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Les pollutions pétrolières doublent la mortalité néonatale au Nigeria

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 09/11/2017 à 13H59, mis à jour le 09/11/2017 à 13H59

Quand pétrole pollue Mangrove...
Quand le pétrole pollue la Mangrove... © STEFAN HEUNIS / AFP

Les bébés ont un risque de mortalité doublé si leur mère vivait près d’un lieu contaminé par du pétrole avant de tomber enceinte. Voilà ce qui ressort d’une étude menée par une équipe de l’université de St Gallen en Suisse. L’enquête a été conduite dans le delta du Niger, haut lieu de production et de pollution pétrolière. Sur 1000 naissances, 76 bébés meurent le premier mois.


Concrètement, si la pollution survient au moment de la grossesse, cela n’a pas d’effet sur l’enfant. En revanche, vivre dans un lieu pollué par les hydrocarbures a des conséquences néfastes, même si cela remonte à plusieurs années. Le taux de mortalité néonatale, donc dans le premier mois de vie du bébé, double pour passer de 38 décès à 76 pour 1000.
 
Les résultats de l’étude sont terribles, reconnaît le directeur de l’étude, Roland Hodler. «Je ne m’attendais pas à trouver un tel effet sur la préconception. Que le fœtus, lui, ne soit pas plus impacté est aussi très surprenant. Peut-être est-ce dû à un effet cumulatif de la pollution de l’eau.» Un effet qui évidemment concerne la mère, bien plus que le nourrisson.
 
Une tragédie qui hélas est loin d’être anecdotique. La pollution aux hydrocarbures est une plaie récurrente dans le delta du Niger. Régulièrement, l’industrie pétrolière est responsable de fuites, ou victime de vols et sabotages sur ses installations. Le volume annuel de ces déversements est estimé à 240.000 barils, soit 38 millions de litres ou 38.000 m3. C’est chaque année un pétrolier comme l’Erika qui coule dans le delta. Et l’exploitation dure depuis soixante ans…

Patrouille éclaireurs forces navales nigérianes dans delta Niger
Des membres des frorces de sécurité navales nigérianes patrouillant dans le delta du Niger près de Port Harcourt, le 19 avril 2017, à la recherche des raffineries illégales au coeur de la région pétrolière du pays.  © STEFAN HEUNIS/AFP

Entre 2005 et 2015, plus de 6600 déversements ont été enregistrés par le Nigerian Oil Spill Monitor. Une carte que Hodler et son équipe ont recoupé avec les statistiques du ministère de la Santé sur les populations environnantes. L’étude a porté sur 5040 naissances et 2700 mères. Les données ont démontré que plus la mère vivait à proximité d’une pollution, plus la mortalité néonatale était élevée.

Les canaux, les sols et même l’air sont contaminés par ce pétrole brut. Le premier programme de dépollution d’un coût d’un milliard de dollars a été lancé en 2016. Selon un rapport de l’ONU publié en 2011, il faudra 30 ans pour ramener les 2600 km² de la région à leur pureté d’origine. Toute la région à l’ouest de Port-Harcourt est polluée.
 
L’étude montrait alors que l’eau consommée dans la région était polluée au benzène. Les niveaux atteints étaient 900 fois supérieurs à la norme de l’OMS. Les nouveaux-nés et les fœtus sont les plus vulnérables du fait du rapport entre leur poids et la quantité de poison absorbée. Mais pour la mère, le risque est sévère également en consommant de l’eau et de la nourriture contaminés.
Une étude que le gouvernement nigérian a refusé de commenter.
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