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Les coupes sauvages menacent aussi la forêt tropicale africaine

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 08/11/2017 à 14H11

Stoc bois rose
Saisie de bois illégal à Antalaha, Madagascar © Wiki Commons

Les arbres d’Afrique équatoriale ne sont pas les seuls menacés par la surexploitation. L’Afrique tropicale est devenue une zone de bûcheronnage intense. Mais, de limitation en interdiction, le braconnage a jeté son dévolu sur le bois de rose, particulièrement prisé en Afrique de l’Ouest. Du bois qui part quasi exclusivement en Chine. Désormais le Nigeria est menacé.


En 2016, le bois de rose a rejoint l’ébène dans la liste des variétés d’arbres menacés de la Convention de Washington, désormais appelée CITES. Le Pterocarpus Erinaceus de son nom savant (palissandre du Sénégal) a rejoint l’appendice III de la Convention sur les espèces menacées.

Connu sous le nom de kosso en Chine, il est devenu en quelques années l’essence la plus exportée des régions tropicales d’Afrique, nourrissant la demande sans fin de mobilier de luxe du Sud-Est asiatique. Car le palissandre du Sénégal est un bois dur, parfait à travailler en ébénisterie, et résistant aux insectes. Sa belle couleur rouge-rosée a fait le reste quand l'enrichissement de la société chinoise a gonflé la demande en mobilier raffiné et cher.

La Chine seul client 
Mais la surexploitation n’est pas seulement dangereuse pour l’avenir de l’essence. Il y a une menace de désertification de la région tropicale. Pour la population également. Car c’est à la fois un bois de chauffage, de construction, un fourrage pour les animaux et un médicament.

La plupart des pays d’Afrique ont interdit l’abattage et l’exportation des grumes de bois de rose. Sauf que le principal importateur, la Chine, est incapable de faire sa part dans la lutte contre le trafic. Ainsi, depuis l’année 2000, les importations dans l’Empire du milieu ont augmenté de 1250%. Pour le seul dernier trimestre de 2015, les importations illégales ont progressé de 42% en valeur et de 65% en volume.

Buches palissandre
Bucheronnage de palissandre au Sénégal. © EIA

Pour un pays comme le Sénégal, le trafic représente aussi un manque à gagner conséquent en taxes. Depuis 1998, Dakar a totalement interdit l’exportation du Kosso. Mais en Casamance, les rebelles coupent les arbres pour financer leur guérilla. Ces arbres transitent par la Gambie où ils sont chargés sur des bateaux à destination de la Chine.

Au tour du Nigeria
Selon le journal Le Monde, le trafic a totalement ravagé l’Afrique de l’Ouest: Sénégal, Gambie, Togo, Bénin. On sait aussi combien ce trafic menace la forêt de Madagascar. C’est désormais le Nigeria qui est le plus visé. Selon l’enquête de l’ONG Environmental Investigation Agency (EIA), reprise par Le Monde, entre janvier 2014 et juin 2017, 2800 arbres ont été expédiés vers la Chine chaque jour. Evidemment, la corruption est présente à tous les étages pour permettre le départ et l’arrivée en telle quantité de bois protégés.

Les volumes devenaient sans doute indécents. Aussi, nous explique Le Monde, les douaniers chinois ont fini par bloquer pas moins de 10.000 conteneurs, soit un million et demi de grumes de kosso pour une valeur de 300 millions de dollars. Or, EIA accuse l’ancienne ministre nigériane de l’Environnement, Amina J.Mohammed, d’avoir débloqué la situation en signant 4000 permis d’exportation, ce que conteste l’intéressée. L’ex-ministre reconnaît tout au plus une régularisation de 3000 permis bloqués par un embargo total des exportations durant quelques mois en 2016.