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Libye: l'Algérie tente de maintenir les initiatives de la France à distance

Par Alain Chemali@GeopolisAfrique | Publié le 22/06/2018 à 09H43, mis à jour le 22/06/2018 à 09H43

Abdelkader Messahel Jean-Yves Le Drian
Le chef de la diplomatie algérienne, Abdelkader Messahel (G), accueilli par son homologue français, Jean-Yves Le Drian, au Quai d'Orsay à Paris, le 9 avril 2018. © JACQUES DEMARTHON/AFP

Dix jours après avoir reçu à Alger l’envoyé spécial de la France pour la Libye, le chef de la diplomatie algérienne a expliqué au Forum d’Oslo «les conditions au retour de la paix» dans ce pays. Tout en réaffirmant son soutien à la feuille de route de l’ONU, Abdelkader Messahel a prôné une solution inter libyenne et «une démultiplication des initiatives qui ne font que compliquer la situation».


Invité à la seizième édition du Forum d’Oslo consacré à la situation en Libye, le chef de la diplomatie algérienne a exposé le 19 juin 2018 la position d’Alger sur les initiatives destinées à sortir ce pays du chaos dans lequel il est plongé depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi.

Alger veut «démultiplier» les initiatives sur la Libye 
Au cours de cette rencontre informelle, réunissant dans la capitale norvégienne des médiateurs internationaux et de hauts responsables politiques sur des processus de paix en cours, Abdelkader Messahel a rappelé «l’attachement de l’Algérie à la stabilité de la région et de la Libye ainsi que ses efforts en vue de soutenir le processus politique de règlement mené par les Nations Unies et d’accompagner les acteurs libyens dans la recherche d’une solution politique fondée sur le dialogue et la réconciliation».
 
Toutefois, en parallèle à cette reconnaissance de la feuille de route de l’ONU exprimée en présence de Ghassan Salamé, le représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies pour la Libye, Messahel a expliqué «les conditions au retour de la paix» en Libye pour Alger, selon la formule du site officiel russe Sputnik.
 
Pour lui, le succès du processus de règlement du conflit en Libye «est largement tributaire des impératifs d’appropriation par les acteurs libyens et de la démultiplication des initiatives qui ne font que compliquer davantage la situation dans le pays», a-t-il dit.
 
En insistant sur la nécessité d’un calendrier unique et une solution politique fondée sur le dialogue et la réconciliation, Alger prône ouvertement une sortie de crise inter libyenne et repousse diplomatiquement toute ingérence extérieure dans ce dossier.
 
Paris maintient sa concertation avec Alger 
Ces déclarations du chef de la diplomatie algérienne interviennent en effet une semaine après la visite à Alger de l’envoyé spécial français pour la Libye Frédéric Desagneaux, destinée à «poursuivre l’étroite concertation de confiance que la France et l’Algérie entretiennent sur le dossier».
 
A l’issue de son entretien avec Messahel, le 12 juin, le diplomate français avait indiqué avoir pu échanger avec lui «les analyses de la situation en Libye au lendemain de la conférence de Paris du 29 mai qui a abouti à des résultats très positifs salués par les autorités algériennes».
 

Conférence Paris sur Libye

Les dirigeants libyens réunis par le président français, Emmanuel Macron, pour une conférence internationale sur le Libye, le 29 mai 2018 à Paris, écoutent l'accord verbal conclu entre les parties pour l'organisation d'élections démocratiques d'ici la fin de l'année. © Etienne LAURENT/POOL/AFP


A l’initiative du président français Emmanuel Macron, la conférence de Paris, deuxième du genre après la rencontre Haftar-Sarraj de la Celle-Saint-Cloud le 25 juillet 2017, avait permis de faire prendre aux principaux dirigeants libyens l’engagement devant la communauté internationale de s'acheminer d'ici la fin de l'année vers de nouvelles élections.
 
Lors de son déplacement dans la capitale algérienne, Frédéric Desagneaux a estimé que les résultats auxquels a abouti la conférence de Paris «doivent être concrétisés».
 
Un processus plus long et laborieux que prévu
«C'est tout l'enjeu du travail diplomatique, politique qui reste à faire avec les principaux acteurs libyens, avec l'ensemble des partenaires internationaux intéressés concernés par la crise libyenne, en premier chef nos deux pays», avait-il précisé.
 
En diplomate chevronné, il avait pris soin d’indiquer qu’il s’agissait d’un processus «qui va se poursuivre, car nous avons beaucoup de travail pour mettre en œuvre les engagements qui ont été pris à la même conférence».
 
Les déclarations d’Abdelkader Messahel au Forum d'Oslo laissent penser que le processus sera peut-être encore plus long et plus laborieux que prévu.