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Mieux vaut tard que jamais ?

Par Véronique Auger@GeopolisAfrique | Publié le 03/09/2015 à 17H45, mis à jour le 04/09/2015 à 09H29

Bernard Cazeneuve
Bernard Cazeneuve, le ministre de l'intérieur © Avenue de l'Europe, le Mag

La France et les Français sont sur les freins face à l’afflux de réfugiés et de migrants dans l’Union européen. Beaucoup a été dit. Je voudrais ajouter quelques remarques personnelles.


Dès le mois de décembre 2014, nous avions décidé que le premier numéro d’Avenue de l’Europe le mag, porterait sur l’immigration clandestine. Les chiffres publiés par Frontex et la Commission européenne montraient alors, des arrivées en hausse constante de semaine en semaine : +150%, puis +175%, puis +200% en plein hiver. Pas besoin d’être grand clerc pour prévoir qu’elles augmenteraient encore avec les beaux jours.

Nous avions invité Bernard Cazeneuve, le Ministre de l’intérieur, pour évoquer avec lui les solutions.
Réécoutez-le !
 
Nous sommes en mars 2015. Il parle comme s’il n’y avait pas d’urgence. Ni pour Calais, ni pour les centres d’accueil, ni pour le partage du fardeau entre les pays de l’Union européenne.
A sa décharge, il était alors submergé de travail par l’attentat de Charlie Hebdo et la lutte contre le terrorisme. Le gouvernement aurait pu anticiper. Désigner, pourquoi pas, un ministre ou un secrétaire d’état en charge des migrations ? La France pouvait alerter, accélérer la prise de conscience des autres états membres de l’UE. L’Allemagne et la Grande-Bretagne auraient embrayé.
Au lieu de quoi, une fois de plus, nous avons attendu l’apogée de la crise pour agir dans l’urgence. Et quand je dis « agir », il vaudrait mieux écrire « réagir » car pour ce qui est de l’action…. Il a fallu attendre près de 9 mois et la déclaration d’Angela Merkel avant que le président de la République ne convoque ce jeudi une réunion interministérielle spécifique.
 
Autre remarque. Elle concerne les Français. Beaucoup de commentateurs mettent leur rejet des clandestins sur le compte du pouvoir grandissant du Front national. Ils seraient influencés. Un peu facile.  Reportons nous à la fin des années 30. La guerre civile fait rage en Espagne et des milliers de réfugiés fuient. Des milliers d’enfants embarquent pour la Grande-Bretagne accueillis par des bénévoles. 440.000 républicains traversent les Pyrénées et arrivent dans le sud de la France.  
Une grande partie de ces clandestins sont parqués dans des camps de concentration, sanctionnés, humiliés .
Les villageois craignent de les héberger de peur de donner à d’autres l’envie de les rejoindre. Cela ne vous rappelle rien ? La France est considérée comme « le pays des droits de l’Homme », mais les Français sont-ils au courant ?
 
Dernière remarque. Beaucoup se demandent pourquoi tant de familles africaines acceptent de prendre le risque mortel de traverser désert et mer pour, in fine, être rejetées par les Européens. J’ai trouvé un début de réponse en relisant cet été « La ferme africaine » de Karen Blixen.

La Baronne découvre alors les « indigènes » et le peuple d’Afrique. Voici ce qu’elle en dit : « Les noirs ont bien moins que les blancs la notion du danger. Cela m’a souvent laissé rêveuse. Peut-être ont-ils un sens du danger qui nous est inaccessible, peut-être s’étonnent-ils de nos craintes comme des poissons s’étonneraient de la peur de nager ? Cette confiance dans l’existence, cet art de nager, s’ils l’ont à ce degré, pensais-je, ils les tiennent peut-être d’une science que nos premiers parents ont gaspillée et que nous avons oubliée, d’une science que l’Afrique pourrait encore nous enseigner car elle sait que Dieu et le diable ne font qu’un, qu’ils ont la même puissance et même majesté éternelle.»