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Libye: al-Sarraj veut récupérer l’argent prêté par Kadhafi à des pays africains

Par Alain Chemali@GeopolisAfrique | Publié le 03/05/2018 à 18H01

Le Premier minsitre libyen Fayez al-Sarraj
Le chef du gouvernement libyen d'union nationale, Fayez al-Sarraj, en visite au siège de la commisssion électorale à Tripoli après l'attentat kamikaze revendiqué par l'organisation de l'Etat islamique le 2 mai 2018, qui a fait 12 morts et 7 blessés.  © MAHMUD TURKIA/AFP

En proie à des difficultés économiques et une situation politique chaotique, le gouvernement libyen, dirigé par Fayez al-Saraj depuis Tripoli, pense tenir une solution à ses problèmes. Il a engagé des procédures judiciaires pour tenter de récupérer quelque 67 milliards de dollars prêtés par feu le colonel Kadhafi à plusieurs pays africains. Une opération qui s’annonce pour le moins hasardeuse.


Alors que le pays est toujours à la recherche d’une sortie de crise, le gouvernement libyen dit d’union nationale dirigé par Fayez al-Saraj a révélé être engagé dans une opération de renflouement des caisses de la Banque centrale demeurée loyale à son pouvoir.

Tripoli bat le rappel de ses créditeurs africains 
Avec une production de pétrole qui vient tout juste d’atteindre le niveau de l’exportation, la Libye est confrontée à de grosses difficultés économiques qui ont poussé le pouvoir de transition installé à Tripoli à battre le rappel de ses débiteurs.
 
Dans un entretien accordé le 2 mai 2018 à Radio France International, le ministre des Affaires étrangères du gouvernement al-Sarraj a confirmé que des procédures judiciaires ont été engagées en direction de plusieurs pays africains, dont le Sénégal et le Burkina Faso, pour récupérer des sommes prêtées par le régime de Mouammar Kadhafi.
 
«Depuis 2011, les ressources libyennes se sont réduites… L’année dernière, nous produisions seulement 500.000 barils et une partie de la production est absorbée par la consommation intérieure. La quantité exportée ne répondait pas aux besoins financiers de la Libye», a indiqué Mohamad Taher Siala pour expliquer la démarche.

La trésorerie libyenne prête à «délaisser une partie des intérêts» 
Selon lui, «les dates de recouvrement de ces prêts  d’un montant de quelque 67 milliards de dollars  accordés à plusieurs pays africains sont dépassées. Il est du droit de la trésorerie publique de réclamer ses dettes et de poursuivre l’affaire.»
 
Précisant que ces sommes, qui concernent également des pays comme l’Afrique du Sud, la Tanzanie, la Zambie, la Côte d’Ivoire, le Niger ou l’Ouganda, sont gérés par des accords qui engagent les deux parties, le ministre rappelle que les pays empruntant sont dans l’obligation de rembourser.
 
«La trésorerie libyenne est prête à réviser l’échelonnement des remboursements, elle pourrait délaisser une partie des intérêts de ces dettes, elle pourra décaler les délais des remboursements, dit-il pour atténuer l’effet bombe à retardement d’une telle annonce, mais enfin, il s’agit des prêts, c’est l’argent public. Cet argent est celui du peuple libyen», insiste-t-il.

Faire pression sur les pays de l'Union africaine 
Certes, la récupération de ces fonds constituerait une bouffée d'oxygène pour le gouvernement al-Sarraj, mais le véritable enjeu serait ailleurs. Selon des analystes cités par RFI, il s'agirait de faire pression sur les pays de l'Union africaine dans la perspective du dialogue inter-libyen.

Un dialogue difficile entre le pouvoir du Maréchal Haftar, l'homme fort de l'est du pays et celui d'al-Saraj à Tripoli, qui bénéficie du soutien de l'Algérie. Et cette dernière, qui pilote avec Smaïl Chergui la commission Paix et sécurité, a une influence considérable sur l'Union africaine.
 
Pour l'heure, Tripoli s’appuie dans cette procédure sur les documents de plusieurs banques libyennes provenant des archives de l’ancien guide qui n’ont pas toutes brûlé. Mais de nombreuses questions restent en suspens quant aux réactions des capitales africaines concernées, rendant l'opération hasardeuse.
 
«Un président aujourd'hui est-il responsable de l'endettement réalisé dans les années 1990 et début 2000? Autre question: qui dit que cet argent récupéré par Tripoli ne tombera pas entre les mains des milices?», s’interroge la radio française qui a révélé l’affaire.