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Les armes chinoises en Afrique: du matériel haut de gamme en nette progression

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 28/02/2018 à 17H05, mis à jour le 01/03/2018 à 19H37

Une frégate chinoise en tournée en Afrique
 Une frégate de la marine chinoise dans le port de Dar Es Salaam en Tanzanie, le 26 mars 2011.
© Photo Reuters/Emmanual Kwitema

C’est en Afrique que les ventes d’armes chinoises à l’étranger ont nettement progressé ces dernières années. Plus de 120% sur la période 2012-2016, selon le dernier rapport de l’Institut de recherche international sur la paix de Stockholm. La Chine serait-elle devenue le bras armé de l’Afrique? Géopolis fait le point avec Raphaël Rossignol, spécialiste de la relation sino-africaine.


Raphaël Rossignol explique d’abord à Géopolis que les armes chinoises destinées à l’Afrique sont transférées de façon tout à fait officielle, dans le cadre d’un commerce légal. Et que la Chine reste souveraine dans le choix de ses partenaires africains. Mais, plus que la progression spectaculaire des ventes enregistrées ces dernières années, il a été frappé par les nouveaux types de matériels proposés par Pékin.

«La Chine est montée en gamme dans le matériel militaire vendu à l’Afrique. Il ne s’agit plus de matériels de petit calibre, mais de tanks, d'avions de chasse et de frégates de reconnaissance pour sécuriser des zones soumises à des groupes rebelles dans le cadre d’une coopération avec les armées nationales. C’est le cas avec le Nigeria, le Kenya, la Tanzanie, le Zimbabwe, le Soudan et d’autres.»

Un puissant complexe militaro-industriel
C’est dans la deuxième partie des années 2000 que la Chine commence à investir massivement en Afrique par l’intermédiaire d’un puissant complexe militaro-industriel. Des entreprises d’Etat d’un genre particulier, explique Raphaël Rossignol. Elles font à la fois des routes, des infrastructures, mais elles fabriquent aussi des armes.

«C’est-à-dire que la Chine, en tant qu’Etat peut décider d’assurer son allié africain contre les aléas géopolitiques, en l’aidant à renforcer son armée, en échange de quoi, les deux partenaires bâtissent des relations plus solides basées sur des termes commerciaux et financiers qui vont se traduire soit par un accès aux ressources naturelles, soit par la construction d’une route. Et parfois tout cela est ficelé dans un même package. Sachant qu’en Chine, l’aide militaire est comptée dans l’assistance extérieure».

Raphaël Rossignol spécialiste relation sino-africaine

Raphaël Rossignol est Docteur en sciences écomiques et politiques. Il est spécialiste de la relation sino-africaine. © Photo/Alexandra Lebon


Raphaël Rossignol note que depuis 2011, la Chine a réalisé que ses intérêts étaient fortement liés aux politiques d’autres puissances. C’est le conflit en Libye qui a été le déclic lorsque 30.000 travailleurs chinois ont été piégés dans ce pays livré au chaos après la mort du Colonel Kadhafi. La Chine s’est retrouvée incapable de protéger ses propres ressortissants et a dû confier ce travail aux Occidentaux.

«La progression des ventes d’armes chinoises en Afrique est un témoignage comme d’autres d’une volonté de monter en puissance de l’armée chinoise. Ça a commencé au large de la Somalie, dans les opérations anti-piraterie où la Chine a montré qu’elle avait une marine qui est un élément de puissance très important. Depuis 2011, elle a montré qu’elle peut intervenir. Elle a envoyé ses soldats au Mali et au Soudan du Sud dans le cadre des opérations de maintien de la paix de l’ONU. Et tout ça, c’est un terrain d’entraînement pour la Chine.»
 

Une puissance avec laquelle il faut compter
Le rôle grandissant de la Chine en Afrique, explique-t-il, fait partie d’une vaste stratégie visant à donner au pays un rôle majeur et incontestable dans la conduite des affaires du monde. Pékin veut s’assurer les moyens de protéger ses intérêts économiques, ses approvisionnements et ses exportations.

«Ce que j’observe, c’est que la Chine a une stratégie qui consiste à tracer les nouvelles routes de la soie, maritimes et terrestres. Ces routes de la soie consistent à mettre sur pied un réseau d’infrastructures dédiées au transport de marchandises entre l’Asie et l’Europe et entre l’Asie et l’Afrique», explique Raphaël Rossignol.

L’objectif, précise-il, est d’assurer la sécurité du transit maritime au moins chinois ou asiatique le long de l’océan Indien ou le long de l’Asie centrale.

«C’est la raison d’être qu’on peut déduire de la nouvelle base militaire chinoise installée à Djibouti. C’est un symbole qui montre que la Chine est maintenant reconnue de manière indéniable comme une puissance avec laquelle on doit désormais compter.»

La Chine serait-elle devenue le nouveau bras armé de l’Afrique?
Raphaël Rossignol note qu’en 2016, la grande partie des exportations chinoises d’armes ont été acheminées plutôt vers le Bangladesh et le Pakistan plutôt qu’en Afrique. Et que les armées africaines dépendent essentiellement des financements qui viennent d’un peu partout, notamment de l’Union européenne.

Je ne dirais donc pas que la Chine est devenue le bras armé de l’Afrique, mais qu’il s’agit plutôt d’un «partenaire nouveau par la qualité de ses armes», conclut Raphaël Rossignol.