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Les ONG alliées aux passeurs en Méditerranée? La polémique enfle en Italie

Par Jacques Deveaux@GeopolisFTV | Publié le 12/05/2017 à 17H10, mis à jour le 12/05/2017 à 17H18

Migrants arrivant en Italie
Des migrants au port de Messine après le naufrage de leur embarcation en mars 2016. © GIOVANNI ISOLINO/AFP

La polémique enfle en Italie sur la situation des migrants qui traversent la Méditerranée et le travail des ONG en mer. C’est le mouvement de Bepe Grillo, M5S, qui a ouvert les hostilités. Puis il a été opportunément soutenu par Carmelo Zuccaro, le procureur de Catane, en Sicile. Ce dernier a dénoncé l’existence de liens entre les ONG et les trafiquants.


Le blog de M5S n’y va pas par quatre chemins. «Qui sont les bailleurs de fond de ces ONG?», s’interroge le mouvement politique, «aptes à armer des navires qui coutent des millions d’euros, jusqu’à se servir de drones».
Une de ces ONG, qui d’ailleurs sans être nommée semble être visée, MOAS, n’a pas tardé à réagir. L’organisation a été fondée en 2014 par un couple de riches maltais, choqués par les premiers drames en mer. Sur l’origine des fonds, l’ONG rejette toute accusation de collusion avec les passeurs. MOAS travaille avec des dons et grâce à la fortune des fondateurs. MOAS a été la première ONG à déployer un navire en Méditerranée en 2014.

Pour autant, affirme ses porte-parole, l’organisation n’agit pas en solo et prend ses ordres auprès des organismes officiels. Ses détracteurs accusent l'ONG de débarquer plus de rescapés en Italie qu’en Tunisie ou à Malte. C’est parce que l’organe régulateur le lui demande, répond MOAS. Il s’agit du Centre de coordination du sauvetage maritime (MRCC), installé à Rome. «Dans un premier temps, nous ne sommes jamais en contact avec les centres de secours tunisien ou maltais, car ce n’est pas la procédure imposée par le MRCC», explique l'ONG.

«Le Phénix» navire MOAS lors campagne 2014

«Le Phénix» navire de MOAS lors de la campagne 2014. © MOAS


Déjà en pleine campagne de justification, les ONG reçoivent le coup de grâce de la part du procureur de Catane. Carmelo Zuccaro reconnaît ne pas avoir de preuves, «au sens juridique du terme, à pouvoir apporter dans un débat», explique-t-il à la Repubblica. Mais il dénonce l’existence de liens entre les ONG et les trafiquants. Et sur les moyens des ONG, le procureur règle son pas sur celui du M5S: «Qu’une organisation comme MOAS puisse dépenser 400.000 euros par mois, cela mérite d’être approfondi.»

Pour les ONG, le mal est fait et la menace sur les dons est bien sûr forte. Le président de MSF Italie le reconnaît fort bien. «Pour l’opinion, nous sommes discrédités. L’objectif de cette campagne est atteint.»
 
Quel objectif ?
L’Italie est totalement débordée par l’accueil des migrants et bien seule à gérer le problème. Les structures sont saturées avec l’arrivée, depuis 2014, de 500.000 migrants. Cette année, on en attend 200.000 de plus. Avec l’accord entre la Turquie et l’UE, la voie migratoire par la Grèce s’est fermée. Et dans le même temps, la Méditerranée centrale est redevenue la route principale.

S’agit-il en discréditant les ONG de freiner les débarquements en Italie? En 2014 déjà, le M5S dénonçait la mainmise de la mafia sur l’hébergement des immigrés en Sicile. Le 18 janvier 2017, le gouvernement a présenté un plan pour les migrants. L’objectif est de débusquer les 60% qui ne sont pas éligibles au statut de réfugié, en créant 14 centres «de permanence pour le rapatriement». Le gouvernement ne cache pas son objectif d’accélérer le processus de retour au pays.
 
Intimidation en mer
Pendant ce temps, les traversées continuent et les ONG poursuivent leur travail. Des ONG qui sont également mal vues de l’autre côté de la Méditerranée. Ainsi, les gardes-côtes libyens et une ONG allemande, Sea Watch, se sont disputés l’arraisonnement d’un bateau surchargé de migrants. Au prix d’une manœuvre d’intimidation frôlant la collision, les gardes-côtes ont pris en charge les 450 migrants et la poussive barquasse.

Sea Watch a dénoncé la manœuvre navale et la mise en danger de son équipage et des migrants. Mais il reste un geste bien plus politique. La Libye entend reprendre le contrôle de ses eaux territoriales, jusqu’aux 200 milles, et à en écarter les ONG. C’est d’ailleurs ce que l’Union européenne attend d’elle. Elle a formé les équipages et fourni les bateaux. Pour Sea Watch, «ces retours d’immigrés en accord avec le plan d’action de l’UE rend la Méditerranée plus dangereuse et pas plus sûre».