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Economie

Les richesses minières de l'Afrique: «Une malédiction»?

Par Pierre Magnan@GeopolisAfrique | Publié le 24/06/2017 à 10H24

Mine fer en Mauritanie
Mine de fer en Mauritanie © Michel Gounot / Godong / Photononstop

Une étude, qui vient d'être publiée, montre les richesses du sous-sol africain. Exemple: on y trouve 7,6% des réserves mondiales de pétrole, 7,5% de celles de gaz naturel, 40% des réserves aurifères et entre 80% et 90% du chrome et du platine... Mais ces richesses sont-elles une chance pour assurer la croissance du continent?


2016 a clairement marqué une nette embellie sur le front des prix des matières premières par rapport à l’année noire que fut 2015. Une bonne nouvelle pour le continent africain gros producteur de minerais… Mais cela ne suffit pas à construire une économie. «Se diversifier pour éviter de subir la malédiction des matières premières!», répète-t-on à l’envi. Voila l’enjeu pour le continent. C'est ce qui ressort du rapport Arcadia (Annual Report on Commodity Analytics and Dynamics in Africa), réalisé par le think-tank marocain OCP Policy Center qui publie cette étude en même temps que le rapport annuel Cyclope, Les marchés mondiaux 2017, parrainé par Philippe Chalmin, professeur à l'université Dauphine à Paris.

Et oui l'Afrique est riche en matières premières. Que ce soit les sources d'énergie (pétrole, gaz, charbon, uranium...), les ressources agricoles (cacao, café), le secteur des commodités (comme disent les anglo-saxons pour désigner les matières premières) en général (du minerai de fer,  au cuivre en passant par les phosphates ou le manganèse)... on trouve tout en Afrique, sans parler de l'or et des diamants.


Récession chez les producteurs de pétrole
Dans certains pays producteurs de matières premières, la part de ces dernières dans le PIB est tellement importante que l'économie du pays est totalement dépendante des cours mondiaux. Et ces dernières années, les cours étaient plutôt à la baisse. «En 2016, l’Afrique subsaharienne a enregistré pour la première fois depuis plus de vingt ans son plus faible taux de croissance à 1,6%, bien inférieur au taux de croissance démographique. Les trois locomotives du continent sont, en effet, en panne. En 2016, l’économie nigériane s’est enfoncée dans la crise, entrant en récession en se contractant de 1,5% pour la première fois depuis deux décennies, celle d’Afrique du Sud a enregistré sa plus faible croissance depuis 2009 à 0,3% tandis que celle de l'Angola a stagné», note Arcadia.

Cela s'est vu notamment chez les pays producteurs de pétrole. «Deux années de cours bas associées, dans certains pays, à une baisse de la production en 2016, ont fini par faire boule de neige et peser sur l’ensemble de l’économie. Le Nigeria, la Guinée équatoriale, le Soudan du Sud et le Tchad sont ainsi entrés en récession en 2016», précise le rapport qui donne des chiffres sur l'effet prix sur certains pays: Guinée équatoriale (recettes diminuées de 50% en 2016 par rapport à 2011), République Démocratique du Congo et Angola (-38%), Gabon (-32%), Tchad (-15%) et Nigeria (-12%)...

Mêmes conséquences pour les pays producteurs d'autres matières premières qui ont vu les cours s'effondrer en raison de la baisse de la demande chinoise. Les pays les plus touchés sont l’Afrique du Sud, l’Angola, le Congo et la Zambie, la Chine représentant environ 50% de la consommation mondiale de plusieurs métaux de base, dont l'aluminium, le cuivre, le nickel et le zinc. Or, le cuivre représente respectivement 57% et 78% des exportations de la RDC et de la Zambie ; le nickel compte, pour sa part, à hauteur de 23% des exportations malgaches et l’aluminium pour 34% de celles du Mozambique… 

Ces richesses produites par ces pays dépendant des cours mondiaux partent sous forme brute pour souvent revenir en produits transformés. Toute la valeur ajoutée (transformation) se faisant dans d'autres pays sans compter que ce marché des matières premières entretient une économie très lucrative... loin de leurs frontières.
 

Fortes croissances dans des pays dépourvus de matières premières 
Mais cet effet prix n'a pas les mêmes conséquences pour tous les pays du continent. Les nations qui ont des économies plus diversifiées et qui ne dépendent pas des matières premières ont plutôt profité de cette situation en voyant des prix de produits importés baisser (comme ceux de l'énergie notamment). 

«Les pays africains diversifiés ont pu bénéficier de la baisse des prix du pétrole, mais aussi d’investissements élevés notamment dans les infrastructures et d’une consommation dynamique. La Côte d’Ivoire, le Sénégal, l’Ethiopie, le Kenya, le Rwanda et la Tanzanie ont ainsi tous enregistré des taux de croissance de leur PIB supérieurs à 6% en 2015 et devraient afficher, selon les dernières statistiques du FMI, des performances similaires en 2016», note Arcadia.

Même chose en Afrique de l’Est, où «des pays dépourvus de matières premières connaissent de fortes croissances comme Djibouti qui profite de sa position géographique, l’Ethiopie qui jouit d’un taux de croissance de près de 10% par an depuis 10 ans en investissant dans l’énergie et qui a développé un secteur industriel.»

A partir de ce constat, les auteurs du rapport notent: «La dynamique des marchés des matières premières n’étant pas maîtrisée par ces pays africains, le continent ne semble pas tenir entre ses mains le destin de ses ressources et apparaît dépendant, dans ce domaine, du bon vouloir de ses clients.»

Investissements directs étrangers vers l'Afrique
Investissements directs étrangers vers l'Afrique (source CNUCED) © ocppc.ma

«En Afrique, la malédiction des matières premières se poursuit», résume Philippe Chalmin. «L'enjeu fondamental pour la plupart des économies africaines est de faire des matières premières une source de croissance, ce qui est un vrai défi», renchérit Karim El Aynaoui, directeur général de OCP Policy Center, pour qui les Africains sont «riches de leur sous-sol, mais ne peuvent emprunter sur cette base, et se retrouvent à exporter des matières premières brutes sans valeur ajoutée.»  

Ce besoin de diversification est acté. Mais les «IDE» (investissements directs étrangers) vers l'Afrique reste faibles. 

Reste à trouver les moyens, financiers et sans doute politiques, notamment de cette diversification.