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«Les usines à bébés» du Nigeria, un drame humain pour de nombreuses familles en Afrique de l'Ouest

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 05/02/2015 à 17H48

Clinique à Enugu au sud Nigeria
Maternité Moonlight d'Enugu, au Nigeria, une des cliniques impliquées dans le trafic des bébés. © Photo Utomi Ekpel/AFP

La décision du juge du tribunal correctionnel de Niamey est tombée le 30 janvier 2014. Il s’est déclaré incompétent dans l’affaire du présumé trafic international de bébés qui défraie la chronique au Niger. Du coup, la justice a abandonné les poursuites engagées contre une vingtaine de personnes, suspectées d’avoir acheté des nourrissons dans «les usines à bébés» qui prolifèrent au Nigeria.

 
Le parquet de Niamey a décidé de faire appel de la décision du juge dans ce procès pour «supposition d’enfants», un délit qui consiste à attribuer la maternité d’un enfant à une femme qui ne l’a pas mis au monde. Le juge a estimé qu’aucune juridiction civile n’a pu se prononcer sur la filiation des bébés en question.

C’est une enquête du journal L’Evénement, un bi-hebdomadaire local qui a révélé ce trafic en juin 2013, provoquant la stupeur dans la région. On y apprend que des femmes nigériennes que nul n’avait jamais vues enceintes sont devenues soudainement des mamans. Elles se seraient procuré des nourrissons dans les «usines à bébés du sud du Nigeria».
 

Salle d'accouchement

Une salle d'accouchement abandonnée dans une clinique d'Enugu après une opération de police © Photo AFP


Le scandale a été d’autant plus retentissant que des femmes de personnalités politiques nigériennes faisaient partie des personnes écrouées. Cinq maris et douze mères, parmi lesquels l'une des épouses de l’ancien président de l’Assemblée nationale et leader de l’opposition nigérienne, Hama Amadou. Inculpé lui-même dans cette affaire, il a aussitôt dénoncé une manœuvre destinée à l’écarter de la scène politique avant de trouver refuge en France.

Des cliniques complices et de faux certificats de naissance
Selon les enquêteurs, cités par l’hebdomadaire Jeune Afrique, le scénario est toujours le même : une femme en mal d’enfant contacte un intermédiaire qui la met en relation avec «une clinique» du sud du Nigeria. Laquelle est en contact avec des maisons où sont retenues des jeunes femmes prêtes à accoucher. La suite: après la délivrance, leurs bébés leur sont enlevés et vendus à des clientes fortunées.

Dès la première rencontre, «la cliente se fait administrer des produits censés faire apparaître les signes de grossesse tels que le gonflement des seins». C’est lors du quatrième séjour qu’on lui remet un nouveau-né ou des jumeaux. Direction ensuite Cotonou au Bénin où une clinique complice établit de faux certificats de naissance. Avec leurs vrais-faux documents en poche, les «nouvelles mamans» reprennent le chemin de Niamey pour faire enregistrer les nourissons au bureau de l’état civil.

Jeune Afrique note que «ces drames humains témoignent de la détermination de ces femmes ou de ces couples à avoir un enfant pour ne plus se sentir stigmatisés, dans un pays où ne pas être parent est encore vécu comme une infamie». La tentation est donc grande d’aller frapper à la porte d’une de ces «fabriques à bébés».
 
Campagne à Enugu

Août 2013. Campagne dans la ville d'Enugu contre le trafic des enfants. © Photo AFP


Les garçons plus chers que les filles...
Depuis 2011, plusieurs maternités illégales ont été découvertes dans le sud du Nigeria. Pas moins de 125 jeunes femmes ont été libérées de ces «fabriques à bébés». En mars 2014, huit jeunes filles enceintes ont été secourues par la police alertée par des habitants, alors qu’elles étaient rassemblées dans une maison du quartier d’Akuté, dans l’Etat d’Ogun. Selon la police, les futures mères attendaient la fin de leur grossesse pour mettre en vente leur enfant pour la somme de 1300 euros. Les acheteurs sont prêts à débourser une somme plus importante pour un petit garçon que pour une petite fille.

Le journal Libération raconte qu’en août 2013, deux «usines à bébés» avaient été découvertes à Enugu. La police avait trouvé dans l’une d’elles 17 adolescentes. «Elles affirmaient être tombées enceintes après avoir été violées par le même homme de 23 ans, qui avait aussitôt été arrêté.»

L’autorisation de gestation pour autrui dans certains pays aurait créé un véritable marché pour ce nouveau type de trafic. Mais pour l’agence nigériane contre le trafic d’êtres humains, c’est surtout le manque d’éducation et la pauvreté qui sont à l’origine de ce trafic.