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Des collections de l’ancien musée Dapper vont faire cap sur l’Afrique

Par Falila Gbadamassi avec AFP@GeopolisAfrique | Publié le 18/06/2017 à 16H50, mis à jour le 18/06/2017 à 22H01

Vue l'intérieur Musée Dapper
Vue de l'intérieur du musée Dapper © PHILIPPE DESMAZES/AFP

Les trésors du musée Dapper seront bientôt exposés à Dakar. L'établissement culturel ferme ses portes à Paris mais la fondation Dapper continuera d'être un ambassadeur très actif de la culture africaine. Notamment sur le continent.


Le musée Dapper, une des références de l'art africain à Paris, ferme définitivement ses portes le 18 juin 2017 après trente ans d'existence et plus de 40 expositions. Mais ses 2.000 œuvres seront conservées et montrées notamment aux Africains.

Christiane Falgayrettes-Leveau, qui préside la Fondation Dapper créée par son mari Michel Leveau, ingénieur passionné par l'Afrique décédé en 2012, veut désormais «monter à l'étranger, principalement en Afrique, des expositions avec une partie (des) collections» de l’ancien musée Dapper.

«En Afrique, il ne nous est pas permis découvrir notre art, nous ne pouvons le faire qu’en Europe au travers de musées comme celui-ci», soulignait un visiteur congolais dans les colonnes d’Afrik.com lors de la réouverture du musée en 2000 après son déménagement

La Fondation Dapper compte bien y remédier. L'argent issu de la vente du bâtiment qui abritait jusqu’ici le musée parisien «va servir à financer d'autres activités, faire des actions, des expositions, notamment en Afrique! », affirme Aurélie Leveau, administratrice générale du musée qui a repris le flambeau de ses parents.

Faire (re)découvrir aux Africains et aux afro-descendants les trésors de leur patrimoine
La Fondation Dapper rénove ainsi une place publique sur l'île sénégalaise de Gorée, mémorial de l'esclavage au large de Dakar, où elle participera au "Off" de la Biennale 2018 "Dak'Art", une des plus importantes manifestations d'arts visuels en Afrique.

Christiane Falgayrettes-Leveau, qui estime qu’« aujourd'hui toutes les choses doivent se faire avec l'Afrique » et les Africains, compte à sa manière démocratiser l’accès à l’art sur le continent. En Afrique, «il y a une timidité, une réticence, le public qui n'est pas familier de l'art contemporain ne rentre pas dans un musée. En revanche, sur une place publique, les gens s'arrêtent, se prennent en photo, regardent. Il n'y a pas la même distance, c'est aussi un choix de travailler de cette façon», explique-t-elle. 

Un nouveau défi pour celle qui confiait à Afrik.com en 2000 qu’elle voulait à travers le musée Dapper «faire connaître aux jeunes, du moins ceux issus des communautés africaines, l’histoire de leurs parents et de lutter ainsi contre le racisme». Mission en partie accomplie. «Ma plus grande fierté est d'avoir fait de ce lieu, grâce aux objets et aux ciné-rencontres, un lieu que beaucoup d'afro-descendants considèrent comme leur maison», se réjouit Christiane Falgayrettes-Leveau. 

D'autant que les précieuses collections devraient aller à la rencontre d'autres afro-descendants. Une exposition est aussi prévue aux Antilles françaises, en Martinique pour en 2018. De même l'année suivante, précise Christiane Falgayrettes-Leveau, «on a un projet pour les Etats-Unis : un grand musée américain qui a envie de faire découvrir aux afro-américains aussi (ces oeuvres)». 

Si elle regrette la perte des fidèles du musée avec sa fermeture, la Fondation est en passe de conquérir un nouveau public, de surcroît particulièrement bien disposé puisqu’il s’agit de son patrimoine. «Nous ne fermons pas, c'est un changement de cap», assure Aurélie Leveau. Direction: l'Afrique et sa diaspora.