Le point sur...

Politique,  Ethiopie,  Afrique

Les chefs d'Etat africains pressés de choisir entre Arabie Saoudite et Qatar

Par Alain Chemali@GeopolisAfrique | Publié le 05/07/2017 à 16H07

29e sommet l'Union Africaine à Addis-Abeba
Photo de famille des chefs d'Etats et représentants des pays africains lors de l'ouverture du sommet de l'Union Africaine, le 2 juillet 2017 à Addis-Abeba. © Minasse Wondimu Hailu/Anadolu Agency

Sur fond de bras de fer avec le Qatar, l’Arabie Saoudite s’est lancée dans une opération séduction du continent africain. En même temps que le chef de la diplomatie, Adel al-Jubeir, faisait une apparition surprise au sommet de l’Union Africaine d’Addis-Abeba, un tweet officiel de son ministère annonçait une invitation du Roi Salmane aux chefs d’Etats Africains à un sommet en Arabie Saoudite.


En pleine crise avec le Qatar, le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel al-Jubeir a fait une apparition surprise au 29e sommet de l’Union Africaine d’Addis Abeba.
 
Sur invitation d'Alpha Condé
Arrivé sans être annoncé, le 4 juillet 2017, dans la capitale éthiopienne, le jour de la clôture, il s’est aussitôt rendu sur les lieux du sommet pour «informer un certain nombre de dirigeants africains de la situation au Proche-Orient et dans le Golfe», selon la formule d’un diplomate arabe.
 
Indiquant être là à l’invitation du président encore en exercice de l’Union Africaine, Alpha Condé, il s’est aussitôt employé à rencontrer plusieurs dirigeants et responsables du continent.
 
Outre le président guinéen et le roi du Swaziland, il a eu des entretiens avec les représentants d’Ethiopie, du Soudan, de Somalie, du Bénin, de Sierra Leone, du Liberia et de Gambie. Son objectif, assurer la continuité des relations avec les Etats africains pour «consultation et coordination».
 
«Le continent africain est important pour le royaume saoudien. Il y a des liens historiques et commerciaux et il y a un grand nombre de pays islamiques. Le royaume souhaite construire les meilleures relations avec tous les pays du continent», a expliqué Adel al-Jubeir dans une vidéo diffusée sur le compte Twitter officiel de son ministère.

Les chefs d'Etats invités à un sommet saoudo-africain 
Dans ce même document, le ministre indique également qu’il a profité de ce moment pour transmettre aux chefs d’Etat africains une invitation du roi Salmane à un sommet saoudo-africain dans le royaume «dès la fin de l’année 2017 ou au début de l’année prochaine». «Une invitation accueillie très positivement», a-t-il précisé.

#صحيفة_الشرق |#الجبير من #إثيوبيا: #المملكة تسعى لبناء أفضل العلاقات مع جميع #الدول_الأفريقية #القمة_الأفريقية#وزارة_الخارجية#السعودية pic.twitter.com/9XJASm8hXT


Une manière de suggérer que la diplomatie africaine se rangeait aux côtés du camp saoudien dans la l’actuelle crise du Golfe.
 
Depuis la rupture entre l’Arabie Saoudite et le Qatar, survenue le 5 juin 2017, l’Arabie Saoudite a mobilisé ses ambassadeurs et quelques émissaires spéciaux auprès des capitales africaines pour s’assurer de leur soutien.
 
En jeu: les aides financières, les subventions d’associations caritatives pour la construction de mosquées et le prosélytisme ou les visas pour le pèlerinage à la Mecque des ressortissants africains musulmans.

Ryad a une longueur d'avance sur Doha en Afrique 
Six pays du continent (Niger, Mauritanie, Sénégal, Tchad, Egypte et les Comores) ont déjà rappelé leur ambassadeur en poste à Doha, la capitale qatarie. Les pays du Maghreb (Algérie, Maroc et Tunisie) ainsi que le Soudan et la Somalie ont prudemment appelé, eux, au dialogue. Djibouti a juste réduit le personnel de son ambassade, car l'émirat gazier joue le rôle de médiateur dans le différend frontalier qui l’oppose à l’Erythrée.
 
Autre attitude de franc-tireur, celle du Nigeria. Ce pays qui compte, avec l’Egypte, le plus grand nombre de citoyens musulmans, entretient de bonnes relations avec Ryad, mais également avec Doha où le président de l’époque, Goodluck Jonathan, a ouvert une représentation diplomatique dès 2013.
 
Même si le Qatar a fait des efforts ces dix dernières années (mise à disposition de locaux et de véhicules notamment), pour aider à l’ouverture d’ambassades à Doha, Ryad garde une bonne longueur d’avance sur son frère ennemi du moment auprès des capitales africaines.