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Libye: Ghassan Salamé, un miraculé nommé envoyé spécial de l’ONU

Par Alain Chemali@GeopolisAfrique | Publié le 22/06/2017 à 11H11

Ghassan Salamé Kofi Annan
Image d'archives du nouvel émissaire spécial des Nations Unies en Libye, Ghassan Salamé (au centre à G), aux côtés de l'ancien secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, lors d'une rencontre avec le chef des forces armées birmanes, le général Min Aung Hlaing, le 6 décembre 2016. © ADVISORY COMMISSION ON RAKHINE STATE/AFP

Le Conseil de sécurité de l'ONU a donné son feu vert à la nomination de Ghassan Salamé comme émissaire spécial de l’ONU en Libye. Une mission à haut risque pour cet universitaire et ancien ministre de la Culture libanais rodé aux rouages onusiens et aux roueries de la diplomatie. Il a pour lui d'avoir survécu à un attentat à Bagdad qui a coûté la vie à celui qui occupait le même poste en Irak.


C’est un véritable miraculé que le Conseil de sécurité des Nations Unies a nommé, le 21 juin 2017, émissaire spécial de l’ONU en Libye, pour succéder à l’Allemand Martin Kobler à ce poste depuis novembre 2015.

Une mission dangereuse dans un pays en plein chaos 
A 66 ans, le Libanais Ghassan Salamé hérite d’une mission dangereuse dans un pays en plein chaos, mais qui ne devrait pas trop l’impressionner. Il a pour lui d’avoir échappé le 19 août 2003 à un attentat qui avait fait trembler le sol de la capitale irakienne.
 
Ce jour-là, un camion-suicide bourré d’explosifs fonce contre l’hôtel Canal, transformé en siège des Nations Unies à Bagdad. L’explosion, qui a dévasté le bâtiment, s’est produite sous les fenêtres de l’envoyé spécial de l’ONU en Irak, le diplomate brésilien Siergio Vieira de Mello, qui y laissera la vie ainsi que 21 autres personnes.
 
Ghassan Salamé, son conseiller politique à l’époque, s’en est tiré miraculeusement. Il témoignera à Libération«Son bureau se trouvait au deuxième étage de l'immeuble, mais sous l'impact de l'explosion, il s'est retrouvé au rez-de-chaussée avec une barre en béton sur les jambes qui l'immobilisait totalement. Je suis monté au deuxième étage et je l'ai vu en bas immobilisé. Je lui ai crié: "Sergio, Sergio". Il m'a répondu "Ghassan".» Mais Sergio Vieira de Mello succombera très peu de temps après, vidé de son sang par les jambes.

Une longue expérience des casse-tête diplomatiques internationaux 
Une rude épreuve pour cet universitaire libanais, docteur en lettres et sciences politiques, et ministre de la Culture dans le gouvernement de Rafic Hariri de 2000 à 2003, dans un Liban encore officiellement sous tutelle syrienne.
 
Il avait été recruté en juin 2003 comme conseiller spécial de Kofi Annan, alors secrétaire général de l’ONU, avant de devenir celui de l’émissaire De Mello en Irak.
 
Issu de la communauté grecque-catholique du Liban, il est connu pour avoir participé en 1989 à la rédaction des accords de Taëf qui ont mis fin à la guerre civile libanaise, et pour avoir fait partie de la délégation libanaise à la conférence de Madrid sur le Proche-Orient.
 
Il est directeur depuis 2010 de l’Ecole des affaires internationales de Sciences-Po Paris, où il enseigne également.
 
En soutenant sa nomination en Libye, le secrétaire général Antonio Guterres le remet face à un des principaux casse-tête planétaires. Il montre également la confiance qu’il met dans ce vieux routier des chausse-trappes de la diplomatie mondiale.