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Ukraine,  Europe

Les ultranationalistes de Pravy Sektor déstabilisent l'ouest de l'Ukraine

Par Celia Mascré@GeopolisFTV | Publié le 17/07/2015 à 09H17, mis à jour le 17/07/2015 à 10H54

Des militaires ukrainiens recherchent membres Pravy Sektor
Après la rixe entre les forces de l'ordre et les membres du parti ultranationaliste Pravy Sektor, les militaires ukrainiens recherchent activement ces derniers, retranchés dans les montagnes des Carpates. © ALEXANDER ZOBIN / AFP

Le 11 juillet 2015, des militants nationalistes de Pravy Sektor et des représentants des milieux d'affaires de Moukatcheve (ouest de l'Ukraine) se sont affrontés violemment. A coups de lance-roquettes et d'armes automatiques. Bilan: 3 morts et 13 blessés. Qui sont les membres de ce parti armé? A-t-il le soutien de la population? Quelles sont ses relations avec la Russie ?


Moukatcheve est une zone stratégique située à environ 40 km des frontières de la Pologne, la Hongrie, la Slovaquie et la Roumanie. D'où des trafics importants et une mafia des Carpates très présente. Avant la chute du président Viktor Ianoukovitch en février 2014, la région était contrôlée par son parti, le Parti des régions. A l'époque, la stratégie d'implantation du parti, envers lequel la population était plutôt hostile, était de jouer sur les particularismes magyar. Aujourd'hui, deux anciens députés du Parti des régions, Viktor Baloha et Mykhaïlo Lanyo, contrôlent les trafics mafieux.

Pour l'ancien journaliste Moustafa Nayyem, cité par l'AFP, et présent sur les lieux au moment de la rixe, «le business de la contrebande de cigarettes est la seule et unique raison du conflit entre les deux groupes». Officiellement, Pravy Sektor déclare vouloir nettoyer la région des trafics et de la mafia, mais pour l'instant, difficile de savoir quelles sont leurs intentions à l'ouest du pays.

Compte Facebook Dmytro Iaroch

Compte Facebook de Dmytro Iaroch  © Capture d'écran


Un parti anti-russe et méfiant vis-à-vis de l'Europe
Pravy Sector n'a que deux députés au parlement ukrainien, la Rada, contre 10% des sièges pour Svoboda, un autre parti d'extrême-droite. Mais le parti a la particularité d'être armé, et son chef, Dmytro Iaroch, a été nommé conseiller du chef de l'état-major des armées ukrainiennes en avril 2015.

La popularité de ces partis était beaucoup plus élevée durant Maïdan. Mais la plupart de leurs soutien ont rapidement été désillusionnés et choqués par la violence dont ils font preuve. Aujourd'hui, ils tentent de maintenir leur niveau de popularité grâce à des déclarations anti-russes et nationalistes.

Vis-à-vis de l'Union Européenne, Pravy Sektor n'a pas de position extrême, mais se méfie. Dmytro Iaroch, interrogé par un média ukrainien, déclarait en décembre 2014 : «Pravy Sektor s'est prononcé en faveur de la signature de l'association avec l'UE. Mais nous sommes très prudents concernant une adhésion à l'UE. Le monstre bureaucratique de Bruxelles fait tout pour neutraliser l'identité nationale, la famille traditionnelle, et tient une politique antichrétienne. En conséquence, nous avons notre propre vision de la situation, et nous croyons que l'Ukraine devrait être un sujet, pas un objet de la géopolitique. Il est nécessaire de construire un Etat fort et de construire une structure géopolitique autour de l'Ukraine.»

Rixe entre Pravy Sektor et les forces de l'ordre (vidéo amateur)
 
Pravy Sektor, le pivot de l'intervention russe
Dès le départ, la Russie a justifié le rattachement en Crimée par le fait que la population était menacée par des partis comme Svoboda ou Pravy Sektor.

L'opinion publique russe, tout comme le gouvernement, sont vivement opposés à ces partis, et ce pour plusieurs raisons. Premièrement, parce qu'ils ont l'ambition revendiquée d'interdire la langue russe dans les établissements scolaires, d'éradiquer la culture russe ainsi que les traditions issues de l'URSS. C'est sur leur propre initiative que la nouvelle Rada – quelques jours seulement après le renversement de Ianoukovitch – a adopté la loi qui interdit les langues régionales, empêchant ainsi à 50% du peuple ukrainien de parler russe.

Ils ont également envoyé leurs fameuses «forces punitives» en Crimée, suite aux premières manifestations anti-Maïdan début février 2014. Enfin, ils ont insisté sur l'interdiction du Parti des régions qui, depuis la chute de l'URSS, représentait les civils de l'est pro-russe. Pour les Russes, cela constitue une négation de la démocratie. Pire encore, Pravy Sektor remet en question la victoire de l'URSS durant la Seconde guerre mondiale, ainsi que la fête de 9 mai et l’héroïsme des soldats russes et ukrainiens qui pourtant se sont battus ensemble pour libérer le pays. Pravy Sektor désigne la période soviétique comme une période d'«occupation» sous laquelle s'est produit un véritable «génocide». Tous ces éléments ont contribué à bouleverser l'est ukrainien ainsi qu'à alimenter la propagande russe.
 
L'Ukraine, de son côté, qui peut être séduite par des partis d'extrême-droite européens, est profondément repoussée par les déclarations antisémites et xénophobes du parti, qui sont d'une profonde violence.

Les incidents à Moukatcheve mettent en avant l'échec de la politique de Petro Porochenko en Ukraine. Sans réformes efficientes, la corruption reste endémique au sein du pays et empêche tout fonctionnement normal de la vie politique et publique. La situation tendue dans la région de Moukatcheve suscite de vives inquiétudes quant à l'ouverture d'un nouveau front à l'ouest.

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