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Les crises en RDC, au Soudan du Sud et en Somalie gonflent le nombre de réfugiés

Par Alain Chemali@GeopolisAfrique | Publié le 19/06/2018 à 17H54, mis à jour le 19/06/2018 à 17H54

Camp déplacés internes en RDC
Une Congolaise traverse un camp de déplacés internes le 20 mars 2018 à Kalemie, en République démocratique du Congo. Un conflit en cours entre les Pygmées et Bantous a déplacé 67.000 personnes autour de Kalemie et selon les agences humanitaires jusqu'à 650.000 personnes au plus fort de la crise dans la province du Tanganyika.  © John WESSELS / AFP

Le nombre de personnes déracinées de force dans le monde a atteint fin 2017 le chiffre record de 68,5 millions, dont 52% d’enfants de moins de 18 ans. Selon le dernier rapport du Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, les conflits en République démocratique du Congo, au Soudan du Sud et en Somalie ont fortement contribué à augmenter le nombre de réfugiés et de déplacés internes.


Les guerres, la violence et la persécution ont déraciné un nombre record d’hommes, de femmes et d’enfants dans le monde tout au long de l’année écoulée, selon le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).
 
Au total, selon les dernières statistiques publiées le 19 juin 2018 par l’Agence des Nations Unies, on compte désormais quelque 68,5 millions de personnes déplacées de force dans le monde: 25,4 millions de réfugiés, 40 millions de déplacés internes et 3,1 millions de demandeurs d’asile.
 
Une personne déplacée dans le monde toutes les deux secondes
Les réfugiés qui ont fui leur pays pour échapper à des conflits ont connu un accroissement de 2,9 millions par rapport à 2016. Il s’agit de la plus forte augmentation jamais enregistrée en une seule année, estime le HCR dans son rapport.
 
Avec 16,2 millions de déplacés internes, pour la première fois ou de manière répétée au cours de cette même année, le chiffre des nouveaux déplacements est lui aussi en augmentation. Il correspond en moyenne au déplacement d’une personne toutes les deux secondes, estime le HCR, et «ce sont les pays en développement qui sont massivement les plus touchés».
 
Outre les centaines de milliers de Rohingyas de Birmanie réfugiés au Bangladesh, ces nouveaux déplacements forcés de populations ont surtout été provoqués par la crise en République démocratique du Congo et la guerre au Soudan du Sud, estime l’Agence onusienne.

Le rapport souligne en effet qu’en raison d’opérations militaires en cours dans le pays, la Syrie dénombre 2,9 millions de personnes déplacées en 2017, mais avec 1,9 million de personnes en RDC, près de 600.000 au Soudan du Sud et autant en Somalie, l’Afrique subsaharienne à largement contribué à grossir le nombre de ces déracinés.

La RDC cumule déplacés intérieurs et réfugiés de pays voisins
Déjà difficile en RDC, «la situation s’est dramatiquement aggravée en 2017 à mesure que le conflit s’est étendu à de nouvelles parties du pays», estime le rapport. Malgré certains retours dans des régions où règne un calme relatif, le nombre de déplacés a doublé, passant de 2,2 à 4,4 millions de personnes.
 
«Pour compliquer davantage la situation, la RDC a accueilli plus d'un demi-million de réfugiés l'année dernière. Les chiffres ont augmenté de 104.400 en 2017, principalement en raison d'une arrivée massive de la République centrafricaine en plus des arrivées continues du Sud-Soudan et du Burundi», indique le HCR.
 
Le rapport estime en effet que, contrairement à «l’idée reçue selon laquelle les personnes déracinées à travers le monde se trouveraient principalement dans l’hémisphère nord», les statistiques prouvent l’inverse.
 
«85% des réfugiés vivent dans des pays en développement – dont beaucoup sont désespérément pauvres et ne reçoivent qu’un appui limité pour prendre en charge ces populations. Quatre réfugiés sur cinq vivent dans des pays frontaliers de leur pays d’origine», explique le rapport.
 
«Le Soudan du Sud n'est pas bon pour nous»
Le HCR cite à titre d’exemple Dinai But Ruach, un jeune homme de 18 ans qui a quitté en 2017 son Soudan du Sud natal pour l’Ethiopie voisine. «Le Soudan du Sud n’est pas bon pour nous. Il y a des combats, des tirs d’artillerie, des enfants enlevés. Les maisons sont détruites, comme la mienne», explique Dinai qui compte parmi les 5000 réfugiés vivant dans le camp de Gure Shombola, un nouveau site ouvert en cours d’année pour absorber l’afflux de réfugiés.

Réfugiés Soudan sud en Ouganda

Un réfugié sud-soudanais de 13 ans, Peter Yat (M) est assis à côté de ses frères et de sa famille adoptive dans le camp de réfugiés d'Imvepi, en Ouganda, le 27 juin 2017. Plus de deux millions de personnes ont fui la guerre civile au Soudan du Sud. un million d'entre eux en Ouganda.  © Gioia Forster/DPA/AFP

 
Sur les 68,5 millions de déracinés dans le monde, les 25,4 millions de réfugiés comptent un peu plus d’un cinquième de Palestiniens, relevant de la compétence de l’UNRWA.
 
Les autres, qui relèvent de la compétence du HCR, proviennent pour les deux tiers d’entre eux, de cinq pays seulement: la Syrie, l’Afghanistan, le Soudan du Sud, le Myanmar et la Somalie. «L’arrêt des conflits dans l’un de ces pays pourrait largement transformer la situation mondiale des déplacements», estime l'agence Onusienne.
 
Un nouveau pacte mondial  pour resserrer la coopération sur les réfugiés
En dépit de cette augmentation dramatique du nombre de personnes arrachées de force à leurs foyers, le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés ne perd pas espoir. Filippo Grandi mise sur «le fait que des modalités novatrices de prise en charge des crises de réfugiés sont déjà appliquées dans quatorze pays» et qu’un nouveau pacte mondial visant à resserrer la coopération internationale sur les réfugiés sera prêt pour adoption par l’Assemblée générale de l’ONU dans les prochains mois.
 
«Aujourd’hui, à la veille de la Journée mondiale du réfugié, je m’adresse aux Etats membres pour leur demander d’appuyer ce mouvement… Personne ne devient un réfugié par choix, mais chacun de nous a le choix sur la façon d’aider», a-t-il déclaré.