permis d’irriguer un million et demi d’hectares de terres agricoles dans la région anatolienne dans l'est de la Turquie. Il a également réduit l’apport en Limon en aval, appauvrissant les sols en Syrie, la Turquie évacue en revanche sa pollution aux nitrates et aux phosphates chez ses voisins. L'extension des surfaces irrigués est limitée par le débit de l'Euphrate limité par les turcs à 500M3/ s à son entrée en Syrie. A cela s'ajoute la baisse de la production hydro-électrique en Syrie liée à la baisse du débit du fleuve. 
Une partie Barrage Atatürk long 1800 mètres

Barrage Atatürk achevé en 1992, pièce maîtresse du projet turc de construction de  21 barrages et de 16 centrales hydrauliques. © AFP/Albert Arnaud /biosphoto

L'eau fait partie de la difficile équation de la région
De même, le Barrage d’Ilisu commencé en 2010 dans l’est de la Turquie risque d’amputer le Tigre du quart de son débit à son entrée en Irak. La Syrie est également en conflit avec Israël pour le plateau du Golan, d’où partent les deux affluents du Jourdain. Si la question de l’eau n’apparaît pas aujourd’hui centrale dans le conflit en syrie, elle n’est jamais très loin au Proche-Orient. Rappelons que la guerre des Six-Jours en juin 1967 a donné à Israël l’accès aux eaux du Jourdain et des cours d’eau du Golan qui se jettent dans le lac de Tibériade. L’occupation de la Cisjordanie permet également de contrôler les nappes phréatiques qui fournissent à Israël 40% de son eau potable. Un véritable partage de l’eau, reste la clé d’une paix durable au Proche Orient.