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Libye: pour le médiateur de l'ONU Ghassan Salamé, «le temps joue contre l'unité»

Par Alain Chemali@GeopolisAfrique | Publié le 25/09/2017 à 17H30

Ghassan Salame
L'envoyé spécial de l'ONU pour la Libye, Ghassan Salamé, lors d'une conférence de presse conjointe avec le chef de la diplomatie italienne, Angelino Alfano, le 8 août 2017, à Rome. 

© Riccardo de Luca/Anadolu Agency

A la recherche de soutiens pour mettre en œuvre son «plan d’action» pour la Libye, le chef de la mission de l’ONU a adressé une mise en garde collective. «Le temps ne travaille pas en faveur d’une Libye unifiée», a déclaré Ghassan Salamé au site The National. Jugeant le statu quo intenable, il craint que le pays ne devienne un sanctuaire pour les groupes extrémistes fuyant l’Irak et la Syrie.


Chargé en juin dernier par l’ONU de plancher sur un règlement de la crise libyenne, l’ancien ministre libanais Ghassan Salamé tente de donner un coup d’accélérateur au «plan d’action» qu’il a présenté le 20 septembre à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies.

Un plan de sortie de crise en deux temps 
«Le temps ne travaille pas pour vous si vous voulez une Libye unifiée», a-t-il déclaré à deux journalistes du site The National. «Les combats pour la vie quotidienne des Libyens et la fragmentation des institutions ont créé la peur», a-t-il ajouté, précisant que la fragmentation consiste à «avoir maintenant des clones de chaque institution à l’est et à l’ouest, comme la Banque centrale, l’Agence libyenne d’investissement et tout le reste.»
 
Ghassan Salamé qui vient d’effectuer une tournée d’un mois dans le pays, visitant les universités, rencontrant les étudiants, les responsables politiques et les dirigeants des différentes factions dans chaque ville où il s’est rendu, a établi un plan de sortie de crise en deux temps.
 
Dans un premier temps, il propose d’amender l’accord de Skhirat, signé en décembre 2015 pour sceller la réconciliation, et engager la transition. Un accord qu’il juge «inadéquat dans sa forme actuelle». Une réunion pourrait même se tenir bientôt à sa demande, à Tunis, pour amorcer les discussions.
 
Parmi les amendements figurent notamment une réduction de 9 à 3 personnes du Conseil présidentiel, tenu par le dirigeant de l’ouest, Fayez Sarraj, installé à Tripoli, la création d’un poste de Premier ministre et la réorganisation du commandement de l’armée convoité par l’homme fort de l’est, le maréchal Haftar, établi à Benghazi.

Extrait de l'interview de Ghassan Salamé, chef de mission de l'ONU pour la Libye, avec les journalistes de The National, publiée le 24 septembre 2017.

Dans un second temps, le chef de la mission de l’ONU pour la Libye prévoit une Conférence de réconciliation nationale, sous les auspices de l’ONU, réunissant toutes les parties pour plancher sur la Constitution, les réformes institutionnelles, les structures de pouvoir du gouvernement et la tenue d’élections.
 
La colère des Libyens pauvres dans un pays riche
Pour Ghassan Salamé,  «il faut un gouvernement qui dispense santé et éducation», et il faut avancer car «les Libyens sont très en colère du fait qu’ils sont pauvres dans un pays riche», a-t-il déclaré à The National.
 
Une situation qu'il décrit comme «très surréaliste, dans un pays qui d’une part produit un million de barils de pétrole par jour et de l’autre a une population qui vit dans des conditions économiques terribles», a-t-il encore souligné.
 
Par ailleurs, dans un entretien accordé à la chaîne France 24, l’émissaire onusien s’est montré très clair sur le processus politique. «Les élections parlementaires et présidentielle qui sont le point d’arrivée de ce processus doivent être ouvertes à tout le monde», a-t-il dit.
 
«Je veux que l’accord politique ne soit pas la propriété privée de tel ou tel. Ca peut inclure Saïf el-Islam (le fils de feu le colonel Kadhafi), ça peut inclure les partisans de l’ancien régime que je reçois ouvertement dans mon bureau», a-t-il précisé.
 
Interrogé toutefois sur la participation des «islamistes», il a fait valoir qu’il s’agissait d’une «famille très large». «Si vous parlez des groupes violents, ils ne veulent pas jouer le jeu démocratique. Eux-mêmes s’excluent du jeu», a-t-il répondu.

La crainte de voir la Libye devenir un sanctuaire des extrémistes fuyant la Syrie et l'Irak
A la recherche de soutiens régionaux et internationaux pour une solution dans un pays ou la «classe politique ne veut pas se voir dépossédée du contrôle du processus», Ghassan Salamé explique qu’il y a urgence à mettre fin à un «statu quo intenable, insoutenable, à l’origine de nombreux dommages pour les Libyens et pays voisins».
 
En cas d’échec de son plan, il craint de voir la Libye devenir sur le terrain «un sanctuaire pour les groupes extrémistes fuyant l’Irak et la Syrie». «Nous avons vu cela à Syrte, à Benghazi… Il y a eu des batailles victorieuses contre ça, mais cela ne signifie pas que la bataille est terminée», a-t-il prévenu.