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Libye: Daech profite du chaos pour renaître de ses cendres

Par Alain Chémali avec AFP@GeopolisAfrique | Publié le 30/05/2017 à 12H53, mis à jour le 07/06/2017 à 15H12

Funérailles coptes à cathédrale
Obsèques des coptes égyptiens tués dans une attaque de djihadistes de Daech venus de Libye, à la Cathédrale d'Abou Garnous, dans la province de Minya, le 26 mai 2017.  © MOHAMED EL-SHAHED/AFP

Entre l’attentat-suicide dans la ville britannique de Manchester et le massacre de coptes dans la province égyptienne de Minya, revendiqués tous les deux par le groupe Etat islamique, un point commun: la piste libyenne. Le kamikaze, né à Manchester, était issu d’une famille originaire de Tripoli et les auteurs de l’attaque contre les coptes auraient été entraînés en Libye.


Quelques heures seulement après l’attaque d’un bus transportant des coptes, la minorité chrétienne d’Egypte, se rendant en pèlerinage au monastère Saint Emmanuel en plein désert, les autorités égyptiennes ont procédé à des représailles.
 
L'Egypte se réserve le droit de frapper les terroristes partout
L’aviation égyptienne a effectué depuis le 26 mai 2017 plusieurs raids dans la région de Derna sur la côte libyenne. Appuyées par l’aviation loyale au maréchal Haftar, l’homme fort de l’est de la Libye et allié du Caire, ces frappes ont visé des dépôts d’armes et des camps d’entraînement de Daech par lesquels seraient passés les assaillants, selon l’état-major égyptien.
 
«Il y a suffisamment d’informations et de preuves sur l’entraînement dans ces camps des éléments impliqués dans l’attaque», a confirmé de son côté le chef de la diplomatie égyptienne, Sameh Choukri, à son homologue américain Rex Tillerson.
 
Après l’assaut qui a fait 29 morts – dont de nombreux enfants – et 25 blessés, le président Abdel Fattah al-Sissi, déjà aux prises avec les combattants de l’EI dans le Sinaï s’est emporté. «L’Egypte n’hésitera pas à frapper les camps d’entraînement terroristes partout, sur son sol comme à l’étranger», a-t-il prévenu. Des frappes qui semblent convenir au secrétaire général de la Ligue des Etats arabes, mais qui n'a pas l'approbation de l'Algérie.
 
Ce n’est pas la première fois en tous cas que l’aviation égyptienne intervient sur le territoire libyen contre Daech qui s'y est installé après la chute de Kadhafi.

Le groupe Etat islamique a fait son apparition en Libye dès octobre 2014, quand la milice Ansar al-Charia (les défenseurs de la loi islamique) aujourd'hui autodissoute et le Conseil consultatif de la jeunesse islamique de Derna ont déclaré la ville «émirat islamique» et annoncé leur allégeance à l’EI et son chef.

Fin 2015, avec l'avancée de la coalition internationale sur Mossoul et celle des Forces démocratiques syriennes et kurdes sur Raqqa, de nombreux hauts responsables du groupe ont établi en Libye leur base de repli.

La piste libyenne derrière l'attentat kamikaze de Manchester 
Déjà le 16 février 2015, des avions de combats égyptiens avaient bombardé la ville de Derna, en représailles au massacre de 21 coptes, enlevés un mois auparavant dans la ville libyenne de Syrte.
 
La piste libyenne de l’EI  se retrouve également derrière l’attentat-suicide de Manchester qui a fait 22 morts dont 7 mineurs. Revendiqué par l’EI, l’attentat commis à la sortie d’un concert de la chanteuse américaine Ariana Grande a été mené par Salaman Abedi, un Britannique de 22 ans d’origine libyenne.
 
Une source proche de la famille a indiqué à l’AFP qu’Abedi se trouvait en Libye quatre jours avant l’attentat. Il y aurait passé trois semaines pour y suivre une «formation» avant de rentrer en Angleterre.
 
En route vers l’Europe, il a, selon un haut responsable turc, transité par l’aéroport Atatürk d’Istanbul, un des rares aéroports de la région desservis par des vols directs depuis la Libye, et la police allemande a signalé qu’il avait fait escale à Düsseldorf à ce moment-là.
 
Son père, Ramadan Abedi, ancien opposant à Kadhafi, et son frère, Hachem, vivaient à Tripoli, où ils ont été arrêtés deux jours après le carnage. Selon les services secrets britanniques, tous les deux avaient des liens et des antécédents dans «la galaxie djihadistes, en Libye comme en Grande Bretagne».

Daech renaît de ses cendres dans le chaos libyen 
Au terme d’une bataille de six mois contre la ville de Syrte, le sanctuaire de Daech en Libye, les forces assaillantes ralliées à l’autorité du gouvernement d’Union nationale de Faïez Sarraj avaient proclamé leur victoire et la fin de l’organisation Etat islamique.
 
La résurgence des djihadistes de la mouvance libyenne à Manchester et en Egypte attestent aujourd’hui qu’il s’agissait d’une victoire mirage et que la nébuleuse continue de profiter du chaos pour renaître sans cesse de ses cendres.