Eclairage

Erythrée,  Afrique

L'Erythrée, ce pays qu'ont déjà fui 20 % de ses habitants

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisAfrique | Publié le 13/08/2014 à 08H08, mis à jour le 13/08/2014 à 08H08

Immigrants érythréens à frontière entre Israël l'Egypte
Des immigrants clandestins africains, présentés comme érythréens par les médias israéliens, sont assis près d'une clôture à la frontière entre l'Etat hébreu et l'Egypte, près du village israélien de Be'er Milcha le 6 setpembre 2012. © Reuters - Nir Elias

La majorité des immigrés clandestins qui arrivent en août 2014 dans l’Hexagone via l’Italie sont Erythréens, constatent les autorités françaises. Retour sur un petit pays très fermé de la Corne de l’Afrique, considéré comme une «Corée du Nord des sables». Un pays régulièrement condamné par l’ONU pour ses atteintes aux droits de l’Homme.

Le phénomène de migration au départ de l'Erythrée existe «depuis longtemps», souligne Geneviève Jacques, présidente de la Cimade, service œcuménique d'entraide spécialisé dans l'accompagnement des étrangers en difficulté. La différence, c'est que «les gens qui fuyaient avaient auparavant la possibilité d'aller en Libye ou en Egypte. Maintenant, les portes sont fermées. Donc la seule possibilité, c'est de monter dans un bateau pour l'Europe», juge-t-elle. Selon l’ONU, près de 4000 Erythréens (sur 5-6 millions d’habitants) quittent chaque mois leur pays pour échapper à la répression brutale du pouvoir. Ainsi qu’au travail forcé imposé par le pouvoir, non rémunéré et à durée illimitée.
 
«L’Erythrée est l’un des Etats les plus fermés au monde. Son président, Issaias Afewerki, héros de l’indépendance acquise en 1993 face à l’Ethiopie, a réduit ses concitoyens à l’état de quasi-esclaves. Conséquence : 20 % de la population a fui», écrivait déjà Géopolis en 2012. Issaias Afeworki, au pouvoir depuis l’indépendance en 1993, est «un mélange d’Ubu et de Kafka», selon un autre article du site. Un cabinet d’avocat suédois a indiqué le 1er juillet 2014 avoir déposé une plainte pour crime contre l’humanité contre les dirigeants erythréens.
 
Le dictateur se maintient au pouvoir contre vents et marées. Et son pays est régulièrement pointé du doigt par les organismes de défense des droits de l’Homme comme Amnesty International ou Human Rights Watch. De ce point de vue, la page d’accueil du site d’Amnesty est éloquente par le nombre important de communiqués publiés ces dernières années… Les Nations unies, le Haut commissariat aux réfugiés (HCR), agence de l’ONU, et son Conseil des droits de l’Homme de la même ONU, ne sont pas en reste.

Condamnations internationales
Le 27 juin 2014, le Conseil a ainsi lancé une enquête sur les violations massives des droits de l’Homme en Erythrée, à l’initiative notamment de la France. Les enquêteurs devront publier leurs premières conclusions et recommandations en février-mars 2015.

Le président érythréen Issaias Afewerki
Affiche représentant le président Issaias Afewerki accrochée sur la vitrine d'un magasin à Asmara, capitale de l'Eryhtrée (20-7-2013). © AFP - Jenny Vaughan

La résolution «condamne fermement la poursuite des violations généralisées et systématiques des droits de l'Homme et des libertés fondamentales commises par les autorités érythréennes, notamment les cas d'exécutions arbitraires et extrajudiciaires, les disparitions forcées, l'utilisation de la torture, la détention arbitraire et au secret sans recours à la justice et la détention dans des conditions inhumaines et dégradantes». Elle condamne aussi les «graves restrictions à la liberté d'opinion et d'expression», comme la détention de journalistes, de défenseurs des droits humains, de personnalités politiques et de chefs religieux. Tout en demandant la libération de tous les prisonniers politiques.

Le texte demande également la fin du régime du service militaire à durée indéterminée. Il exhorte les autorités à cesser d'imposer à tous les enfants l'obligation d'effectuer la dernière année de leur scolarité dans un camp d'entraînement militaire. Le Conseil dénonce enfin «la pratique consistant à ‘tirer pour tuer’ en usage aux frontières de l'Erythrée pour empêcher des Erythréens de fuir leur pays».

En février 2014, l’ONU avait déjà publié à Genève un autre rapport sur les violations des droits humains. L’ambassadeur de l'Erythrée en Grande-Bretagne, Tesfamichael Gerahtu, avait alors rejeté ces accusations. S’il y a quelque chose qui menaçait les droits de l'homme dans son pays, estimait-il alors, ce sont «les sanctions injustifiées», selon lui, imposées à l'Erythrée par la communauté internationale.
 
Il a appelé les diplomates de l'ONU à concentrer leur attention sur les progrès réalisés par l'Erythrée dans des domaines comme la réduction de la mortalité maternelle et infantile, la lutte contre le SIDA et une loi de 2007 interdisant la mutilation sexuelle des femmes. Il a affirmé que l'Erythrée organiserait ses premières élections démocratiques depuis son indépendance de l'Ethiopie en 1993 et appliquerait la Constitution de 1997, une fois que les menaces contre sa «sécurité nationale» seraient dissipées. Un propos qui reflète le comportement du dictateur érythréen, jugé «très paranoïaque» par ceux qui l’ont approché. C’est sans doute un euphémisme…