Les méduses à la conquête des océans

Par Laurent Filippi | Publié le 07/10/2014 à 11H30, mis à jour le 07/10/2014 à 11H30

En septembre 2014 est sorti le livre «Méduses, à la conquête des océans», cosigné par l’océanographe-biologiste Jacqueline Goy, spécialisée dans l’étude de ces animaux, et le directeur de l'Institut océanographique de Monaco, Robert Calcagno.

Cette espèce aquatique d’apparence fragile existe depuis des centaines de millions d'années et possède une capacité d’adaptation à son environnement hors pair. Mais aujourd’hui, elles pullulent sur nos plages et sont chaque année plus nombreuses à coloniser les mers du globe.
 
Cette gélification des océans «est un symptôme des déséquilibres que l'homme impose aux océans depuis quelques décennies», affirme Robert Calcagno.
 
Ce livre érudit nous permet de mieux comprendre ces organismes marins fascinants et redoutés. Si nous ne voulons pas assister peu à peu au déclin de la santé de notre grande bleue, écoutons le message que le méduses nous adressent.
 
Douze photos illustrent ce propos.

  • Méduse irukandji
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    Méduse irukandji

    De formes variées, les méduses sont composées à 98% d’eau et ne vivent que quelques semaines. Jacqueline Goy explique qu’«il existe environ un millier d'espèces de méduses, mais une vingtaine pose des problèmes aujourd'hui, les autres sont discrètes. Les méduses, dont la taille varie d'un millimètre à plus de 6 mètres de diamètre, sont des êtres venimeux, mais le venin est propre à chaque espèce.» La méduse guêpe ou cuboméduse d’Australie (Chironex fleckeri), qui se trouve le long des côtes, est la plus dangereuse pour l’homme, responsable d'une cinquantaine de décès par an. © AFP PHOTO / Lisa-Ann GERSHWIN

  • Bloom
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    Bloom

    «Les méduses sont actuellement en train de prendre le pas sur tous les autres organismes marins et de devenir prépondérantes dans les mers», ajoute la scientifique. «En Méditerranée, la présence des méduses s'appuyait sur des cycles de douze ans. Trois ou quatre ans où on les voyait et huit ou neuf ans où elles semblaient disparaître. Ce cycle a commencé à se dégrader dans les années 1990 et, depuis 2000, on n'a plus connu une seule année sans méduses», précise Robert Calcagno. © Institut océanographique/Michel Dagnino

  • Pelagia noctiluca
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    Pelagia noctiluca

    De nombreuses côtes sont touchées par le phénomène : en Afrique, le littoral de Namibie est envahi. Dans l'océan Pacifique, la mer de Béring et celle du Japon sont infestées. Et de nombreux pays comme la Norvège, l’Ecosse ou la Chine subissent cette prolifération galopante. © HEMIS.FR/BRINGARD DENIS

  • Aequorea forskalea
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    Aequorea forskalea

    La cause première, c'est la surpêche. 80 millions de tonnes de poissons sont pêchées chaque année dans le monde. «En Namibie, des zones très riches en poissons ont été surexploitées, les méduses ont proliféré, c'est l'exemple parfait de ce qu'il ne faut pas faire», dit Jacqueline Goy. Elle supprime «les prédateurs des méduses comme les anchois, sardines, maquereaux. Par ailleurs, ces prédateurs étant moins nombreux, le zooplancton est plus abondant et les méduses prolifèrent» confirme le directeur de l'Institut océanographique monégasque.  © Institut océanographique/Michel Dagnino

  • Turritopsis nutricula
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    Turritopsis nutricula

    «L’acidification des océans, due à l’augmentation du CO2 dans l’atmosphère, a un effet sur tous les animaux à carapaces, qui deviennent plus souples et donc plus digestes. Les méduses peuvent alors manger des petits mollusques pélagiques qu’elles ne mangeaient pas avant et les assimiler complètement. Enfin, la hausse de la température des eaux favorise leur reproduction», ajoute la biologiste. © Christian Sardet

