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Libye: Erdogan accusé de saboter le plan de l’ONU en soutenant les djihadistes

Par Alain Chemali@GeopolisAfrique | Publié le 13/02/2018 à 16H22

Gardes-côtes grecs
Les forces spéciales des gardes-côtes grecs à bord du «Haddad 1», au port d'Heraklion en Crète. Le bateau a été arraisonné le 2 septembre 2015, alors qu'il voguait vers la Libye avec une cargaison d'armes turques non déclarées.  © REUTERS/Stefanos Rapanis

Réunis en congrès au Caire pour élaborer une stratégie anti-terroriste, les présidents des parlements arabes ont dénoncé les ingérences de l’Iran et de la Turquie dans leurs pays. Ils ont condamné Ankara pour ses nuisances en Egypte et en Libye, notamment après l’arraisonnement d’un navire transportant des tonnes d’explosifs chargées en Turquie, à destination des djihadistes de Misrata.


Bouc-émissaire désigné pour une introuvable sortie de crise en Libye ou véritable trublion déterminé à intervenir sur la scène africaine, le président turc Recep Tayyip Erdogan est pointé du doigt par les pays arabes.

L'ingérence de l'Iran et la Turquie dans les affaires arabes
Le 3e congrès des présidents de parlements arabes, consacré à l’élaboration d’une stratégie dite «Ensemble contre le terrorisme»,  qui s’est tenu les 10 et 11 février au Caire, s’est conclu par une dénonciation des ingérences de l’Iran, certes, mais aussi de la Turquie dans les affaires arabes.
 
«En dépit des relations historiques arabo-turques, et de relations de bon voisinage et de coopération, les parlements et conseils arabes et leurs présidents ne peuvent que condamner l’ingérence turque dans certaines régions de la nation arabe, notamment en Egypte et en Libye», précisent les responsables parlementaires dans leur communiqué.
 
Le Qatar et le Soudan, proches des Frères musulmans dont le président Erdogan est un ardent défenseur et soutien, se sont, eux, démarqués de ces accusations qui interviennent quelques jours après la révélation du «scandale» de l’Andromeda, tel que l'a qualifié le site al-Yom al-sabee. Du nom du navire battant pavillon tanzanien, arraisonné le 6 janvier 2018 par les garde-côtes grecs au large de l’île de Crète avec un chargement d’explosifs à destination de la ville côtière de Misrata en Libye, malgré l’embargo sur l’armement imposé à ce pays par la résolution 2292 du Conseil de sécurité de l’ONU.

Le cargo transformé en bombe à retardement 
A bord du cargo, 29 conteneurs renfermant quelque 410 tonnes de nitrate d’ammonium et de détonateurs qui faisait de ce navire «une véritable bombe à retardement… une menace pour l’écosystème marin», selon les gardes-côtes.
 
Pour le contre-amiral de la marine grecque, cité par l’agence Reuters, le matériel trouvé à bord «aurait pu servir dans des carrières, mais aussi à la fabrication de bombes et à commettre des actes de terrorisme».
 
D’après le manifeste du navire, il avait pris sa cargaison en Turquie dans les ports de Mersin et d’Iskenderun et devait se rendre à l’origine à Djibouti et à Oman. Mais, selon les gardes-côtes grecs, le capitaine a ensuite reçu l’ordre de mettre le cap sur Misrata en Libye et d’y décharger toute la cargaison. Les huit membres de l’équipage ont été arrêtés.

Une semaine plus tard, le porte-parole de l’Armée nationale libyenne (ANL) du Maréchal Khalifa Haftar, basée dans l’est du pays, accusait la Turquie de soutenir le terrorisme en Libye.
 
«La Turquie soutenait déjà le terrorisme dans notre pays avant même le début de la guerre contre le terrorisme il y a plus de trois ans», a déclaré Ahmad al-Mismari, affirmant que «ce navire était destiné aux Frères musulmans et à Al-Qaïda, et non à la ville de Misrata».

Les Frères musulmans veulent engendrer le chaos 
«Après le soutien de l'armée (nationale libyenne) à la tenue des prochaines élections, les Frères musulmans sont certains de perdre ces élections, et c'est pourquoi ils se tournent maintenant vers les armes et explosifs pour engendrer le chaos», a encore ajouté al-Mismari lors d’une conférence de presse à Benghazi.

Ce n'est pas la première fois qu'une telle activité parallèle d'Ankara est dénoncée. En septembre 2015, un journaliste turc cité par l'agence russe Sputnik faisait état de livraison d'armes aux Frères musulmans, via Misrata, limitrophe de la ville de Syrte contrôlée par les djihadistes.
 
Une accusation claire contre Ankara de chercher à saboter le plan que le représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU pour la Libye, Ghassan Salamé, tente de mettre en œuvre.
 
Dans une première réaction sur son compte twitter, ce dernier avait estimé que la Libye avait besoin sécurité et de paix et non de détonateurs et d’explosifs.


«Elle a assez avec ce qu’elle a. La décision internationale d’interdire l’exportation d’armes est claire et franche et une commission d’experts va faire son travail de manière professionnelle et impartiale pour établir la vérité de l’Andromeda et autres», a-t-il écrit dans son tweet.
 
Le 30 janvier 2018, Ghassan Salamé était reçu par le président Erdogan à Ankara pour évoquer la situation en Libye. La rencontre s’est déroulée à huis-clos, sans plus d’information.