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Libye: le maréchal Haftar lâche l’accord de Skhirat et lorgne vers la présidence

Par Alain Chemali@GeopolisAfrique | Publié le 18/12/2017 à 16H48

Khalifa Haftar
Le maréchal libyen, Khalifa Haftar, lors d'un point de presse à l'issue de sa rencontre avec le Président tunisien Essebsi, au Palais de Carthage, le 18 septembre 2017. © HO/Tunisian Presidency/AFP

La Libye va-t-elle repartir à la dérive ? L’homme fort de l’Est, le maréchal Khalifa Haftar, vient de faire le constat d’expiration de l’accord politique de Skhirat. Un accord signé sous l’égide de l’ONU qui maintenait, contre vents et marées, le pays à flots. Le Conseil de sécurité avait pourtant prévenu en amont que la formule de Skhirat demeurait le seul cadre viable pour mettre fin au chaos.

Dimanche 17 décembre 2017, le Maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l'Est de la Libye, a célébré à sa manière, le deuxième anniversaire de l’accord signé à Skhirat au Maroc, sous l’égide de l’ONU, pour sortir le pays du chaos.

Le gouvernement d'union nationale en ligne de mire 
Dans un discours télévisé prononcé depuis Benghazi, libérée des mains de l’Etat islamique par ses forces, il a annoncé la fin de cet accord qui prévoyait la formation du Gouvernement d’union nationale (GNA), pour un mandat d’un an renouvelable une seule fois.
 
Qualifiant cette journée de «tournant historique et dangereux» avec «l’expiration de l’accord politique libyen», il a affirmé : «Tous les corps issus de cet accord perdent automatiquement leur légitimité, contestée déjà dès le premier jour de leur prise de fonction».
 
En ligne de mire, le mandat du GNA, basé à Tripoli et dirigé par Fayez al-Sarraj. Sa mission expirait effectivement, en théorie, le 17 décembre, même s’il n’a jamais pu obtenir la confiance du Parlement élu, basé dans l’Est et soutien au pouvoir du maréchal ainsi qu’un gouvernement parallèle.
 
Ignorant le rappel par le Conseil de sécurité de l’ONU, trois jours auparavant, que l’accord de Skhirat demeurait «le seul cadre viable pour mettre fin à la crise politique en Libye», il a décidé de prendre ses distances avec la communauté internationale et la mission de l’ONU en Libye.
 
«Toutes les discussions qui commencent à Ghadamès et qui finissent à Tunis et qui passent par Genève et Skhirat n’ont été que de l’encre sur le papier», a-t-il dit.

Haftar ébauche sa candidature à l'élection présidentielle 
«Nous annonçons sans équivoque notre obéissance totale aux ordres du peuple libyen libre, qui est son propre gardien et le maître de sa terre», a-t-il conclu. Une manière, selon l'agence Reuters, de laisser entrevoir sa candidature à l’élection présidentielle que souhaite organiser en 2018 Ghassan Salamé, l’émissaire spécial de l’ONU en Libye.
 
Le jour même, ce dernier affirmait que les Libyens en avaient «marre de la violence» et «considéraient le processus politique comme la seule voie de la stabilité et l’unité de leur pays».
 
«J’exhorte ainsi toutes les parties à écouter leurs voix et à s’abstenir de toute action qui pourrait menacer le processus politique», a encore ajouté Ghassan Salamé.
 
Par ailleurs, à l’issue d’une réunion tripartite le 17 décembre à Tunis les ministres des affaires étrangères tunisien, Khemaies Jhinaoui, algérien, Abdelkader Messahel et égyptien, Sameh Choukri, ont également «renouvelé leur soutien à l’accord politique (de Skhirat) comme cadre de la solution politique en Libye».

Enlèvement et assassinat du maire de Misrata 
Avec l’expiration de l’accord de Skhirat, tous craignent, à juste titre sans doute, de voir les violences reprendre de plus belle.

Dimanche soir, le maire de Misrata, troisième grande ville du pays située à 200 km à l’est de Tripoli et considérée jusque là comme une des plus sûre, a été enlevé et tué par des inconnus.
 
De retour d’un voyage officiel en Turquie, en compagnie d’autres élus du conseil municipal, Mohamed Eshtewi a été suivi et enlevé à sa sortie de l’aéroport de la ville. Son corps, abandonné dans la rue, a été retrouvé criblé de balles.