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Libre-échange avec les Etats-Unis: Rwanda, Tanzanie et Ouganda sous pression

Par Falila Gbadamassi@GeopolisAfrique | Publié le 17/07/2017 à 13H49

Une ouvrière dans usine textile en Ouganda juillet 2003
Une ouvrière, photographiée le 8 juillet 2003, dans une usine ougandaise dont la production bénéficie des avantages commerciaux offerts par l'Africa Growth and Opportunity Act (AGOA).  © MARCO LONGARI / AFP

La plainte des opérateurs économiques américains du secteur des textiles de seconde main risque de mettre fin aux bénéfices commerciaux liés à la loi sur la croissance économique et les opportunités d'Affaires en Afrique (AGOA) dont jouissent l’Ouganda, le Rwanda et la Tanzanie. A l'origine de ce différend commercial, la volonté de ces pays d'interdire l'importation des vêtements d'occasion.


Pas de fripes, pas d'AGOA (African Growth Opportunity Act, ou loi sur la croissance économique et les opportunités d'Affaires en Afrique). Mais l’Ouganda, le Rwanda et la Tanzanie, pour qui une éviction auraient d'importantes conséquences économiques, notamment en termes d'emplois, ne comptent pas se laisser faire, indique The East African.

Ces trois pays membres de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) ont exprimé le 13 juillet 2017, lors d’une audience publique à Washington, leur opposition à une procédure déterminante pour le maintien de leurs avantages commerciaux dans le cadre de l'AGOA, qui couvre trois secteurs (agriculture, textile et artisanat). Entrée en vigueur en 2000, cette loi américaine promeut le commerce et l'investissement en Afrique subsaharienne, grâce notamment à un accès libre de droits de douane au marché américain dont les pays africains bénéficient en se pliant à certaines règles. 

Une entrave aux dispositions de l'AGOA
Le Bureau du représentant américain au Commerce a lancé en juin 2017 une procédure «hors cycle» d'examen de l’éligibilité de l’Ouganda, du Rwanda et de la Tanzanie à l’AGOA. Cette dernière fait suite à une plainte de la Secondary Materials and Recycled Textiles Association (Smart) qui regroupe les acteurs américains du commerce de textiles de seconde main.

L'association américaine estime que la décision des pays membres de l’EAC, qui compte également le Kenya, le Burundi et le Soudan du Sud, d’interdire l’importation de vêtements et de chaussures de seconde main d’ici 2019 contrevient aux engagements pris dans le cadre de l’AGOA, notamment celui d’éliminer les barrières douanières concernant les Etats-Unis. 

Selon Lawrence Bogard, l’avocat de Smart, les membres de l’association devraient enregistrer de lourdes pertes si cette interdiction entrait en vigueur, rapporte The East African. Le juriste américain a également réclamé que l'éligibilité du Kenya soit également examinée. Nairobi, un temps visé, a finalement échappé à la procédure en revenant sur son projet d'interdire l'importation de fripes, communément appelés mitumba. Les autorités américaines ont pris acte des engagements du Kenya mais restent vigilantes quant à leur respect. Pour ce pays, «66.000 emplois liés à l'AGOA» sont en jeu. 

Vendeurs fripes «mitumba» au marché Gikomba Nairobi Kenya

Vendeurs de fripes (appelés «mitumba») au marché de Gikomba, à Nairobi (Kenya), le 10 juillet 2014. C'est le plus grand marché de vêtements de seconde main en Afrique de l'Est.  © SIMON MAINA / AFP


En Afrique de l'Est, les gens ont désormais «les moyens de s'acheter des habits neufs»
Si le Kenya ne veut pas prendre de risque, ce n'est pas le cas du Rwanda de Paul Kagamé. Il a fait savoir en juin 2017 que la menace américaine n’influerait en rien sur la décision de son pays. «Nous sommes mis en situation de devoir choisir: soit d’être le destinataire de textiles de seconde main (…), soit de développer notre industrie textile, ce à quoi les Rwandais ont droit même si c’est au détriment de notre participation à l’AGOA», a déclaré le président Paul Kagamé selon le journal tanzanien The Citizen«Le Rwanda et d'autres pays de la région qui sont partie prenante de l’AGOA, doivent faire d'autres choses, nous devons développer nos industries.»

C'est également dans ce sens qu'a plaidé le 13 juillet 2017 la ministre ougandaise du Commerce, Amelia Kayambadde, qui assure la présidence du Conseil des ministres de l'EAC. «L'Industrialisation est un pilier stratégique de d'intégration» au sein de l'EAC. «Les chefs d'Etat ont décidé que le textile et la fabrication de chaussures sont une priorité», a-t-elle indiqué, rapporte The East African.

Pour la ministre, le développement d'une industrie textile locale compenserait amplement la perte des emplois générés par le secteur du vêtement d'occasion. Amelia Kayambadde a souligné qu'à l'intérieur de la communauté économique «la demande concernait aujourd'hui les habits neufs». Les gens, a-t-elle ajouté, veulent «une nouvelle vie (et) ont les moyens de s'acheter des produits neufs.»

Les pays de l'EAC veulent désormais évelopper l’industrie textile locale tout en préservant les avantagés liés à l'AGOA. «Ces pays misent sur les effets positifs de cette interdiction ainsi que sur des politiques de soutien aux exportations pour revivifier leur industrie textile et tirer profit des nombreuses opportunités commerciales offertes par l’AGOA», explique l'Agence Ecofin

Les exportations du Rwanda, de la Tanzanie et de l'Ouganda vers les Etats-Unis ont atteint 43 millions de dollars américains en 2016 et leurs importations en provenance des Etats-Unis 281 millions. A ce jour, 38 pays africains bénéficient de l’AGOA qui a été renouvelée en 2015 pour une période de 10 ans par l’administration Obama.