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Les Centrafricains attendent de voter, y compris dans le Nord-Est

Par Falila Gbadamassi avec AFP@GeopolisAfrique | Publié le 25/12/2015 à 18H35, mis à jour le 25/12/2015 à 18H35

Statue hébergeant affiches campagne en RCA
23 décembre 2015. Affiches de campagne sur la sculpture du sous-lieutenant Albert Georges Koudoukou dans le quartier musulman du PK5, à Bangui (Centrafrique).  

Les Centrafricains appelés aux urnes en décembre 2015 devront prendre leur mal en patience quelques jours encore. Les élections générales ont été reportées une nouvelle fois. Mais le scrutin devrait avoir lieu, notamment parce que les principales questions sécuritaires semblent avoir été réglées.


Les élections générales en Centrafrique ont été repoussées pour la quatrième fois. Elles devaient initialement se tenir en février 2015, puis elles ont été reportées en juin, en octobre ensuite, puis au dimanche 27 décembre. Les opérations de vote seront de nouveau retardées de trois jours pour des raisons techniques et logistiques. Ces dernières sont liées, entre autres, à la formation des agents électoraux dont certains avaient fait des erreurs lors du référendum constitutionnel du 13 décembre et aux difficultés d'acheminement des bulletins de vote à l'intérieur du pays.

Dérogation constitutionnelle
Mais la validation de cette nouvelle date reste suspendue à une dérogation de la Cour constitutionnelle. Le code électoral prévoit en effet que tout scrutin doit se dérouler un dimanche. Une source proche de la Cour a indiqué à l'AFP que l'institution se réunirait «au plus tôt» vendredi 25 décembre 2015.

«Il est indiqué que les électeurs votent le dimanche. Or, là, on doit faire les élections un mercredi », soulignait Constant Gouyomgbia Kongba Zézé, l’un des 30 candidats à la presidentielle, dans les colonnes de RFI. «Il faut prendre des mesures d’accompagnement pour que, de manière exceptionnelle, on puisse voter en semaine. Les autorités nous ont dit qu’elles vont réunir des juristes pour travailler dessus.»

En dehors du règlement de cette question pratique, tous les signaux sont au vert quant à la tenue, impérative pour la communauté internationale en décembre 2015, d'un scrutin crucial pour la Centrafrique. Le pays est en proie à une crise politique sans précédent depuis que le président François Bozizé (chrétien) a été renversé par la Séléka (ex-rébellion musulmane). L'ONU, présente avec une mission forte de 10.000 Casques bleus (Minusca), a estimé que ce nouveau report ne constituait pas un revers pour la transition politique. «Etant donné la situation de sécurité très délicate dans le pays, il est important que ces élections se tiennent dans les meilleures conditions possibles», a indiqué le porte-parole de l'ONU Stéphane Dujarric.

Avec la «bénédiction» du général Nourredine Adam
Ce sont les questions sécuritaires qui avaient jusqu'ici compromis le processus électoral. «Il y a des rebelles qui ne veulent tout simplement pas que la Centrafrique organise des élections car ils ne veulent pas d’un gouvernement qui collabore avec la Minusca et Sangaris [force militaire française dans le pays, NDLR] ou qui mette en place une cour pénale pour juger les exactions commises. C’est le cas de Nourredine Adam, chef rebelle ex-numéro deux de la Séléka, qui a prévenu qu’il s’opposerait à la tenue des élections dans sa région du Nord», confiait Lewis Mudge, chercheur à Human Rights Watch,  à France 24 le 15 décembre 2015. 

Le ton du chef rebelle s'est fait plus conciliant depuis. Jusqu’ici farouchement opposé au processus électoral, celui qui dirige aujourd'hui le Front populaire pour la Renaissance de la Centrafrique (FPRC), le soutient désormais. «Notre mouvement s'engage à apporter sa contribution positive et sincère à la tenue des prochaines élections générales dans toutes les préfectures du pays dans le calme, la sérénité, sans violence et avec une forte participation citoyenne », a fait savoir Nourredine Adam dans un communiqué publié mardi 22 décembre 2015. Le document a été rendu public après une rencontre à N'djamena avec un émissaire de l'Organisation de la coopération Islamique (OCI), selon un source officielle tchadienne.

«Nous exprimons aussi nos regrets pour les récents affrontements et les actes de frustration qui nous ont fait prêcher la partition pure et simple. Au contraire nous nous sommes battus toute notre vie pour une République centrafricaine unie, indivisible mais réellement inclusive et qui accepte et protège tous ses enfants. Qu'ils soient chrétiens, musulmans, animistes, ou adeptes de toutes formes de croyance », peut-on également lire. 

Cependant, la «coordination politique du FPRC-Coalition-Séléka» a dénié à Nourredine Adam tout droit de parler en son nom, dans un communiqué transmis à l'AFP. «Nul n'ignore que le général Nourredine Adam vit dans la forêt, d'où il n'a même pas accès à internet et que les communiqués de notre mouvement ne portent que la main du bureau politique», affirme le document, qui réitère par ailleurs son hostilité à toute forme de partition et appelle les candidats aux élections au «sens de la responsabilité», mais sans appeler ouvertement à voter pour autant.

«Nous irons voter »
«La pseudo république proclamée par le chef de guerre Nourredine Adam n'aura même pas eu le temps de voir le jour. Le drapeau sitôt hissé il y a quelques semaines a été descendu par l'ONU», constate RFI qui revient sur la dernière journée de campagne (jeudi 24 décembre 2015) du candidat  à la présidentielle, Abdoul Karim Meckassoua, dans le nord-est du pays. 

Selon le média français, «plusieurs partisans de Nourredine Adam minorent cette revendication de partition du pays». «On voulait réclamer simplement notre droit. Il y a des problèmes avec les routes, l'école, l'hôpital, l'eau... On voulait dire au gouvernement que nous sommes aussi Centrafricains, c'est pourquoi on a monté le drapeau », confie un «rebelle» à RFI. Même son de cloche à Birao, «une ville oubliée dans l'extrême nord-est de la Centrafrique». Le sultan aurait «reçu des consignes claires» de Nourredine Adam. «Nous irons voter», assure ce dernier. Et d’ajouter: « voter pour rappeller qu'ici aussi nous existons ». 

L'éventuel second tour de la présidentielle et celui des législatives - pour lesquelles quelque 1.800 candidats sont en lice - sont prévus le 16 janvier 2016.