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Légalisation de la consommation du cannabis: le Canada tout près du but

Par Catherine Le Brech@GeopolisFTV | Publié le 17/01/2016 à 10H38, mis à jour le 17/01/2016 à 10H38

Montréal peu avant élections fédérales canadiennes 2 octobre 2015
Rassemblement devant des studios de TVA à Montréal, juste avant les élections fédérales canadiennes, le 2 octobre 2015. © CITIZENSIDE / TOMA ICZKOVITS

C’était une promesse de campagne de Justin Trudeau, le nouveau Premier ministre canadien : légaliser et réglementer la consommation récréative de cannabis. Petit point sur ce qui pourrait n'être qu'une formalité avant les débats prévus au Parlement en 2016.


Le 4 décembre 2015, le Canada annonçait qu’il comptait adopter des lois pour légaliser et réglementer la consommation de marijuana, comme s’y était engagé lors de sa campagne, son nouveau Premier ministre Justin Trudeau.
 
Un mois plus tard, Justin Trudeau, qui avait reconnu en 2013 avoir fumé du cannabis (comme 44% des Canadiens, selon le ministère de la Santé), confiait à l'ancien chef de la police de Toronto, Bill Blair, bras droit de la ministre de la Justice au Parlement, une mission sur la légalisation du stupéfiant (selon la chaîne publique CBC le 8 janvier 2016). Cet ancien policier est connu pour son bras de fer en 2013 avec l'ancien maire de Toronto, Rob Ford, à propos des frasques de ce dernier, sa consommation excessive d’alcool et de drogue.
 
Le Canada pourrait bien devenir le premier pays du G7 (grandes puissances économiques : Etats-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume-Unis, Italie, Canada) à légaliser l’usage du cannabis à des fins récréatives, alors même que l'usage à des fins médicales y est déjà légal et encadré depuis 1999.
 
Depuis 1997, le cannabis est régi par la loi réglementant certaines drogues et autres substances. Ont ainsi été déclarés illégaux le fait d’en détenir, le trafic, la possession en vue d’en faire le trafic, la production, l’importation et l’exportation.

Vidéo mise en ligne le 3 juin 2015 par «L'actualité».
 
Retour d’expériences des Etats américains
«Un autre gouvernement libéral, en 2004, avait cherché à dépénaliser la consommation de cette substance, avant de jeter l'éponge, face notamment aux pressions des Etats-Unis voisins, fermement opposés. Onze ans plus tard toutefois, quatre Etats américains ont légalisé le cannabis, et les défenseurs canadiens d'une telle mesure pointent les importants revenus générés», précisait Le Figaro en décembre 2015.
 
Pour l’heure, si Montréal est en «ébullition» après cette annonce (comme le montre CBC News), plusieurs questions demeurent en suspens concernant la mise en application de la mesure : où sera vendu le cannabis («le syndicat des employés de la Société des alcools du Québec voit d'un bon œil la possibilité que le cannabis récréatif, une fois légalisé, soit vendu dans les succursales de la société d'Etat», annonce le site de La Presse), quel sera son taux de taxation, et aussi quoi faire des bénéfices de la vente?
 
La légalisation de l'usage de la marijuana est dénoncée par les conservateurs, mais largement soutenue par les Canadiens (deux sur trois sont pour la dépénalisation, selon un sondage Ipsos  publié à l’été 2015) et la police (qui demande un strict encadrement). Elle devrait venir devant le Parlement dans les prochains mois pour déterminer un cadre légal.
 
L’argent du cannabis
Le projet de loi pourrait s’inspirer du retour d’expériences des Etats américains du Colorado, de Washington (ces deux Etats ont légalisé la vente aux plus de 21 ans en 2014), de l’Alaska ou de l’Oregon. Notamment au plan économique : dans le Colorado, les ventes de cannabis génèrent 100,6 millions de dollars de recettes par mois (59,2 millions pour le récréatif et 41,4 millions pour le médical), selon le Denver Post et 177 millions dans l’Etat de Washington, où elles ont rapporté 622 millions de dollars depuis juin 2014.

Vidéo mise en ligne par «80Twelve», le 16 septembre 2015.

 
Un «rapport du Sénat (canadien, NDLR) a estimé le coût annuel de la prohibition de la marijuana, pour ce qui est de l’application de la loi et du système judiciaire, entre 300 et 500 millions de dollars» par an, indique le site Contrepoints.
 
Si le marché du cannabis médical est évalué à 1,3 milliard de dollars, celui du cannabis récréatif est estimé à quelque 8 milliards, selon le site de La Presse.
 
Légalisation pour contrer la criminalité
De plus, cette mesure, selon ses partisans, désengorgera les tribunaux et allégera les tâches de la police. En 2014, deux tiers des quelque 100.000 dossiers d'infractions aux stupéfiants ouverts dans le pays portaient sur la simple possession par la personne interpellée, selon l'institut canadien de la statistique.
 
Par ailleurs, selon le criminologue de l’université d’Ottawa, Eugene Oscapella, repris par l’AFP, la légalisation de l’usage récréatif du cannabis va «supprimer le marché illégal» et mettre un terme à «un modèle d'interdiction» et de répression qui a conduit à une criminalité galopante dans certains pays, comme le Mexique.
 
Si les débats au Parlement en 2016 aborderont aussi les conséquences d'une légalisation pour les jeunes et sur la santé des fumeurs, sachant que l'âge moyen de la première consommation se situe entre 15 et 16 ans, le processus d’une légalisation semble bien avancé. A tel point que, comme l’indique Radio Canada, «toute une industrie est déjà prête pour la ruée vers l'or vert».

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