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Qatar,  Emirats arabes unis,  Moyen-Orient

Les enfants esclaves, jockeys de chameaux de course

Par Frédérique Harrus@GeopolisAfrique | Publié le 16/09/2014 à 11H36, mis à jour le 18/09/2014 à 11H07

Enfants jockeys chameaux
Ras al-Khaima (Emirats Arabes Unis), le 28 décembre 2004. Enfants jockeys de retour d'un entraînement matinal avec leur entraîneur.


© REUTERS/Anwar Mirza AM/KS

Ils sont tout petits, leur monture fait deux mètres de haut, et ils sont lancés à grande vitesse pour gagner des courses. «Ils» ce sont des enfants, minuscules jockeys de courses de chameaux, aux Emirats Arabes Unis ou au Qatar. Officiellement interdit, le trafic, l'esclavage et la maltraitance de ces enfants perdure malgré tout, même si la tendance serait à la baisse.

A l'instar de l'Europe avec ses courses hippiques, les Emirats Arabes Unis se passionnent pour les courses de chameaux. Et à l'image des jockeys de petit gabarit des courses hippiques, les jockeys de chameaux se doivent d'être petits et légers. Quoi de mieux alors que de jeunes enfants ? 

Des enfants à partir de 3 ans, originaires du sous-continent indien, sont achetés à des parents très pauvres avec une promesse de travail de domestique, ou enlevés dans les rue de Dacca ou d'ailleurs. Un enfant coûte de 350 à 500 euros.
Sitôt arrivés, ils sont juchés sur le dos de chameaux qu'ils doivent apprendre à monter. Certains sont tellement jeunes et petits, qu'ils sont arrimés à l'animal au moyen de bandes Velcro sous leur pantalon. Le tout sous des températures caniculaires.

Les journées de ces jeunes garçons sont harassantes et sans fin. Ils se lèvent dès 3 ou 4 heures du matin et prennent soin des chameaux. Suit un entraînement intensif sous un soleil impitoyable. «Logés» dans des sortes de camps en plein désert, ils n'ont pas le strict minimum. La plupart dort dehors, à même le sable. La seule préoccupation des entraîneurs les concernant étant de les maintenir au plus petit poids possible. Un chameau «lèger» court plus vite. Ils sont donc sous-nourris afin de rester vivants, mais à un minuscule gabarit. 

Sévices généralisés
Les récalcitrants, mais aussi ceux qui se réveillent en retard ou commettent des erreurs, sont suspendus par les bras à des chaînes en hauteur et sévèrement battus ou fouettés. Ces enfants présentent des retards de croissance, des signes de dénutrition, quand ils ne sont pas estropiés à vie ou, purement et simplement tués lors de chutes. 

Certains souffrent de graves troubles psychiques provoqués par ces mauvais traitements prolongés, d'autant qu'il peut être aussi question d'agressions sexuelles par les entraîneurs sur les enfants, ou des plus grands sur les plus petits qualifiés pour l'occasion «d'amoureux».

A l'inverse, les chameaux, eux, peuvent coûter plusieurs millions d'euros et sont donc l'objet de toutes les attentions, piscines pour leurs articulations, centre de soins doté de tous les appareils de haute technologie. 

Des reportages avaient alerté l'opinion internationale sur l'enfer vécu par ces enfants, l'ONU s'est insurgée contre ce trafic d'êtres humains et, en 2005, une loi a vu le jour proscrivant cette pratique. D'ailleurs, près de 3.000 enfants avaient été rapatriés dans leur pays d'origine, dans les deux années qui avaient suivi. Actuellement, tout le monde peut vous jurer, la main sur le cœur, qu'il n'y a pas un jockey de moins de 15 ans sur les camélodromes locaux. A voir ...

Des robots
L'espoir que cette pratique s'arrête vraiment réside dans la création de petits robots amenés à les remplacer. Des robots plus petits que les enfants et dont le poids n'est jamais un problème. La première version de ces petites machines télécommandées stimulait la monture au moyen de moulinets d'un bras articulé relié à un petit fouet.

Actuellement, est développée une version activée par la voix, qu'entend aussi le chameau. Il semblerait que l'encouragement à la voix soit plus efficace que les moulinets de fouet. La généralisation de ces petits robots jockeys est en cours sur les pistes des pays du Golfe. 

Serait-ce la fin réelle du martyr de ces enfants ? Pas sûr, parce qu'il faut toujours quelqu'un pour s'occuper de l'animal, à peu de frais.