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Les groupes politiques du Parlement européen, version juillet 2014

Par Dominique Voegele@GeopolisAfrique | Publié le 24/06/2014 à 11H32, mis à jour le 28/11/2014 à 10H08

Après élections
© European Union 2014-EP

Les apparences sont parfois trompeuses. Le Parlement européen issu des urnes de ce mois de mai va compter 7 groupes politiques, autant et presque les mêmes que dans la précédente législature. Pourtant lorsque l’on fouille un peu…

La date limite, la « dead line », comme aiment à le dire nos amis britanniques, était fixée au mardi 24 juin  Zéro heure. Aujourd’hui donc…Désormais les eurodéputés ont choisis leur groupe politique, leur espace de travail politique, leur famille de pensée. Enfin pas tous les eurodéputés…Resteront sur le chemin ceux que l’on appelle les non inscrits, qui n’ont pas pu ou voulu se joindre à leurs petits camarades ou même fonder eux-mêmes leur groupe politique. Rappelons les règles du jeu. Un groupe politique au Parlement européen doit être constitué au minimum de 25 parlementaires issus de 7 pays différents. La règle est simple, elle est claire.
 
Le raté de Marine
 
Commençons par l’information de la nuit dernière et par ceux qui n’y sont pas. Dans un des 7 groupes politiques… Forte de ses excellents résultats électoraux Marine Le Pen espérait fort avec son compagnon de route néerlandais Gert Wilders former relativement aisément un groupe politique. Une forme de reconnaissance politique mais surtout des moyens (secrétariat, budget etc.) pour travailler au sein du Parlement. Marine le Pen disait elle-même qu’elle n’était qu’une sous députée. Reste que certains alliés espérés se sont désistés, que d’autres semblaient vraiment trop sulfureux aux yeux des alliés de la française. Xénophobie, homophobie, anti sémitisme, par exemple pour un des leaders de l’extrême droite polonaise, il n’était pas facile de se faire des amis politiques « recommandables ». D’autant que le Front national lui-même n’apparaissait pas en odeur de sainteté auprès d’autres parlementaires pourtant classés très à droite comme le leader de l’UKIP Nigel Farage.

Le bon coup de Farage

En fait dans cette course un peu effrénée à la création d’un groupe de droite très europhobe ou au minimum eurosceptique, c’est l’anglais qui aura gagné avec son groupe EFD, le Groupe Europe, Liberté, Démocratie, lui aussi en difficulté mais qui aura finalement réussi avec le concours des élus italien de Pépé Grillo, un mariage soit dit en passant assez surprenant puisque l’on annonçait également des négociations entre les Verts et le Mouvement 5 Etoiles. Participera aussi à la noce de ce groupe, une française, élue sur la liste du Front National dans l’Ouest, Joëlle Bergeron. C’est même cette française qui apportera le 7ème pays nécessaire à la constitution du groupe. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’à la droite de la droite, les places sont chères et la concurrence sévère.
 
Une hiérarchie bousculée
 
7 groupes lors de la précédente mandature, 7 aujourd’hui avec des intitulés identiques.
Mais certaines grandes formations auront laissé quelques plumes dans la bataille et la hiérarchie derrière les deux grands groupes, le PPE et les Socialistes et Démocrates, a été bousculée.
Le grand parti de centre droit, le PPE demeure en tête, mais ils ne seront plus que 221 au lieu de 274. Au sein de cette grande coalition qui réunit 18 pays (c’est moins que lors de la précédente législature), une force importante, les chrétiens démocrates allemands. C’est d’ailleurs un allemand, Manfred Weber qui succède au français Joseph Daul à la présidence du groupe. Les français de l’UMP n’ont pas profité des élections pour muscler leur délégation.
Du côté des socialistes et démocrates, c’est une situation quasi identique à celle de la précédente mandature ? Le groupe a bien résisté ne perdant que 4 sièges. Quelques renforts avec les grecs de To Potami et le parti féministe suédois. Du côté français, pas de mieux, en revanche une surprise l’excellent résultat du parti démocrate italien de Mattéo Renzi, il devance le SPD allemand en nombre de députés. ce qui n'a pas empêché le groupe de réelire à sa tête Martin Schulz dont on pourrait penser que ses ambitions ne s'arrêtent pas à cette réelection. Il y a de la politique interne allemande" derrière tout cela.
La surprise est venue des Conservateurs et réformistes européens, désormais 3ème groupe en importance de ce Parlement européen. Ce groupe avait été formé avant tout par les conservateurs britanniques qui avaient en 2009 quitté le Parti Populaire Européen trop « européen » au goût des britanniques. Ils sont désormais rejoints par les eurosceptiques allemands de l’Alternative pour l’Allemagne. Un curieux mariage qui s’explique peut-être par le fait que les nouveaux venus allemands sont avant tout hostiles à la monnaie unique. Ce qui ne doit pas foncièrement déplaire à un Anglais.

Peloton groupé

On assiste en fait à une forme de regroupement chiffré des groupes politiques. Qui possèdent presque le même nombre de parlementaires.
Les Libéraux de l’ancien premier ministre belge et candidat à la présidence de la Commission européenne sont un peu les perdants de ce scrutin. 84 sièges lors de la précédente mandature, moins de 70 aujourd’hui. Guy Verhofstadt avait même tenté au grand déplaisir de certains d’attirer dans ses filets les Séparatistes flamands du N-VA. Ils ont rejoints finalement les Conservateurs et réformistes. Et c’est comme cela que l’on perd sa place de troisième groupe et que l’on écorne un peu son image politique. Les français de l’UDI et DU Modem siègent dans ce groupe.
Du côté des Verts, ce n’est pas la joie non plus. Si les Grünen allemands tiennent toujours la route, la déconfiture française, elle, a été très lourde. De 15 parlementaires, seuls 6 ont sauvé leur siège. Et les négociations pour l’organisation du bureau et la vice présidence ont été difficiles, conflictuelles. C’est une Allemande, Rebecca Harms et un belge, Philippe Lamberts qui vont co-présider le groupe qui comptera une cinquantaine de députés.
Enfin la Gauche Unitaire européenne qui à reconduit à la Présidence du Groupe l’allemande Gabrielle Zimmer, progresse assez sensiblement avec l’apport des espagnols de Podemos, issus du mouvement des indignés mais surtout des grecs de Syriza. La GUE passe ainsi de 35 à 52 parlementaires. Les français n’ont pas profité de cette embellie à gauche, ils perdent un siège et ne sont plus que trois.
 
Ce paysage n’est pas figé. En effet, les groupes politiques peuvent évoluer au fil du temps, et on peut tout à fait imaginer d’autres créations, d’autres arrangements politiques. Le Front National l’a d’ailleurs déclaré dès hier soir, il ne désespère pas, un peu plus tard de pouvoir fonder un groupe. Mais pour cela il lui faudra peut-être de la patience. Et ses alliés du coup plongés eux aussi dans la nébuleuse des non,-inscrits et donc sans moyens, n’auront peut-être pas cette patience…On saura sans doute relativement vite si l’extrême droite est une grande famille.