Synthèse

Irlande,  Europe

Les squelettes de 800 bébés découverts dans une fosse commune en Irlande

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 05/06/2014 à 10H02, mis à jour le 03/03/2017 à 16H14

Le refuge pour enfants Tuam
Le refuge pour enfants de Tuam où les squelettes de 800 enfants ont été trouvés. © Tom Homan photography

La commission d’enquête vient de rendre son rapport. Elle confirme la présence d’une fosse commune où reposent des ossements de nouveaux nés et d’enfants, sans doute près de 800. Le site a été découvert dans la ville de Tuam, près d’un ancien foyer pour mères célibataires tenu par les sœurs de la congrégation de Bon Secours entre 1925 et 1961

Le rituel a sans doute duré 36 ans. Une source proche de l’enquête avoue : «on ne connait pas précisément le nombre de bébés dans la fosse. Il y a 796 décès figurant sur les registres, mais peut-être plus».
Cette fosse commune a été découverte en 1975 par des enfants. Une découverte qui a été peu médiatisée à l'époque. L'affaire rebondit aujourd'hui avec la publication des travaux d'une historienne. En étudiant les registres d'état-civil, elle a établi le nombre précis des décès.

Suite à ces déclarations, une enquête a été diligentée, elle vient de rendre public ses travaux. Des analyses par stratigraphie ont permis de repérer deux grandes structures souterraines, vraisemblablement une fosse septique et des bassins. La commission d'enquête gouvernementale a confirmé la «découverte de quantités importantes de restes humains dans au moins 17 des 20 chambres souterraines qui ont été examinées»
 
Juste un petit nombre d’ossements a été remonté à fin d’analyse. Il s’avère qu’il s’agit de fœtus de 35 semaines, et des nouveaux nés de 2 à 3 ans. Ils ont été enterrés entre 1925 et 1961 selon la datation au carbone 14.

Le foyer, fermé en 1961, était un de ces nombreux établissements (catholiques ou protestants) destinés aux «filles mères» à travers tout le pays. Ces jeunes femmes, que leur grossesse hors mariage mettait au ban d’une société archaïque, n’avaient pas d’autres choix que d’accoucher dans ces établissements et d’y abandonner leur enfant.
 
Tous ces établissements avaient en commun un taux de mortalité étonnamment élevé. Ainsi l’abbaye de Sean Ross a compté 60 décès d’enfants pour sa première année d’ouverture, soit la moitié de ses pensionnaires.
 
Un rapport établi en 1944 en dit plus sur la vie du foyer de Tuam dans la région de Galway. En avril de cette année là, il ya 271 enfants et 61 mères célibataires présents, soit un effectif de 333 personnes pour une capacité du bâtiment de 243 occupants.
 
Un garçon âgé d’un an est décrit comme «un enfant misérable, émacié avec un appétit vorace et probablement déficient mental.» 31 enfants regroupés dans une même pièce sont qualifiés de pauvres enfants, maigres. Ils ont entre trois semaines et treize mois. L’enfant le plus vieux décédé ici avait neuf ans, le plus jeune, deux jours.
 
Les causes des décès sont toujours liés à des absences de soin: malnutrition, maladies infectieuses comme la tuberculose. Les bébés qui survivaient étaient vendus à l’étranger à des couples ne pouvant pas avoir d’enfants.  Ansi selon le quotidien en ligne IrishCentral, les seuls blanchisseries des sœurs de Madeleine ont vendu 2000 enfants.

Philoménia
Ce fut le cas pour Philomena Lee dont l’histoire tragique est racontée dans un film de Stephen Frears. Son enfant agé de trois ans lui avait été retiré pour être vendu à un couple américain. 
Aujourd’hui, Philomena Lee s’interroge sur la découverte de cette fosse commune. «L’Etat pensait peut-être que cette fosse ne serait jamais découverte. Ils voulaient mettre la poussière sous le tapis.» Elle réclame que toute la lumière soit faite sur cette affaire.

Le gouvernement semble très embarrassé. Le ministre à la jeunesse, Charlie Flanagan parle «du souvenir douloureux d’un passé sombre de l’Irlande durant lequel les enfants n’étaient pas chéris comme ils auraient du l’être.» Cette affaire rappelle également celle des blanchisseries des sœurs de Madeleine dont nous avions parlé en février 2013. Lire l’article ici.
 
Là encore, des jeunes mères célibataires étaient placées «à l’abri des regards» dans des couvents, véritables établissements de travail forcé. Dans l’Irlande très pieuse et conservatrice du milieu du 20ème siècle, être enceinte hors mariage était la faute absolue. Elle conduisait souvent à l’expulsion du foyer familial. Les ordres religieux trouvaient alors une main-d’œuvre docile dont ils pouvaient abuser sans vergogne.
 
Comble de l’horreur, les enfants étaient séparés de leur mère et vendus à de riches couples souvent américains.