  • Plastiques
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    Plastiques

    Les déchets plastiques de plus en plus nombreux dans les océans créent des amas immenses et une véritable aubaine pour les polypes de méduses qui s’y logent volontiers. Car, comme le dit Jacqueline Goy, «ils n’ont même plus besoin de se fixer dans les fonds marins». Le temps de dégradation des sacs plastiques est évalué entre 100 et 400 ans. © Biosphoto / Mathieu Foulquié

  • Vélelles
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    Vélelles

    Selon d’autres experts, il est difficile pour l’instant de faire un lien direct entre le  réchauffement climatique et la prolifération des méduses. Par contre, il est indéniable que l’arrivée de certaines espèces vivant habituellement dans des eaux tropicales vers d’autres mers est liée à l’évolution du climat. © Biosphoto / Minden Pictures / Pete Oxford

  • Centrale d’Hadera
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    Centrale d’Hadera

    Les méduses peuvent également nuire aux fermes piscicoles et aux usines de dessalement. Le plus dangereux est quand elles envahissent les systèmes de refroidissement d'installations nucléaires et de ce fait les bloquent, comme ce fut le cas en Israël en 2011, au Japon en 2012, et plus récemment en Suède.  © AFP/ JACK GUEZ

  • Rhopilema esculentum
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    Rhopilema esculentum

    Pour remédier à l’abondance des méduses, plusieurs solutions ont été envisagées. Le robot broyeur de méduses. «Pire que le mal, s’écrie Jacqueline Goy, puisqu’en les découpant ainsi, les cellules de reproduction se libèrent et se multiplient.» Les filets de protection pour les plages ont un coût trop élevé pour les généraliser. Et de plus, les méduses pourraient s’y installer pour se reproduire, ajoute-t-elle. Les ultrasons ? Une autre hypothèse envisagée, mais qui risquerait de nuire aux cétacés. Alors pourquoi ne pas les manger ? Malheureusement, seule une douzaine d’espèces sur 1000 sont comestibles.  © Creative Commons Attribution-Share Alike 2.5 Generic license (http://de.wikipedia.org/wiki/Rhopilema_esculentum#mediaviewer/File:Rhopilema_esculenta_by_OpenCage.jpg)

  • Aurelia aurita
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    Aurelia aurita

    «La seule solution est de rétablir l’équilibre des océans, comme il y a 50 ans, en contrôlant et favorisant la pêche raisonnée, en développant les transports maritimes propres et les stations d’épuration, en recyclant l’eau chaude rejetée par les centrales nucléaires pour chauffer des serres, par exemple», affirme Robert Calcagno. © Biosphoto / Minden Pictures / Matthias Breiter

  • Aequorea Victoria
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    Aequorea Victoria

    Pourtant, la méduse reste un animal fascinant qui peut nous apporter beaucoup dans le futur. Comme l’explique la biologiste, «elles ont également un gène de la bioluminescence qui pourrait être utilisé pour fabriquer les microscopes du futur».  © AFP/ FRANS LANTING

  • Turritopsis nutricula 2
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    Turritopsis nutricula (2)

    Elle rajoute : «Je me sers des méduses pour comprendre aussi l’ébauche de toute l’évolution. Elles sont extraordinaires car ce sont les premières à avoir eu une reproduction sexuée. Les premières à avoir eu l’organe de la vue, également. Plus étonnant encore, leur collagène est de type humain, comme l’a démontré Suzanne Franck, et c’est bien pour cela que la recherche cosmétique s’y intéresse beaucoup. Mais le plus incroyable est à venir car ses polypes fixés ne s’abîment jamais. Ils bourgeonnent en permanence, sans que leurs télomères ne s’altèrent. La méduse détiendra peut-être alors les clés de l’immortalité.» © Christian Sardet

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