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Libye: les ennuis judiciaires de Sarkozy suscitent d'âpres réactions en Afrique

Par Falila Gbadamassi@GeopolisAfrique | Publié le 23/03/2018 à 12H33, mis à jour le 23/03/2018 à 12H45

Nicolas Sarkozy à Paris 10 juin 2015
Nicolas Sarkozy à Paris, le 10 juin 2015

© Francois PAULETTO / CrowdSpark

La garde à vue, puis la mise en examen de Nicolas Sarkozy dans le cadre de l'enquête sur les soupçons de financement libyen de sa campagne en 2007 ont bien évidemment fait le tour de la presse africaine. L'information a suscité des analyses et des commentaires souvent cinglants sur un continent où beaucoup estiment que Nicolas Sarkozy est responsable de la mort de Mouammar Khadafi.


Dans la multitude de réactions après l'annonce de la garde à vue de l'ancien président Nicolas Sarkozy dans l'affaire du financement libyen de sa campagne de 2007, c'est certainement l'une des plus cinglantes.


«Et dire qu’on l’attendait à Pâques pour aller à Assinie! Il leur manquera», a twitté l'un des leaders de l'opposition ivoirienne, Mamadou Coulibaly. Ancien dignitaire du régime de Laurent Gbabgo et actuellement à la tête du parti Liberté et Démocratie pour la République (Lider). Le tweet semble faire allusion à la présence de Nicolas Sarkozy en janvier 2014 à Assinie, cité balnéaire très prisée par les CSP+, où il était invité par le couple Ouattara. La visite est évoquée par certains médias ivoiriens et dans le livre de Patrice Machuret, Sa vie après l'Elysée.

Les proches de Laurent Gbagbo ont toujours estimé que les liens qui unissaient Alassane Ouattara, l'actuel président ivoirien, à Nicolas Sarkozy ont influencé l'issue de la crise post-électorale de 2011. A savoir, la chute du régime Gbagbo et la victoire du camp Ouattara. Le journal d'investigation Mediapart, en première ligne dans l'affaire du financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy, a d'ailleurs révélé en octobre 2017 les irrégularités autour de la saisine de la Cour pénale internationale dans le dossier ivoirien en 2011.

AFP - Mise en ligne le 17/12/2010


Plus accusateur, le journal burkinabè Le Pays, qui a consacré plusieurs articles à l'informationparaphrase dans l'un d'eux les propos de l'ancien président qui restent encore en travers de la gorge de tout un continent: «Si "l’Homme africain n’est pas suffisamment entré dans l’Histoire", Sarkozy en sort par la petite porte».

Le quotidien poursuit en reprenant une idée largement répandue dans les opinions publiques africaines: «B
eaucoup voient dans le déclenchement de la guerre en Libye, un prétexte pour Sarkozy pour se débarrasser d’un Mouammar Kadhafi imprévisible et incontrôlable. (...) Et pour de nombreux observateurs, la main de Sarkozy n’est pas étrangère à la mort de l’ex-homme fort de Tripoli. Et Le Pays de conclure, faisant fi de la présomption d'innocence: «Pourtant, il ne semble pas faire l’ombre d’un doute que l’homme politique français avait largement profité des pétrodollars du chef bédouin, pour s’ouvrir les portes de l’Elysée.»

Les démêlés judiciaires de Nicolas Sarkozy inspirent également des commentaires et analyses aux envolées plus ésotériques. Nombreux sont ceux qui évoquent tout simplement le fantôme de Mouammar Khadafi en quête de revanche. 


Dans les colonnes du quotidien Liberté, le caricaturiste algérien Dilem résume, lui, avec sa truculence habituelle, les déboires judiciaires de l'ancien président en une devinette à la manière de Julien Lepers, l'ancien animateur de l'émission Questions pour un champion diffusée par France3. «Ancien président français; marié à une top model; ma campagne éléctorale a été financée par Kadhafi; je suis, je suis, je suis?»

Capture écran caricature Dilem dans journal algérien Liberté

La caricature d'Ali Dilem publiée dans les colonnes du journal algérien «Liberté».  ©