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Libye: 36 corps tués par balle découverts dans la région contrôlée par Haftar

Par Alain Chémali avec AFP@GeopolisAfrique | Publié le 31/10/2017 à 11H50, mis à jour le 31/10/2017 à 14H35

L'Armée nationale libyenne dans Benghazi
Les partisans du maréchal Khalifa Haftar, membres de l'Armée nationale libyenne autoproclamée, patrouillent dans Benghazi, le 6 juillet 2017, au lendemain de la «libération totale» de la grande ville de Cyrénaïque tenue par les djihadistes durant trois ans.   © Abdullah DOMA/AFP

Les corps de 36 personnes torturées et exécutées par balles ont été découverts dans la région d’al-Abyar près de Benghazi. Une zone contrôlée par le maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de l’Est libyen, qui a aussitôt annoncé l’ouverture d’une enquête. De son côté, l'émissaire spécial de l’ONU pour la Libye, «consterné» par ces crimes haineux, a appelé à mener leurs auteurs devant la justice.

C’est une véritable tuerie qui a été découverte le 26 octobre 2017 près de Benghazi, dans l’est de la Libye. Une région contrôlée par le maréchal controversé Khalifa Haftar.
 
Les corps de 36 personnes exécutées par balle ont en effet été retrouvés dans la région d’al-Abyar à 70 kilomètres de la deuxième grande ville du pays, a annoncé, trois jours plus tard, un responsable des services de sécurité, cité par l’Agence France Presse.

Des dizaines de corps sur une route déserte
Selon lui, il s’agirait des dépouilles de djihadistes présumés, dont 19 de nationalités étrangères. Une information contredite toutefois par un responsable militaire anonyme, cité par l’agence chinoise Chine.org.
 
«Des habitants d’al-Abyar ont rapporté à la direction générale de la sécurité avoir trouvé des dizaines de corps sur une route dans une zone déserte», a indiqué ce dernier. «Les 36 corps non identifiés, criblés de balles, seraient des citoyens libyens. Ils ont été transportés à l’hôpital pour être examinés par des médecisn légistes afin de déterminer l’heure et les causes de la mort», a encore précisé cette source.
 
Le maréchal Haftar, homme fort de la Cyrénaïque, a aussitôt annoncé l’ouverture d’une enquête pour identifier et arrêter les auteurs de ce «crime», et déterminer si les victimes étaient emprisonnées par ses forces ou pas.
 
Depuis Tripoli, le Gouvernement d’union nationale du rival Fayez Sarraj a, lui aussi, condamné «un crime odieux et un acte horrible» et annoncé à son tour l’ouverture d'une enquête.
 
L'émissaire spécial de l'ONU consterné
Confronté au casse-tête de sortir le pays du chaos politique et militaire, le Représentant spécial du secrétaire général de l’ONU et chef de la Mission de soutien des Nations Unies en Libye s’est montré pour sa part un peu plus précis.
 
Ghassan Salamé a condamné avec la plus grande fermeté les meurtres d’hommes dont les corps ont été trouvés menottés, tués par balles et montrant des blessures compatibles avec la torture.
 
«Je suis consterné par ce crime odieux, a-t-il dit. Je demande une enquête rapide, impartiale et efficace pour traduire les auteurs en justice». «Il y a eu de nombreux cas de cette nature au cours des deux dernières années» demeurés sans responsables, a-t-il tenu à rappeler.
 
Déchirée entre deux autorités se disputant le pouvoir dans le pays : le Gouvernement d’union nationale (GNA) de Sarraj, reconnu par la communauté internationale et l’autorité de l’Armée Nationale Libyenne (ANL), autoproclamée de Haftar, la Libye est loin de l’apaisement.

Le maréchal Haftar dans le collimateur 
Des membres de l’ANL sont accusés d’exécutions sommaires de djihadistes en état d’arrestation lors des combats qui ont opposé les deux camps entre 2014 et 2017.
 
En août 2017, la Cour pénale internationale avait émis un mandat d’arrêt à l’encontre d’un commandant des forces spéciales combattant dans les rangs de l’ANL.
 
Cet officier, Mahmoud al-Werfalli, est accusé d’être impliqué dans au moins sept incidents en 2016 et 2017, au cours desquels il aurait lui-même tiré sur des civils ou des combattants blessés, ou ordonné leur exécution.
 
La révélation de ce nouveau carnage n’est pas de nature à simplifier la tâche de Ghassan Salamé. Elle pourrait même handicaper considérablement son calendrier.
 
Nommé en juin 2017 pour trouver une sortie de crise, l’ancien ministre libanais souhaite amender l’accord de Skhirat (au Maroc) pour impliquer tous les groupes marginalisés, y compris les kadhafistes, dans un règlement, et organiser des élections législatives et présidentielles au plus tard en juillet 2018.